Ciclic - Actualités du pôle Livre et lecture Tue, 23 Jul 2019 22:29:16 +0000 http://www.ciclic.fr/ #4 Publics empêchés – Récits de la 12e édition des mille lectures d'hiver http://www.ciclic.fr//actualites/4-publics-empeches-recits-de-la-12e-edition-des-mille-lectures-d-hiver <p class="chapo">À l'issue de la 12e édition des mille lectures d'hiver, les quarante-cinq comédiens-lecteurs ont rendu compte de leurs tournées de lectures. De ces cinq-cents rendez-vous autour de la litérature, ils ont fait le récit. Puis Ciclic a confié l'ensemble de ces textes à Aurélien Lemant lui demandant d'éditorialiser ces «&nbsp;carnets de route&nbsp;». Aurélien Lemant est écrivain, metteur en scène, comédien et fut lui-même l’un des comédiens-lecteurs des mille lectures d’hiver, c'est dire s'il connaît l'aventure !&nbsp;&nbsp;</p><h2><strong>ÉPISODE 4</strong></h2><p style="text-align: right;">-&nbsp;<strong><em>A part ce livre, vous n’avez rien d’autre sur vous ? Passez-le dans la machine.</em></strong></p><p>On croirait entendre Ferré. Poète, vos papiers&nbsp;! Mais ça n’est pas une image. C’est ce que le maton dans le sas de la maison d’arrêt demande au lecteur public, avant de lui faire franchir le portillon qui le verra entrer en prison. On scanne tout ce qui déborde. Ce que le gardien ne sait pas, c’est que c’est la machine qui va passer dans le livre. Dans une trentaine de minutes à peine, le livre sera la seule machinerie qui soit. Il contiendra toute la Terre, toute la vie et le centre pénitencier lui-même sera dedans. Ce livre, c’est un plan d’évasion. La clef, la pioche, l’hélicoptère, le complice, la planque, la famille. Tout y est. Voilà ce qui peut arriver lorsque les Mille Lectures vont en prison.</p><p><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Public captif&nbsp;</em></strong><strong>»</strong>. Cette expression, qu’on associe plus souvent au suspense d’une séquence de cinéma, est ici employée par Cécile pour témoigner de sa propre expérience en milieu difficile, ou différent&nbsp;; expression qui peut convenir à toutes les situations où des gens sont maintenus, pour leur bien-être, ou celui de la société, beaucoup plus rarement des deux ensemble, à l’intérieur d’un microcosme immobilier à l’écart du reste du monde. Contre leur gré ou sur leur demande propre. Nous parlons de ceux qui n’ont plus leurs deux pieds dans l’exacte réalité que nous croyons tous partager.</p><p>On est en milieu hospitalier. Richard, pas plus que les autres lecteurs des Mille, ne choisit les lieux où il va lire, ni les publics qu’il va saluer. Il ne peut refuser d’aller çà ou là, une fois reçue sa feuille de route, et de toute façon il sait aussi qu’il a signé pour se rendre partout où on l’appelle et l’attend, il y a pris goût, comme à peu près tous ses collègues. Richard dit&nbsp;: <strong>«</strong>&nbsp;<strong><em>Le titre du livre fait peur à mon hôte qui décide de ne pas le communiquer aux patients de l’hôpital souffrant de troubles psychiques.&nbsp;</em></strong><strong>» </strong>Ça ne change rien. Parce qu’il les respecte, il leur dira dès le départ que ça s’appelle <em>Sort l’assassin, entre le spectre</em>. Et il aura plus peur qu’eux, c’est toujours comme ça que ça se passe.</p><p>Bénédicte&nbsp;connaît la chanson et ses turpitudes. Elle dit&nbsp;:<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Mon accueillante est médiatrice culturelle et, à ce titre, manifeste les réticences habituelles dans son métier : elle est ravie d'accueillir ses amis pour une lecture, mais dans son travail, ce serait quand même bien de pouvoir choisir le livre : il faut que ce soit adapté, quand même ! C'est connu, nous, les professionnels, nous savons mieux ce qu'il faut pour nos publics défavorisés...&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em> </em></strong>ajoute-t-elle, dans une ironie mêlée de lassitude. Car, on l’a déjà souligné plus tôt, c’est contraire au principe des Mille Lectures d’Hiver. Ne pas se faire condescendant face à une assistance que l’on ne connaît pas, formée de tant et plus de subjectivités curieuses et affamées, ouvertes, patientes, peut-être méfiantes, oui, aussi. Mais jamais là où l’on croirait.<strong><em> &nbsp;</em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Je suis un peu méchante en écrivant ça, alors que c'est pétri d'une si noble pensée ! Je témoigne de toutes les expériences lors des Mille Lectures, en maison de retraite, en service psychiatrique, en prison, en centre de formation, en lycée professionnel, en foyer de vie, qui sont la preuve bienheureuse du contraire de ce qu'elle pense, mais c'est difficile de lutter contre une croyance si fortement appuyée sur la bonne conscience.&nbsp;</em></strong><strong>»</strong></p><p>Captif, retenu, ou entre deux portes, ce public varié porte parfois un autre nom, qui pourrait sombrer dans la périphrase, la circonvolution des circonlocutions admissibles, mais ce nom sue pourtant à grandes eaux une poésie des plus visibles, tant le mot suggère le geste qui s’ébauche et que l’on écrase&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>Un tel appétit de culture, une telle envie de parler de l'art m'ont rarement autant frappée que ce soir&nbsp;</em>»</strong> avoue Nathalie,<strong><em> </em>«<em>&nbsp;devant ce groupe de gens qu'on qualifie souvent dans les milieux culturels de "publics empêchés". Je me suis souvent demandé pourquoi cet adjectif, peut-être par ce que la société ne va pas assez vers eux ? Mais cette envie de culture que je sens chez la plupart des auditeurs confirme cet adjectif, quand on est "empêché", souvent on développe une envie profonde et irrépressible de ce à quoi on nous empêche d'accéder.</em>&nbsp;»</strong></p><p>On avait parlé de pêche miraculeuse un peu plus tôt. Il faut à présent désempêcher. Aller trouver ce public là où il est. Il vous espère. En tous lieux.</p><p>A l’hôpital, comme le&nbsp;raconte Adrienne&nbsp;:<strong><em>&nbsp;</em></strong><strong>«&nbsp;</strong><strong><em>J’ai souhaité déjeuner avec le personnel encadrant et certains de leurs résidents. Prendre le pouls. Le rythme est plus lent, le personnel (des jeunes femmes pour la plupart) marche, parle calmement... est-ce moi qui suis speed ? Je déjeune avec Camille et une éducatrice&nbsp;; se joignent à nous Anaïs, née handicapée, et Annie, accident de la vie. Elles n'ont pas comme nous ces peaux d'oignons qui protègent du monde extérieur. Elles disent ce qu'elles ressentent, leurs filtres ne ressemblent pas aux nôtres. Leurs paroles collent avec ce qu'elles éprouvent sur l'instant. Je suis bien en leur compagnie. J'ai lu devant une dizaine de résidents et six encadrantes. La puissance des regards croisés me fait penser à ceux des nouveau-nés ou des tout-petits quand ils nous fixent. Je me demande ce qu'il y a derrière l'intensité de ces regards ? La lecture se fait au milieu de bruits, de cris parfois, étrangement je ne suis pas déstabilisée. Annie souhaite se mettre à côté de moi, parfois elle m'interrompt, ça concerne toujours le livre. Je lui réponds et reprends le fil de l'histoire. Expérience forte qui a du sens&nbsp;: partager notre humanité. Catherine, très handicapée suite à un accident, a souhaité que son éducatrice l'accompagne. Son merci, un souffle qui vient du fond d'elle-même, me bouleverse.&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em></em></strong></p><p>En désintox, dans les pas de Lelio&nbsp;:<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Lecture particulière et assez émouvante dans un centre hospitalier pour personnes en cure de désintoxication. L’accueillant était très satisfait du nombre d'auditeurs compte tenu de la difficulté des résidents à sortir de leur chambre.