Un "plan d'action" pour l'éducation artistique et culturelle

Françoise Nyssen et Jean-Michel Blanquer ont présenté le 17 septembre dernier leur "plan d’action" pour l’éducation artistique et culturelle (EAC) intitulé A l'école des arts et de la culture, de 3 à 18 ans. La ministre de la Culture d’alors et son homologue de l’Education nationale y visent l’objectif de 100% des enfants concernés d’ici à la fin du quinquennat. Au travers de cet objectif ambitieux, le gouvernement a marqué une nouvelle étape dans le développement de l’EAC, induisant la création d’une politique publique à part entière. 

Connaitre, pratiquer, rencontrer : les trois axes de la Charte de l’éducation artistique et culturelle

Destinée à construire un parcours cohérent de 3 à 18 ans, c’est-à-dire de l’entrée à l’école maternelle à l’octroi du Pass culture qui marque l’autonomie culturelle du jeune, la Charte de l’éducation artistique et culturelle entend développer les connaissances des enfants en matière d’art et de culture, favorisant ouverture et créativité. Elle vise également la construction d’une pratique artistique qui permet à l’enfant de réaliser concrètement des projets (souvent en commun) et ainsi d’acquérir une meilleure confiance en soi. La fréquentation des œuvres et des artistes est le troisième volet de cette charte, favorisant la découverte de l’autre, de la diversité, de l’existence de formes d’expressions moins stéréotypées. Il s’agit donc d’offrir une éducation artistique, culturelle et sensorielle au plein sens du terme et sur les différents temps de l’enfant : le temps scolaire, périscolaire et extrascolaire.

Des dispositifs existants à étendre et à conforter

Dès la prochaine rentrée 2019, il s’agira d’assurer chaque semaine à tous les enfants l’équivalent de deux heures de pratique artistique en construisant un parcours d’éducation artistique sur les temps scolaire, périscolaire et extrascolaire. Chaque année, les jeunes participeront à au moins deux "temps forts culturels" : spectacle, visite d’un lieu patrimonial ou culturel, rencontre d’un créateur ou d’un interprète… Les domaines prioritaires en sont le développement de la pratique musicale, de la lecture et du livre, ainsi que du théâtre. 

De nouvelles mesures compléteront ces temps forts : entre autres, liens avec les bibliothèques municipales accentués (partenariat établissement/bibliothèque, carte d'emprunt offerte à la fin du CP), CDI rénovés en "centres de connaissance et de culture", Plan mercredi et présence d'un cinéclub par lycée... Mais la réforme s’appuiera principalement sur des dispositifs existants (déjà coordonnés par des associations, des agences culturelles régionales ou des collectivités territoriales), au premier plan desquels Collège au cinéma et Lycéens et apprentis au cinéma, Lire et faire lire, Goncourt des lycéens, Labo des histoires ou encore les "contrats territoire-lecture".

Trouver des financements pour préserver la qualité des interventions

Le dernier état des lieux (publié en 2012 par les ministères de la culture et de l'education nationale) évalue la proportion d’enfants et d’adolescents concernés chaque année par des dispositifs d’éducation artistiques complémentaires des enseignements à environ 10 % de la population totale. Un tel écart entre ces données statistiques et la vocation fondamentale des politiques publiques, visant à favoriser l’accès de tous à l’éducation et à la culture, constitue le nœud central de toute réflexion sur les modalités de la présence de l’art à l’école. Dans ce secteur où la co-intervention est une norme, les inconnues sur la mise en œuvre de cet objectif de 100 % des jeunes touchés par un dispositif d’EAC sont encore nombreuses (contenus, moyens, pilotage) et interrogent les collectivités locales, principales financeuses de l’EAC. L’évolution des ressources humaines, financières et organisationnelles questionne sur la capacité de rendre possible une généralisation des actions aujourd’hui mises en œuvre.

Eveiller la part sensible des citoyens de demain, une priorité

A l’heure où les droits culturels sont reconnus dans la loi, cette réforme, si complexe soit-elle, est néanmoins un signal fort : le choix de l’éducation à l’art et par l’art est donc celui d’une société qui fabrique du sens partagé autour de valeurs immatérielles, s’appuyant sur le travail de multiples acteurs éducatifs, culturels, sociaux et sur les formidables ressources artistiques et patrimoniales du pays. C’est le choix d’une École de la République qui offre une alternative aux valeurs consuméristes et individualistes. Le projet d’une nation qui compose son unité dans la diversité en donnant à chaque enfant la chance d’éveiller sa part sensible, de nourrir son imaginaire pour s’émanciper grâce à tous ses talents.