Services culturels mobiles : des initiatives originales pour irriguer la France périphérique

En ces temps où on évoque beaucoup les distances d’accès et la circulation sur le territoire, il semble se distinguer deux espaces périurbains : l'un, choisi et proche du centre-ville, abrite des populations aisées. L'autre, plus éloigné et "subi", serait composé de classes moyennes plus fragiles et très dépendantes de l'automobile. La ruralité est quant à elle difficile à définir et les mouvements de l’un à l’autre espace sont nombreux. Les néo-ruraux quittent les métropoles pour s’installer à la campagne, quand les personnes âgées vont chercher à se réinstaller dans des petites villes. La ruralité est également très diverse en fonction des types de villes proches, des orientations socioéconomiques, des caractéristiques géographiques et climatiques. Comment faire pour assurer à chacun, sur tous les territoires, ses droits culturels, au cœur du système des droits de l’homme universels ?

Il en est de l’accès à la culture comme du reste des services publics sur les territoires ruraux : plus rare, plus éloigné et moins rentable. Dans les différents domaines de la culture, de l’éducation artistique à la diffusion du spectacle, de la lecture publique à la valorisation du patrimoine historique, leur existence dépend plus qu’ailleurs de la mobilisation et de la pluralité des acteurs concernés. 

Fédérer les acteurs pour harmoniser la répartition de la compétence Culture

S’il est clair que la vitalité de nos territoires passe par davantage d’implantation d’artistes et par une plus juste répartition des moyens au service des projets artistiques et des publics, on s’interroge plus qu’ailleurs sur la prise en charge de cette compétence partagée. La politique culturelle locale est-elle un service public de proximité, devant rester attaché à la commune ? Ou bien, présentant un intérêt commun pour l’ensemble des habitants d’un même territoire et favorisant son attractivité, a-t-elle vocation à être pilotée à l’échelle intercommunale ? Favoriser l’accès à la culture pour tous, contribuer au développement économique des territoires et à la cohésion sociale, préserver et valoriser le cadre de vie architectural, patrimonial et environnemental des habitants sont autant d’enjeux communs pour les différents acteurs qui font vivre la culture dans les territoires ruraux.

Avec le dispositif PACT (projet artistique et culture de territoire), la Région Centre Val de Loire s'implique depuis de nombreuses années en faveur de cet aménagement territorial de la culture. Il permet de fédérer les énergies des opérateurs culturels qui peuvent avoir des tailles et des modalités différentes. Les opérateurs sur ce territoire doivent répondre à quatre critères : une programmation tout au long de l'année, un moment particulier type festival, des résidences d'artistes et un quota d'artistes régionaux.

Lancé en mars dernier par le Ministère de la Culture, visiblement soucieux de la disparité d'offre culturelle sur le territoire, le plan "Culture près de chez vous" mise sur l'itinérance des œuvres et des artistes et accompagne des projets en faveur de territoires culturels prioritaires.

Des initiatives itinérantes à la rencontre des habitants

Une des réponses possibles à l’irrigation culturelle du territoire passe bien souvent par une adaptation aux nouveaux usages des populations, qui commencent à se familiariser avec les usages de mobilité et les tiers lieux (focus à venir), partagés et parfois éphémères. Ainsi fleurissent sur les territoires de plus en plus de propositions, publiques ou privées, dont le Bibliobus issu de la lecture publique et les circuits de cinéma itinérant, affiliés majoritairement à des fédérations d’éducation populaire, pourraient être les ancêtres.

Aujourd’hui l’Ideas Box, est une médiathèque modulable et itinérante. Elle tient dans quatre malles et est déployable facilement en extérieur. Le dispositif, né à l’étranger sur fond de crise humanitaire après le tremblement de terre d’Haïti et géré par l’ONG Bibliothèques sans frontières (BSF), compte actuellement un million d’utilisateurs dans le monde. Il se développe en France depuis trois ans et devrait être accessible sur toute la France d’ici à la fin 2018. Une proche parente du Kit@lire, en quelque sorte !

Le créateur de La Libricyclette, librairie ambulante à vélo dans le bocage bourbonnais, se définit quant à lui comme un « passeur de culture en milieu rural » ; il propose quelque 500 références dans son triporteur et va au plus près des habitants, sur les marchés et les événements. 

Le Semi des Archives est un semi-remorque aménagé en espace itinérant d’exposition qui valorise les archives du département. À la demande des communes ou des établissements scolaires, il se déplace dans toutes les Bouches-du-Rhône. Il a donc une vocation pédagogique et de médiation. Dans la Nièvre, une tournée générale d'alimentation culturelle propose en été des spectacles vivants gratuits : l’occasion pour le Conseil départemental de réaffirmer le rôle essentiel de l’art et de la culture dans la construction des individus et des groupes sociaux. 

En Normandie, un Village culturel et itinérant a vu le jour, rassemblant autour de deux bus-spectacles, Le Tout Petit Théâtre et le Musibus du conservatoire, une radio en direct, un mur d'expression et des ateliers de lecture et d'écriture. D'autres ont rejoint l'aventure, comme les bibliothèques du Havre et un artiste graffeur.

Les actions Mille lectures d’hiver se déployant chaque hiver sur 300 communes de la région Centre-Val de Loire et le Cinémobile qui propose plus de 2 000 séances de films actuels en ruralité, toutes deux mises en oeuvre par Ciclic pour le compte de la Région Centre Val de Loire, participent complétement de l’irrigation culturelle du territoire par la venue des œuvres jusque chez les habitants.