&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em></em></strong></p><p>Dans <strong>«</strong>&nbsp;<strong><em>un appartement situé dans une cité un peu délabrée&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em> </em></strong>où se rend Bruno&nbsp;:<strong><em>&nbsp;</em></strong>le RERS (Réseau d’Echange Réciproque de Savoirs).<strong><em> </em></strong>Son accueillante lui<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;vante toutes les vertus du RERS, et avec quelques bénévoles me montre aussi les plannings d’inscriptions et d’échanges, la fresque de l’arbre des connaissances partagées sur le mur, me raconte l’historique de l’aventure des RERS. Bref, en l’écoutant, on est vite convaincu des bénéfices d’humanisme d’une telle entreprise.&nbsp; Ma lecture d’hiver devient implicitement un partage et un échange de savoirs.&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em></em></strong></p><p>Dans un restaurant social, aux côtés de Sarah&nbsp;pour rendre visite à<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;une jeune fille d’une douzaine d'années, une femme âgée, une femme et son bébé, un homme de la soixantaine, une femme, la trentaine, et son sac à dos, des sacs de supermarché remplis d'habits, sa maison semble-t-il. Une des bénévoles travaille dans les finances, elle dit "Il y a des gens ici qui travaillent, vous vous rendez compte&nbsp;? Ils ont un travail mais ils sont obligés de manger ici." Une cinquantaine de repas servis ce midi. L'ambiance est calme, on pourrait presque croire que c'est un restaurant-cafétéria normal, des dames en cuisine. Mais quand même, c'est différent, il y a un truc dans les regards, une humilité ou une colère rentrée, selon, mais c'est chargé. Le directeur m'a dit : "C’était pour cinquante, quatre-vingts repas maximum, mais au bout du compte on en aligne parfois cent-cinquante et le soir on pousse les tables pour mettre des lits de camp, on n'est pas structuré pour ça mais qu'est-ce que vous voulez, on ne peut pas laisser les gens dehors". Et des gens il y en a, plein. Des familles, des ensemble et des personnes seules qui retrouvent quelqu’un ici, ou pas, mangent seules. Il fait beau alors c'est moins violent. En apparence. Laver par terre. Écarter les tables, un espace lecture. Le soir, après le repas, rebouger tout ça, le réfectoire devient dortoir. La lecture va commencer.&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em></em></strong></p><p>Ou dans un centre social aux côtés de Marion&nbsp;:<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Voici un lieu chaleureux, convivial, rassurant, où se retrouver quand on est un adulte isolé, vulnérable&nbsp;: le GEM, groupe d’entraide mutuelle, comme "j'aime". J'apprends qu'il est financé par la Région. La lecture a ému, elle a touché. Et ce soir, je suis plus rassurée, pour moi, les miens, les autres, de savoir que ces lieux-là existent et vivent, émue et heureuse de participer à la solidarité et à la convivialité de cette région qui m’a accueillie un jour.&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em></em></strong></p><p>En enseignement spécialisé – comprendre&nbsp;: à destination des adolescents en difficulté ou en situation de handicap –, à nouveau avec Lelio, où<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;durant la lecture ils ne semblaient pas tous vraiment écouter, mais au moment de l'échange je me suis rendu compte qu'ils n'avaient rien perdu du texte qui les a interpellés. Je trouve ça formidable que des profs fasse cet effort d'inviter des lecteurs dans l’établissement pour leurs élèves. C'est pas les auditeurs les plus faciles mais c'est ceux que je préfère !&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em> </em></strong>Et Bénédicte d’abonder en ce sens&nbsp;:<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;C'est bon de lire à des jeunes gens, c'est bon de susciter leur curiosité, un zeste de plaisir au milieu d'une journée de cours. C'est aussi simple et beau que la neige qui tombe.&nbsp;</em></strong><strong>» </strong>Un livre, de la buée sur les vitres d’un lycée, du blanc partout dans la campagne&nbsp;: les Mille Lectures d’Hiver, c’est Noël après l’heure.</p><p>Parmi les invalides, en suivant Caroline&nbsp;:<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Je suis arrivée pour déjeuner au foyer avec les résidents. Ils sont très handicapés. Ils ont été calmes et attentifs, avec ce don qu'ont les personnes handicapées d’être dans l'instant. Ce texte étant un long poème, qui provoque de nombreuses images, était donc assez idéal pour la situation. L'après-lecture est un peu compliqué car les retours sont difficilement compréhensibles. Mais on sent bien que le texte a fait son chemin dans leurs univers et qu'il a coloré certains endroits. Cela m'a posé beaucoup de questions sur ma posture. J'ai finalement choisi de faire comme d'habitude, c'est à dire leur adresser un regard aux changements de chapitres, et sinon le reste du temps je plonge dans le texte et je laisse les gens venir à leur rythme. J'ai eu peur que davantage de regards ne les incite à s'exprimer pendant la lecture et je voulais quand même tenir le FIL. Ma concentration était aussi différente, car j'avais un monsieur adorable juste à côté de moi qui bougeait sans cesse sur une chaise grinçante... jamais donc de véritable silence. Ce n'est pas grave, c'est juste différent, et donc un peu déstabilisant. Je crois que les lectures dans des foyers de ce type sont des moments importants et nécessaires. Des mots d'adultes pour des adultes, là où c'est parfois carencé à ce niveau-là. Il y avait des flans et une salade de fruits pour le goûter. Ils ont dansé. C'était comme une fête. C'était beau.&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em></em></strong></p><p>Dans des associations qui, à leur propre mesure et avec leur cahier des charges, souhaitent la même chose que les Mille Lectures, c’est ce que rapporte Leila&nbsp;:<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Aude invite à cette lecture les bénévoles qui l'aident dans sa mission pour la Ligue de l'Enseignement qui s'intitule "Lire et faire lire" ; ce sont des gens qui font eux-mêmes des lectures à voix haute pour des enfants ou des publics qui ont peu accès à la lecture.&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em> </em></strong>C’est également ce que vit Benoît G.&nbsp;devant<strong><em> </em></strong><strong>«&nbsp;<em>Cette dame de 93 ans </em>[qui]<em> était si reconnaissante, si heureuse d'être là, de participer à cette conversation qui ne lui était plus accessible dans la salle à manger commune de sa nouvelle maison, que son bonheur irradiait dans la pièce.&nbsp;</em>»</strong></p><p>Et donc en détention, auprès de&nbsp;Tiphaine…&nbsp;:<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Pendant la lecture, certains ferment les yeux pour s'abstraire de ce monde bruyant. Tout au long de la lecture le son incessant, harcelant, impressionnant : les cris, les frottements, grincements, roulements métalliques et glacés. Toujours toujours le bruit. Difficile de se concentrer. Mais les auditeurs y arrivent.&nbsp;»</em></strong></p><p>… auprès de Baptiste…&nbsp;: <strong>«</strong>&nbsp;<strong><em>Bonjour, je suis le bibliothécaire, j’ai lu le roman que vous allez lire. C’est bien de venir ici nous faire la lecture surtout avec un roman pareil. Mais pourquoi es-tu venu avec un seul exemplaire de ce bouquin, là, il nous en faudrait quinze&nbsp;!&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em> </em></strong>Dix à vingt prisonniers de mémoire, dont un qui explique à Baptiste&nbsp;: <strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Vous ne pouvez pas vous en rendre compte, mais ce que vivent ces deux jeunes filles </em></strong><strong>[du récit que vous venez de lire]</strong><strong><em>, nous, on le vit tous les jours, ici. On est en sursis, on compte tout comme elles, le moindre sachet de thé. On a peur, on est seul, et, le seul truc qui compte : c’est la démerde.&nbsp;</em></strong><strong>»</strong>&nbsp;</p><p>…auprès d’Anne…&nbsp;:<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;J'apprends plus tard que l'élève illétré qui était resté pendant toute la lecture demande depuis à son professeur une lecture chaque semaine, de "quelque chose qu'il ne comprend pas"... j'en suis très émue !&nbsp;</em></strong><strong>»</strong><strong><em></em></strong></p><p>… auprès de Nathalie<strong><em>&nbsp;</em></strong>:<strong><em> </em></strong><strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Quand on lit en prison, le texte change, il résonne différemment, des mots jusqu'ici anodins dans le texte prennent une valeur singulière, liée uniquement à cet endroit si particulier. Et puis un autre détenu qui ne se rend pas à la prière pour écouter la lecture, il dit qu'il ira prier juste après le goûter, qu'il peut prier seul, mais ne peut écouter seul. Certaines choses ont le temps, d'autres non, quand c'est passé, c'est trop tard.&nbsp;</em></strong><strong>»</strong></p><p>En maison de retraite, où débarque Julien&nbsp;: <strong>«</strong>&nbsp;<strong><em>Lorsque j'arrive, les résidents sont déjà tous là, assis, prêts, silencieux, sages. La lecture du texte introductif présentant les Mille Lectures d’Hiver est toujours pour moi l'occasion d'ajuster le volume de la lecture, c'est d'autant plus vrai aujourd'hui. Une résidente me demande de parler bien (voire très) fort. Je me demande comment je parviendrai à rester subtil en projetant autant, mais la subtilité des mots de Chantal Thomas y veillera. Pendant la lecture, comme souvent je me demande si les auditeurs s'ennuient ou s'ils sont happés. C'est encore plus vrai aujourd'hui, devant ce public âgé qui peut parfois avoir du mal à se concentrer longtemps. Une fois la lecture terminée, lorsque je les regarde à nouveau et que je sors de ma bulle de mots, j'ai devant moi une assemblée de sourires et d'yeux pétillants. Pendant une heure, ils sont partis avec moi sur la plage d'Arcachon et au soleil. En plein mois de janvier, ça fait du bien. "Continuez de faire ce que vous faites Monsieur, c'est un beau métier" me dit l'une en partant, tandis qu'une autre me livre, d'un œil malicieux "Je vous dois combien pour le voyage ?". Et que dire de cette autre résidente qui prétend qu'elle n'a rien compris, qu'elle est trop bête pour ça, mais qui ne cesse de rire et de faire rire tout le monde. Je lui dis que je vais l'embaucher comme comédienne car à mon avis elle a du potentiel, et les rires redoublent.&nbsp;C'était une belle lecture. </em></strong><strong>»</strong> Fany n’est pas loin, à une heure de route dans un autre département, face à d’autres pensionnaires : <strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Difficile de savoir ce qui est parvenu du livre mis à part la beauté de quelques images évoquées et le plaisir d'entendre quelqu'un lire. L'accueil était très simple et très doux. Ma première nuit en maison de retraite. J'y ai très bien dormi.&nbsp;</em></strong><strong>» </strong></p><p>Ce qui nous fait penser que ces gens, responsables, employés ou bénévoles, ont un jour eu l’idée, l’audace même, de téléphoner ou d’écrire pour demander à accueillir une lecture. Geste original, qui implique la prise de risque, du goût pour l’altérité, et un minimum de confiance en soi ou de soutien de la part de pairs qui croient en un projet en apparence simple, mais délicat. Et c’est là qu’on découvre cette phrase, lue chez Adrienne, phrase qui fait tout tomber&nbsp;: <strong>«</strong><strong><em>&nbsp;Luc n'osait pas inviter, il craignait que ce ne soit pas assez bien, assez grand chez lui...&nbsp;</em></strong><strong>»</strong>.<strong> </strong>Le premier des publics empêchés, c’est toi. Toi qui nourris des craintes quant à ce que tu es, ce que tu peux, ce que tu ne dois pas, et ainsi de suite. C’est politique et ça demande une implication, c’est un exercice que de recevoir. Mais de même que le comédien ne doit jamais jauger son auditoire avant sa lecture, tu ne dois pas mésestimer la bonté de ceux que tu pourrais inviter. Après tout, c’est un cadeau que tu leur offres. Ne t’empêche jamais de prendre part&nbsp;: toujours c’est beau et grand, il te suffit de lire ces carnets de route pour t’en apercevoir.</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/visuel_2.jpg?itok=HNqYblpk"/> Fri, 12 Jul 2019 16:22:19 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/4-publics-empeches-recits-de-la-12e-edition-des-mille-lectures-d-hiver actualites Six titres à découvrir...cet été ! http://www.ciclic.fr//actualites/six-titres-decouvrircet-ete <p class="chapo">En ce début de mois de juillet, tout l'équipe vous a concocté une nouvelle sélection d'ouvrages, écrits ou édités en région Centre-Val de Loire, à découvrir tout au long de cette saison estivale ! L'occasion de (re)parcourir la richesse éditoriale de notre territoire. Nous vous souhaitons un bel été et vous donnons rendez-vous en septembre, pour le prochain numéro !</p><p>Retrouvez l'intégralité de ces nombreuses publications sur l'annuaire en ligne des professionnels du livre où chaque fiche – éditeur – donne accès à son catalogue et chaque fiche – auteur – permet de découvrir sa bibliographie.</p><p>Ce mois-ci&nbsp;l'agence vous propose&nbsp;:&nbsp;&nbsp;</p><p><strong>Deux ouvrages d'auteurs&nbsp;en région Centre-Val de Loire</strong></p><p>∎&nbsp;<em>Celui qui dessinait les dieux</em>, <a href="http://livre.ciclic.fr/contact/grousset-alain" target="_blank">Alain Grousset</a><br />&nbsp; &nbsp; Éditions Scrineo</p><p>∎&nbsp;<em>Sortir de terre : À 198 kilomètres de la pyramide...</em>, <a href="http://livre.ciclic.fr/contact/betaucourt-xavier" target="_blank">Xavier Bétaucourt</a>, Jean-Luc Loyer – Éditions de la Gouttière</p><p><strong>Quatre nouveautés d'éditeurs en région Centre-Val de Loire :</strong></p><p>∎&nbsp;<em>Jaune désert</em>,&nbsp;Éric Battut<br />&nbsp; &nbsp; <a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-de-l-elan-vert" target="_blank">Éditions de l'Élan Vert</a> (Saint-Pierre-des-Corps - 37)</p><p>∎ <em>Les apéros Historiques, tome 1 : l'Antiquité,&nbsp;</em>Julien Pinto<br />&nbsp; &nbsp; <a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-la-muse" target="_blank">Éditions La Muse</a> (Orléans - 45)</p><p>∎ <em>La part des abeilles,&nbsp;</em>Pog, Lili la Baleine<br />&nbsp; &nbsp; <a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-bilboquet" target="_blank">Éditions Bilboquet</a>&nbsp;(Vineuil - 41)</p><p>∎ <em>Vacances d'été,&nbsp;</em>Mori<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-hongfei-cultures" target="_blank">Éditions HongFei Cultures</a>&nbsp;(Amboise - 37)</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/collage_juillet_0.jpg?itok=mpr8Bx4n"/> Fri, 28 Jun 2019 10:39:59 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/six-titres-decouvrircet-ete actualites "SITUER" : la Beauce par Benoît Vincent http://www.ciclic.fr//labo-de-creation/le-labo-de-creation/benoit-vincent-situer/situer-la-beauce-par-benoit-vincent <p class="Textbody chapo">Benoît Vincent, au sein du Labo de Ciclic, développe le projet "SITUER", une mise en fiction de six régions naturelles du Centre-Val de Loire : la Beauce, le Berry, la Brenne, le Perche, le Chinonais et la Touraine. L'écrivain et naturaliste propose une cartographie littéraire, une tentative de traduction esthétique de ces territoires naturels emblématiques, une invitation à parcourir, penser et lire nos paysages d'un regard neuf. Il nous livre ici un extrait de son travail en cours...</p><h1 class="Textbody accroche">Nom de Pays&nbsp; <br />Beauce<br /><small><small>Centre-Val de Loire – 28 Eure-et-Loir [Chartres/ Dreux - Châteaudun– Nogent-le-Rotrou]&nbsp;</small></small></h1><div style="text-align: right;"><em><small>Avant, en piquant de la queue, tu ressemblais à une</small></em></div><div style="text-align: right;"><em><small>abeille, tandis que maintenant tu piques de la langue et</small></em></div><div style="text-align: right;"><small><em>ressembles au serpent</em><br /><span style="font-size: 11.05px;">[Lettre de Roscelin de Compiègne à Abélard]</span></small></div><div><p align="left">« C’est un décor de cinéma », il pensait.&nbsp;</p><p>Après un premier moment d’égarement. Mais comment s’égarer ? Il n’y a pas d’issue possible : il n’y a que la route, droite sur des kilomètres, et pas moyen de se tromper, pas moyen de s’en détourner, de se <em>dépister</em>. C’est la plaine, à l’infini la plaine, la plaine à l’infini, à l’infini de l’infini, parce que derrière la plaine, derrière l’horizon, qu’on voyait depuis l’habitacle, lorsqu’on croyait y être parvenu, il y avait un autre horizon, tout aussi lointain.</p><p>Parfois toutefois, de grands virages contournaient les parcelles, et c’était étrange aussi, ces angles droits insoupçonnés, invisibles dans les hautes herbes ; ce n’en était pas moins un tunnel sans à-côté.</p><p>Il roulait vers la ville et déjà, si loin, il commençait à percevoir les plus hautes tours. Il n’avait jamais vraiment traversé la Beauce, ou autrement que rapidement, par les voies ferrées ou les autoroutes ; c’était la première fois qu’il allait y résider quelques jours. La première fois, qu’ « à hauteur d’homme », pour ainsi dire, il allait passer et vivre en son dedans.</p><p>L’égarement, c’était aussi la difficulté pour le regard de s’accrocher à quelque chose… une espèce d’oppression, du ciel peut-être qui était très haut mais qui était très épais aussi. Les seuls repères étaient les églises, les châteaux d’eau, les pylônes, les éoliennes, et surtout les silos, leur patrimoine restitué d’immenses cathédrales mécaniques, rongées par la rouille ou le lichen, fières absides dédiées au travail agricole.</p><p>Un peu d’anxiété, un peu de panique (écrasement dû au vide, ou fuite impossible), puis, avec le temps, l’habitude (il semble que l’on s’habitue vite en réalité, quelques dizaines de minutes suffisent ; c’est pareil dans d’autres lieux majestueux, là où l’humain est ridicule : les Alpes, la Bretagne, les déserts et les steppes des Causses…), c’est plutôt une grande sensation de sérénité, celle <em>justement</em> qui vient à l’homme effacé dans le paysage. La majesté (ce mot insistait), la majesté du paysage.</p><p>Après un temps, tout ce temps ramassé en quelques instants, il pensa donc : « c’est un décor de cinéma ».</p><h2 align="center">*</h2><p><em>Je ne saurai dire si le paysage avait changé. Comment changer l’uniforme ? Pourtant nous nous étions bien là, pour témoins, et nous vieillissions. Est-ce parce que nous, nous changions, que changeait le paysage autour de nous ? Oui sans doute.</em></p><p><em>Je me rappelle les moutons, mais ils ne sont plus là sous mes yeux.</em></p><p><em>Je me rappelle les chevaux, mais ils ne sont plus là sous mes yeux.</em></p><p><em>Je vois pourtant les blés, et eux toujours pèsent dans le champ, ondulent sous le vent perpétuel. Je me rappelle le gros vent, et je le vois. Je me rappelle les cieux, et je les vois.</em></p><p><em>Je ne sais pas pour les silos, peut-être ont-ils grandi, et je ne sais pas pour les châteaux d’eau, peut-être ont-ils poussé à leur tour eux aussi ? Je me rappelle aussi d’avant les pylônes, les éoliennes.</em></p><p><em>Alors oui en effet, insensiblement… comme un léger dévers amène imperceptiblement un relief, et un relief un paysage, et un paysage une mélancolie, c’est-à-dire une mémoire déchue.</em></p><h2 align="center"><strong>*</strong></h2><p>C’est exactement ça, poursuivit-il dans sa tête : un grand film de la route, à l’américaine, et pourquoi pas ? Nous sommes imprégnés des vastes paysages de la plaine américaine, aussi bien dans les films que dans les séries et même les romans. Ils éveillent en nous de mystérieux imaginaires, d’héroïques personnages, des luttes sauvages. Mais lorsqu’on évoque la Beauce dans notre pays, surgissent en premier lieu des traits négatifs. « Parce que les gens de la ruralité sont méprisés », pensa-t-il.</p><p>D’ailleurs quand il avait cherché des éléments touristiques sur la Beauce, c’est l’Amérique qui est venue. La Beauce du Canada. Il ne comprenait pas les visites que proposaient le site, il ne connaissait pas de mont Sainte-Marguerite, et il ne voyait pas de monts en Beauce.</p><p>Il était venu faire des recherches sur la forêt des Carnutes (passons sur le cadre et les détails professionnels), dans l’espoir de trouver sur le territoire des fragments de forêt ancienne, historique même, dont l’étude du sous-sol apporterait de nouveaux (et qui sait ? précieux) éléments sur les mouvements climatiques. L’analyse bibliographique avait stipulé que le sol et le sous-sol n’avaient jamais permis l’installation d’une forêt en tant que telle, et des études récentes semblaient indiquer que la forêt sacrée se situait dans une zone comprise entre Orléans et Chartres, entre la Loire et le Loir. Le mot <em>Beauce</em> lui-même viendrait d’un mot gaulois pour dire « espace découvert », ou « champagne »… Or la conformation des paysages depuis au bas mot la fin de la république romaine l’avait incité à fouiller les lieux, précisément parce qu’à l’évidence, et contre toute logique, les lieux n’avaient que peu changé.</p><p>À peine débuta-t-il de compulser les documents (qu’il avait réservés depuis chez lui), qu’il tomba sur une liasse de feuilles deux fois pliées en deux, glissées dans le rabat d’une jaquette. Elles attirèrent aussitôt son attention ; il hésita et se demanda s’il avait vraiment le droit de les ouvrir et de lire. Il balaya la petite pièce du regard ; la lumière était tamisée, il portait des gants, il agissait dans le cadre professionnel : il en conclut qu’il n’y avait pas de raison qui s’opposât à ce qu’il les considère comme une part de son corpus.</p><p>C’était une lettre, adressé à un certain Philémon Sevestre, écrite par un énigmatique MP, le 16 juin 1907 (il n’y a pas d’enveloppe). Il recopia ce passage dans son carnet.</p><p>« On prête beaucoup de qualités aux écrivains, sans doute trop. Mais ce qu’on ne peut leur reprocher, mais peut-être est-ce un vice qui s’est affermi sur le terreau de la défiance, ou, comme une seconde nature, s’est béquillé à une espèce de mauvaise foi que d’aucuns nomment sensibilité, ou pire, lucidité, ce qu’on ne peut leur reprocher, disais-je, c’est leur manque de tact au regard des réalités du monde. Mais un drôle de phénomène se produit, lorsque par exemple je vois agir mon personnage, le vois évoluer dans un monde qui peu à peu, d’étrange manière, s’affranchit de ma tutelle, et c’est comme si mon stylographe n’était plus ni férule, ni houlette, pas moins une laisse dont on se sert, vous savez, pour maintenir et contraindre les animaux domestiques, ni un mors, qui est utile à diriger les chevaux. C’est comme si moi-même me dédoublais, lui se séparant de moi, et moi devenant lui, lui écrivant et moi lisant, je ne vois pas comment le dire autrement, ni de manière plus claire.</p><p>Vous savez, cher ami, que, lorsque je vous retrouve ici, notre entretien vient nourrir ma propre pratique ; c’est peut-être aussi parce que votre société, précise, positive en quelque sorte, faisait écho à mon propre cheminement, tantôt hésitant, tantôt fougueux, et l’un et l’autre s’articulent comme certains objets, ces petits véhicules destinés au loisir des petits enfants.</p><p>En quoi tout roman est double ; non seulement le lecteur écrit le livre que l’auteur lui a lu une première fois, mais dans ce geste c’est aussi un <em>paysage</em> qui est chaque fois échafaudé et renouvelé, à la manière d’un décor de théâtre itinérant. »</p><h2 align="center">*</h2><p>L’après-midi, au musée de la mémoire agricole qu’il visita, c’est avec grande surprise qu’il retrouva sur l’une des affiches le nom de P. Sevestre, accompagné de ces mots : « L’histoire veille à maintenir l’essentiel de son propos sous le boisseau. Ce qui reste inaccessible au commun, ce n’est certes pas ce qui est claironné ou, moins vulgairement, ce qui est consigné et sigillé dans les livres solaires.</p><p>En quoi toute histoire est double ; on dira qu’il y a la grande et la petite histoire, mais je ne fais pas cette différence car, de toute façon, à chaque fois c’est aussi un <em>paysage</em> qui est échafaudé et renouvelé, à la manière d’un décor de théâtre ambulant.</p><p>On prête beaucoup d’intentions aux historiens ; c’est leur faire beaucoup d’honneur. », avec cette simple indication : <em>La chronique et l’histoire au Moyen-Âge</em>, 1909.</p><h2 align="center">*</h2><p><em>Très tôt le soleil était monté et avait arrosé tous les recoins du pays.</em></p><p><em>Depuis la Conie, qui s’écoulait sans hâte, nous devions nous rendre jusqu’à l’exploitation. L’été et le printemps, on y allait à pied, on se levait plus tôt, très tôt, en été à cinq heures. Quand les derniers bosquets que le ruisseau nourrissait disparaissaient, on entrait dans le monde de la céréale (il y a avait bien quelque champ de patates ou de trèfles, mais dans l’ensemble c’était de la céréale, et parmi elles dominait le blé). Nous sommes un pays du pain.</em></p><h2 align="center">*</h2><p>Il avait trouvé un gîte, chez Odette, une dame à la retraite, une ancienne commerçante, boulangère, et dont le mari, nonagénaire, ancien facteur ; ils louaient deux ou trois chambres d’une belle ferme située en plein cœur du pays. Nous discutions tous trois, tandis que mijotait le faitout de rata qu’elle s’était proposé de lui cuisiner, puisqu’il s’intéressait « aux choses désuètes ». Elle s’enquit de l’avancée de ses recherches. Elle lui apprit que Sevestre était un nom commun dans le secteur, qui lui était familier puisque des cousins à elle le portaient, des parents éloignés du côté de Fains-la-Folie, de gros exploitants depuis toujours. Il se fit à l’idée que le mot était une dérivation de <em>sylvestre</em>… et se demanda jusqu’à quel point la forêt avait hanté l’imaginaire local.</p><p>La discussion venait alors sur le travail agricole, ce qui avait changé, ce qui avait disparu. « Mais aujourd’hui, finit-elle, les gens vivent mieux, même les jeunes, ils sont moins souvent contraints par le temps, les aléas. Les machines ont pris une place considérable, oui, mais il faut toujours quelqu’un pour les mener, pour les entretenir... »</p><p>Après le dîner, il fit quelques pas dans le village et gagna ses « faubourgs », les belles maisons de pierre blanche. Dans le village, on se sentait à l’abri. Dès qu’on en sortait un peu, on était à nouveau renversé par l’immensité du vert. Comme le ciel était immaculé, un début de lune vint éclairer en douceur les armées et les armées d’épis.</p><p>C’était une étrange sensation, un peu comme naviguer en mer. Et les villages étaient comme des îlots. Il y avait cette pression tellurique des îles. Il ne doutait plus que la forêt d’ici avait été un mythe, des histoires qu’on raconte pour effrayer les petits enfants. Ou les subjuguer. Jules César le savait déjà, et je ne sais pas quelle était l’intention de Rabelais lorsqu’il fit dire à Gargantua « Je trouve beau, ce ». Mais il était en plein accord avec lui.</p></div><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/beauce_ok.jpg?itok=55VG-6kK"/> Fri, 14 Jun 2019 16:46:32 +0200 http://www.ciclic.fr/labo-de-creation/le-labo-de-creation/benoit-vincent-situer/situer-la-beauce-par-benoit-vincent actualites "SITUER" : le Perche par Benoît Vincent http://www.ciclic.fr//labo-de-creation/le-labo-de-creation/benoit-vincent-situer/situer-le-perche-par-benoit-vincent <p class="Textbody chapo">Benoît Vincent, au sein du Labo de Ciclic, développe le projet "SITUER", une mise en fiction de six régions naturelles du Centre-Val de Loire : la Beauce, le Berry, la Brenne, le Perche, le Chinonais et la Touraine. L'écrivain et naturaliste propose une cartographie littéraire, une tentative de traduction esthétique de ces territoires naturels emblématiques, une invitation à parcourir, penser et lire nos paysages d'un regard neuf. Il nous livre ici un extrait de son travail en cours...</p><h1 class="Textbody accroche">Bonhomme de chemin&nbsp; <br /><small>Perche [Faux Perche ou Perche vendômois, Perche gouët, <br />Perche sarthois, Perche dunois, Grand Perche]<br /><small>Centre-Val de Loire – 41 Loir-et-Cher [Blois/ Vendôme– Romorantin-Lanthenay]</small></small>&nbsp;</h1><p class="Textbody" style="text-align: right;" align="right"><small>Well, I saw an old man<br />walking in my place<br />And he looked at me,<br />it could have been my face<br />His words were kind<br /><small>but his eyes were wild<br /><span style="font-size: 11.05px;">[Neil Young]</span></small></small></p><p class="western"><em>Tu chemines. Tu chemines sans te retourner. Sans te retourner, par les chemins creux, tu avances. Est-ce que tu fuis quelque chose, je ne sais pas. Est-ce que tu es pressé pour te rendre quelque part, je ne sais pas. Je ne sais rien. Je ne sais rien de toi.</em></p><p><em>Toujours est-il que tu chemines. Toujours, tu chemines. Il faut bien avancer.</em></p><p><em>Est-ce le jour qui décline ? Ce crépuscule ? Est-ce l’aube encore incertaine ? Je n’en sais rien non plus. Je ne sais pas grand’chose.</em></p><h2 style="text-align: center;">*</h2><p>La répétition des gestes devrait faire passer le temps plus vite, mais c’est tout le contraire qui se produit. La répétition des gestes, qui peu à peu transforme la main en outil, le corps en machine et l’esprit en programme, en faisant mine de nier le temps, en vérité l’arrête et le fige, en quelque sorte le dénature. Le temps qui ne manque plus, le temps fermé, est une catastrophe.</p><p>Alors, chacun n’avait de cela qu’une vision infime, tout à la fois personnelle, intime, et donc difficilement communicable (un peu de honte donnait son vernis) et une vision partiale, un peu pour les mêmes raisons (on ne se plaignait pas devant les autres), un peu parce que cela était nouveau et que ce qui est nouveau impressionne, en ce que l’on apporte plus de crédit à la forme nouvelle censée traduire un certain progrès, une certaine amélioration du monde, qu’à ses propres sentiments, se jugeant soi-même sans doute trop lent, ou trop retors, ou trop faible pour supporter la vague qui porte vers l’« émancipation ».</p><h2 style="text-align: center;"><strong>*</strong></h2><p><em>Je sais que, depuis ma fenêtre, la cour pavée disparaît sous de gros flocons et sans doute en est-il de même de la rue devant la maison, du village, de la ville voisine et des espaces variés entre les deux, les champs où tu as travaillé jadis, l’usine où tu travailles maintenant… les vergers où se déroulaient de longues journées aussi, où tu as dormi aussi et où tu t’es caché… les haies que tu as pensées, façonnées, tressées, accrochées et même arrachées… les carrières où tu as usé les outils et le corps, jusqu’à l’épuisement.</em></p><h2 style="text-align: center;"><strong>*</strong></h2><p>Les aïeux parlaient, par un tour étrange qui doit être, sans doute, le propre de l’histoire, à savoir, plutôt, le génie singulier du récit, je veux dire de la narration, et, à travers leurs paroles, les aïeux dépeignaient un monde qui nous semblait à tous rendu inaccessible, un monde désormais révolu, dont la violence et la dureté paraissaient une formalité au regard de ce que la cohésion et la connivence du groupe semblait y représenter.</p><p>Lorsque furent éparpillés les débris fumant des dernières maisons, on chercha à former de nouvelles communautés, mais celles-ci étaient plus tristes, comme résignées, comme trop conscientes de leur semblance nouvellement construite...</p><h2 style="text-align: center;"><strong>*</strong></h2><p><em>Il neige, et ce n’est pas souvent, mais ce paysage te va bien. La neige et le froid ralentissent le temps, et tu apprécies le temps ralenti. Pourtant tu chemines, tu t’agites dans la marche, non sans rigueur bien sûr, mais quelque chose, en toi, autour de toi, semble faire menace, menace sans danger, menace sourde, mais menace, poids, comme ce qu’on sait qui peut surgir, comme ce qui surgit, au contraire de tout ce qui ne surgit pas, ne surgit jamais. Comme les vaches, le bétail. Même le cheval.</em></p><h2 style="text-align: center;"><strong>*</strong></h2><p>Mais la répétition fatigue. Travailler fatigue. Travailler comme cela fatigue.</p><p>Il est loin le temps où il s’agissait de cultiver, entretenir, choyer, avec les bêtes, un lopin de terre à proximité du village. La vie était alors rythmée par la ferme et ses saisons. Les semailles et le vêlage, le nourrissage et le labour... On regarde aujourd’hui tout cela l’œil amusé, avec le recul d’un almanach, parce que pour une part cette matière nous est devenue étrangère (même si nos enfances ont souvent un pied à la campagne), et un peu aussi parce que toute cette mythologie (qui accompagnait le travail et la vie en tant que tels) a été façonnée de toute pièce, pour nous comme pour eux.</p><p>Puis, en quelque sorte, est arrivé le train.</p><p>Une dit : « Avec l’arrivée du train c’est tout le paysage qui change. C’est pas seulement pour le train, mais tout ce que la venue du train implique. En somme le train passe dans notre pays, qu’est pas tellement fait pour le train d’ailleurs, et faut lui trouver de la place.</p><p>C’est que le train est comme un long cordeau qui vient, on ne sait pas trop d’où, et qui va, on ne sait pas trop où, même si on sait qu’il vient de Chartres et qu’il mène jusqu’à la mer ou presque, à Bordeaux, mais c‘est loin Bordeaux ; eux, ceux du train, ils disent “c’est pratique pour vous, vous pouvez aller voir vos familles ou aller à la mer en vacances”.</p><p>Nous on veut bien qu’il passe par chez nous, mais pour ce qui est des familles ou des vacances… Déjà, on a toujours quelque chose à faire ici, on n’a pas le temps de s’ennuyer… Puis la mer… on a la nôtre ici, en moins chic peut-être mais quand même, puis question d’aller voir ailleurs, les gens d’ailleurs, ils ne sont pas toujours contents de nous voir débarquer, d’ailleurs ils ne viennent pas tellement nous voir non plus... moi je crois que finalement les gens ne sont pas si mal chacun chez eux.</p><p>Et bon ‘faut que le train il serpente comme ça, sans fin, avec tout son systèmes de rails et de gares, et c’est facile pour lui quand c’est dans les champs ouverts, comme tout le quartier jusqu’à Châteaudun, mais chez nous c’est une autre histoire. Parce que cette ligne droite, et seule, elle doit entrer en contact avec nos lignes à nous qui sont nombreuses et en tous sens, on dirait une pelote de fils, si on veut. »</p><p>*</p><p><em>Les enfants, qui ont grandi dans la ferme, ont échangé leur temps de travail contre le temps d’école. Ils ont emmagasiné de nouveaux chemins, de nouveaux paysages, et puis ils sont partis. Pendant ce temps les haies progressaient, les champs se fermaient, on manquait de bras. On a alors cédé à la facilité, et la facilité c’est la machine, et la machine c’est moins de bras, moins de chevaux, et la machine c’est le progrès. A la brassée d’un peu de poules, d’un peu de bétail, d’un peu de froment, d’un peu de fruits, on a substitué des champs, immenses, rectangulaires et uniformes.</em></p><h2 style="text-align: center;"><strong>*</strong></h2><p>Je viens donc te rendre visite, toi qui dessines les paysages, c’est-à-dire toi qui parles la langue des lignes et des formes, et de leur confrontation. Toi qui parles la langue qui est l’interface entre l’œil et la main.</p><p>L’un, le premier, dit : « Pour nous, cette force [le travail du paysage], ça faisait peloton, un petit moteur de courage et d’espoir, face à nos bordées qui s’ouvraient de plus en plus, faces aux champagnards qui nous entourent ; pas plus tard qu’hier M. m’a dit que les pièces du gros Pierre avaient été complètement défrichées, encore un chemin creux et ses bordures, les plesses et les tresses, qui sont partis en feu et fumée. »</p><p>Je saisis qu’il est plus facile d’apprendre à faire de robustes trognes à des gens de loin qu’à des bonhommes de foin. Il reprend : « Ils disent que c’est le progrès. Vous devriez vendre, ouvrir, ils disent, ouvrir ! ouvrir ! C’est leur obsession ! S’ils viennent ici, avec leurs assureurs et leurs huissiers, ils voudraient bien ouvrir toute la France, et comment ! »</p><h2 style="text-align: center;"><strong>*</strong></h2><p><em>Je te vois marcher, avancer, malgré un drôle de vent qui souffle maintenant en sens contraire. Rabat ta casquette et projette parfois dans tes yeux du grésil solide comme du sable. </em></p><p><em>Le vent, c’est tout un art que de passer d’un croisement à une côte, dans la nuance subtile des agencements, au sens de l’ajustement des reliefs. Toi tu connais les traverses, les halliers et les essarts, tu sais raccommoder les écarts, avec les foyers.</em></p><h2 style="text-align: center;"><strong>*</strong></h2><p>Eux : « Ouvrir, éventrer, je pense souvent à ça. Nous on a des parcelles, des enclos, on a le bocage : on ne peut pas ouvrir comme ça, inconsidérément, on a des contraintes. Nous, c’est tout un art de l’abri, de la vannerie, du tissage, que nous avons développé. Nos chemins creux, nos haies, nos arches tressées de bois, nos trognes, c’est tout un art de l’enclosure qu’on a. Eux voudraient tout ouvrir, faire tomber les arbres et les arbustes, comblercolmater&nbsp; les creux, dénouer délier tous les nœuds et les liens que pendant des siècles nous avons patiemment faits. »</p><p>Une autre : « Beaucoup d’enfants percherons sont allés travailler dans les fermes beauceronnes "modernes" (sans haies, sans fossés, sans trop d’arbres et d’obstacles), qui les ont fait rêver… cela explique certainement (en plus de la politique agricole, des remembrements, des drainages), et en raison de la proximité géographique, comment, revenus au pays, beaucoup d’entre eux ont imité ce modèle et son paysage… »</p><p>Un autre : « Quant au chemin de fer, il accompagne depuis presque un siècle et demi cette révolution industrielle et agricole qui a vidé les campagnes : depuis la ligne Paris-Bordeaux, les voies métriques qui avaient abouti entre les deux guerres, et pour quelques années seulement, à un maillage maximum du territoire, puis l’abandon de ces lignes au profit de celles à grande vitesse…</p><p>Nous, on a les chevaux.</p><p>Ils ne vont tout de même pas croire qu’on va se passer de nos chevaux parce que le train arrive, alors même qu’on a fourni la capitale, la même capitale que celle du train, en chevaux depuis des générations ? Même aux Amériques. Même aux Amériques. »</p><h2 style="text-align: center;"><strong>*</strong></h2><p><em>Je te vois marcher, tu cherches à ne pas quitter le chemin creux. Tu cherches à rester dans la forêt. Tu cherches, haletant, petite foulée, à ne pas sortir à découvert. Ne pas te faire remarquer. Modeste. Un passereau. Un colimaçon.</em></p><h2 style="text-align: center;"><strong>*</strong></h2><p>Je vois le dessin que tu fais. Je visite ton atelier. Je vois les bois flottés, les fleurs séchées, les cailloux ramassés ; je vois les crânes de petits animaux non identifiées, toutes les petites dents d’émail éclatant, sagement alignées. Je vois les bocaux, les planches d’herbier, les gravures, les lentilles, les outils, les gabarits, les chutes. Toute la panoplie des crayons gras, des aquarelles, des fusains. Et tous les papiers.</p><p>Nous passons dans le jardin. Je vois qu’il est une pièce de la longère. Nous prenons une orangeade. Elle dit : « Nous sommes modestement revenus ici. J’ai travaillé à Paris, à Lyon, à Bordeaux, que sais-je, mais nous sommes revenus ici, à l’écart de la pulsation urbaine. C’est un choix. Je ne pouvais pas m’éloigner davantage du bocage. » Puis : « Je joue aussi un peu de la vièle à roue. »</p><h2 style="text-align: center;"><strong>*</strong></h2><p>Suivre ton chemin, avec ses trognes douces et rassurantes (rassurantes figures totémiques, sauvages et monstrueuses mais chamaniques aussi, c’est dire la parentèle) ton bonhomme de chemin.</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/le_perche_ok_0.jpg?itok=Md1pV533"/> Fri, 14 Jun 2019 16:13:18 +0200 http://www.ciclic.fr/labo-de-creation/le-labo-de-creation/benoit-vincent-situer/situer-le-perche-par-benoit-vincent actualites Trois prix pour les éditions HongFei ! http://www.ciclic.fr//actualites/trois-prix-pour-les-editions-hongfei-cultures-0 <p class="chapo">Deux albums des éditions HongFei sont à l'honneur en ce mois de juin ! <em>CHUT !</em> de&nbsp;<span>Morgane de Cadier</span><span>&nbsp;</span><span>et</span><span>&nbsp;</span><span>Florian Pigé, lauréat&nbsp;</span>du Prix CP des incorruptibles et <em>Flamme</em> de Zhu Chengliang, qui remporte deux prix : le Prix Livrentête-Bibliothèque pour tous (<span>catégorie 5 ans et +)</span> et le Prix Nord-Isère, dans la catégorie CP/CE1. Trois prix décernés par 86 689 jeunes lecteurs !!!</p><blockquote>Ciclic Centre-Val de Loire soutient HongFei depuis plusieurs années grâce à son <a href="http://www.ciclic.fr/livre-lecture/dispositifs-d-aides/soutien-la-diffusion-du-livre" target="_blank">dispositif d'aide aux maisons d'édition</a> qui permet de les accompagner dans la globalité de leur projet d'entreprise.</blockquote><div class="n module-type-header diyfeLiveArea "><p class="accroche"><small>"Pour nous, un livre c'est d'abord le résultat d'une rencontre véritable entre un éditeur fort de sa cohérence et la force créatrice d'un auteur. Mais il ne saurait y avoir de livre sans lecteur. Aussi, lorsqu'un tel livre reçoit comme distinction, un prix impliquant directement le choix des jeunes lecteurs eux-mêmes, c'est que la possibilité de créer du sens ensemble est réalisée. <br />Le bonheur des auteurs n'en est que plus entier et nous nous en réjouissons."</small><em><small><br /></small></em><small>[Loïc Jacob &amp; Chun-Liang Yeh, éditeurs de HongFei]</small></p><p><strong><em><strong>►&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/chut" target="_blank"><em>CHUT</em>&nbsp;!</a></strong>,&nbsp;</em>de <strong>Morgane de Cadier</strong> et <strong>Florian Pigé</strong>, a reçu le Prix des Incorruptibles 2019 </strong>dans la catégorie CP après avoir été lu par... 72 727 enfants<strong>. </strong>L'album est paru&nbsp;aux éditions HongFei Cultures en mars 2017 (dès 4 ans - 15.50€)</p></div><div class="n module-type-text diyfeLiveArea "><p><strong><img src="http://livre.ciclic.fr/sites/default/files/cache_48538040.jpg" width="150" height="208" style="float: left; border: 3px solid white;" class=" image-gauche" /></strong><em>Album pour grandir : se rapprocher, créer du lien, fraterniser… voici comment un petit grognon découvre que la vie&nbsp;peut être belle !&nbsp;</em><strong><br /></strong>"Pour Monsieur Franklin, la vie est insupportable. Il n’aime pas son voisin, ni ses fêtes trop bruyantes, ni cet oiseau qui roucoule sur son toit. Monsieur Franklin n’aime rien tant que le calme et le silence. Mais il a beau crier&nbsp;: «&nbsp;CHUT ! CHUT !&nbsp;», rien n’arrête jamais ces gêneurs. Pire, plus il crie plus l’oiseau roucoulant sur son toit grossit et pèse sur sa vie… et sur sa maison. Jusqu’à cette nuit où «&nbsp;Crac&nbsp;!&nbsp;», celle-ci s’écroule&nbsp;! N’écoutant que son cœur, le voisin de Monsieur Franklin lui vient en aide… "<br /><strong>Le mot de l'éditeur :&nbsp;</strong>La simplicité du récit et la délicatesse de l’image, la drôlerie du petit héros contrarié devenu un ami heureux au fil de son&nbsp;apprentissage d’une relation apaisée au monde.</p><p><strong><em>►&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/flamme" target="_blank">Flamme</a></em>, de Chengliang Zhu, a reçu le Prix Livrentête 2019</strong>, catégorie 5 ans et + après avoir été lu par... 8 530 enfants et a également été <strong>récompensé par le Prix Nord-Isère</strong>, dans la catégorie CP/CE1, après avoir été lu par... 5 432 jeunes lecteurs. L'album est paru aux éditions HongFei Cultures en septembre 2017 (dès 5 ans - 14,90€)</p><p><strong><img src="http://livre.ciclic.fr/sites/default/files/cache_48349602.jpg" width="150" height="179" style="float: right; border: 3px solid white;" class=" image-droite" /></strong><em>Quand l’amour et le courage de Flamme pour sauver son petit l’emportent sur la force brutale…</em><strong><br /></strong>"Dans la forêt,&nbsp;Flamme et ses deux renardeaux fuient devant les chasseurs. Alors que&nbsp;le plus jeune des petits tombe dans un piège, Flamme&nbsp;met tout en œuvre pour le sauver. Poursuivie par les chiens, la voilà bientôt acculée sur un viaduc. Un train approche... Flamme en réchappera-t-elle et réussira-t-elle à libérer son petit prisonnier à la ferme ?"<br /><strong>Le mot de l'éditeur :&nbsp;</strong>Tout le talent du peintre Zhu Chengliang au service d’une histoire pleine de suspense et d'émotion : entre courses-poursuites haletantes, perspectives dynamiques et effets saisissants de vitesse et d'accélération, le coeur&nbsp;du jeune lecteur est tout entier tendu vers les espoirs de Flamme.&nbsp;<br />Avec&nbsp;<em>Flamme</em>, HongFei poursuit son travail de publication en France de l’œuvre de livres pour enfants de ce grand illustrateur chinois qu'est ZHU Chengliang.</p></div><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/prix_hongfei_1.jpg?itok=AWNkKeRy"/> Tue, 11 Jun 2019 15:33:19 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/trois-prix-pour-les-editions-hongfei-cultures-0 actualites "SITUER" : le Chinonais par Benoît Vincent http://www.ciclic.fr//labo-de-creation/le-labo-de-creation/benoit-vincent-situer/situer-le-chinonais-par-benoit-vincent <p class="Textbody chapo">Benoît Vincent, au sein du Labo de Ciclic, développe le projet "SITUER", une mise en fiction de six régions naturelles du Centre-Val de Loire : la Beauce, le Berry, la Brenne, le Perche, le Chinonais et la Touraine. L'écrivain et naturaliste propose une cartographie littéraire, une tentative de traduction esthétique de ces territoires naturels emblématiques, une invitation à parcourir, penser et lire nos paysages d'un regard neuf. Il nous livre ici un extrait de son travail en cours...</p><h1 class="Textbody accroche">De deux choses l'une&nbsp; [Chinon / Tours – Loches]</h1><h2>&nbsp;</h2><p class="Textbody" style="text-align: right;" align="right"><small>De là partans arrivèrent au port du molin, &amp; trouvèrent tout le <br />gué couvert de corps mors, en telle foulle qu’ilz avoient <br />enguorgé le cours du molin. <br />[François Rabelais]</small></p><p class="western">Le marais est le plus grand de Touraine peut-être, assurément le plus grand du secteur, loin s’en faut. Il est un espace de profusion du cours d’eau appelé Négron.</p><p class="western">Le marais est une prolifération du cours d’eau, il est cours d’eau en forme non de lame (comme on parle de la lame d’eau) mais de nappe. La nappe s’écoule non d’amont en aval mais latéralement, et d’ailleurs elle ne coule guère. Elle reste, et elle élabore patiemment cet ensemble féerique et diabolique à la fois (je le sais moi qui ai traversé les marais, habité les marais, arpenté les marais, essoré les marais).</p><p class="western">C’est une structure particulière, qui m’a valu bien des tentatives de relations, tantôt poétiques, tantôt journalistiques, tantôt narratives, et la plupart du temps ce furent des échecs. Il est impossible de rendre le marais… ses couleurs, son tremblement, ses frimas.</p><p class="western">Le froid du marais, le silence du marais, le vide du marais, le brun du marais, quand, plutôt qu’une sorte de filet il ressemble à une bonde. Une bonde pour l’âme. Un lieu de reddition bénévole.</p><p class="western">Je crois que l’homme, effrayé par l’aliéneté du marais, effrayé par le marais, secrètement travaille à son éradication. Dans bien des régions il y est parvenu. On ne compte plus le nombre de marais fossilisés, ou au contraire envahis d’arbustes, mutilés par les griffes de certaines pratiques agricole<span style="background: transparent;">s,</span><span style="background: transparent;"> du drainage, de la plantation, du pâturage de ces </span><span style="background: transparent;">machines</span><span style="background: transparent;"> vivantes trop lourdes pour lui.</span></p><p class="western">Qu’est-ce qu’un marais&nbsp;? Une chose&nbsp;? Un être&nbsp;? Un éon&nbsp;? Une entité abstraite&nbsp;? Un complexe, un collectif&nbsp;? Ou bien un simple mot, abandonné à lui-même au coin d’un livre, dans la marge d’un roman, une anecdote dans une chronique&nbsp;?</p><p class="western">&nbsp;</p><h2 class="western" style="text-align: center;" align="center"><strong>*</strong></h2><p class="western" align="center">&nbsp;<em>«&nbsp;Une ville nouvelle&nbsp;?&nbsp;»</em></p><p class="western"><em>Une ville nouvelle, et une ville complète. Levée, comme une carte, du vide, de nulle part. Une ville céans, avec ses maisons et ses routes, ses édifices et ses monuments, ainsi que sa voirie, qui la relie au réel (les autres villes, les autres nulle part). Une ville avec ses habitants, qui empruntent, comme par miracle, à peine sont-ils construits, les voies et les escaliers, les portes et les ponts. Ils allaient faire une ville nouvelle&nbsp;!</em></p><p class="western"><em>C’est en tout cas se que m’annonça le baron mon oncle alors que nous faisions le tour de son domaine. Nous passions à proximité du marais de Taligny et lors que nous nous approchâmes du gué qui aujourd’hui n’est plus, et que le sieur Rabelais se plût à nommer de Vède, plutôt que de Négron. Le baron reprit&nbsp;: «&nbsp;Voyez-vous, j’aime à considérer que derrière chaque chose se dissimule plus d’une réalité. J’aime à considérer les choses duelles, et non figées dans la gangue de leur identité unique.</em></p><p class="western">– <em>Les évènements semblent vous donner raison.</em></p><p class="western">– <em>Ils me donneront raison s’ils viennent à leur terme&nbsp;; d’ici là je crains de trépasser avant de pouvoir contempler leur œuvre.&nbsp;»</em>&nbsp;</p><h2 class="western" style="text-align: center;" align="center">*</h2><p class="western" align="center">&nbsp;Dans le courant des années soixante-dix du vingtième siècle, on décide d’isoler le bief qui alimente le moulin qu’on trouve à l’amont du marais, à l’ouest, de son chenal principal, et on l’envoie baigner le lavoir médiéval à l’opposé&nbsp;; ce n’est qu’en aval que les deux tresses se rejoignent à nouveau en un seul courant. Mais lorsque le bief se sépare du cours d’eau, il le traverse via un étonnant pont-canal de béton, aujord'huit plein de vase et limon et recouvert de mousses, de lichen, de petites annuelles.</p><p class="western">On ne connaît pas la raison de cette séparation des eaux. Mais j’aime savoir que quelqu’un, quelque retraité du syndicat des eaux ou du département (l’Indre-et-Loire affiche maintenant sur ses documents officiels ce logo avec ces mots&nbsp;: <span style="font-variant: small-caps;">Touraine, le département </span><span style="font-variant: normal;">– </span><span style="font-variant: normal;">ce qui est non seulement absurde, mais probablement anticonstitutionnel</span>) détient ce savoir, conserve comme un trésor la raison qui a conduit à faire d’une rivière un huit, un tore, un objet d’Eischer ou de Möbius.</p><p class="western">Ce que vous voyez n’est pas ce que vous voyez.</p><p class="western">Vous voyez le Négron, mais vous voyez la Vède.</p><p class="western">Vous voyez l’Indre-et-Loire, mais vous voyez la Touraine.</p><p class="western">Cet employé aux écritures, cet homme (ou cette femme) dans son bureau, à l’antenne du département (mais l’antenne du département d’Indre-et-Loire existait-elle dans les années 70&nbsp;?) ou peut-être plutôt en sous-préfecture – on est toujours dans la déclinaison, dans le duel<a name="sdfootnote1anc" href="#sdfootnote1sym" class="sdfootnoteanc"></a><sup>1</sup> – peut-être a-t-il signé le document qui autorise la création du pont-canal, qui sépare et isole la rivière d’elle-même… ou bien quelque ingénieur de mèche avec quelque élu et quelque attaché de cabinet ont-ils ourdi un dossier en bonne et due forme, de création du pont-canal, avec exécution par les services techniques de la ville auxquels on a concédé (et adjoint) le matériel de location nécessaire pour la bonne réalisation de l’ouvrage (je pense ici aux coffrages et aux fers à béton, peut-être même quelque outil moins noble ou onéreux mais nécessaire, et cela permet de rajeunir l’outillage parfois ancien de la mairie, c’est l’occasion, savez-vous par exemple que nous disposons de toute une série de gouges, de marteaux-taillants, de hies, de tous types et toutes tailles, dont plus personne ne sait précisément la fonction aujourd’hui&nbsp;?)&nbsp;</p><h2 class="western" style="text-align: center;" align="center"><strong>*</strong></h2><p class="western">&nbsp;<em>«&nbsp;Entre-temps le pont, ici s’est une nouvelle fois éboulé, emporté par la crue. On songe à bâtir un autre passage, moins dangereux, à détourner la route...&nbsp;»</em>&nbsp;</p><h2 class="western" style="text-align: center;" align="center">*</h2><p class="western">&nbsp;Moi je suis venu deux fois dans le coin. La première fois j’ai eu l’occasion de visiter certaines caves souterraines, creusées dans le tuffeau&nbsp;; la deuxième fois, j’ai eu l’occasion de visiter le marais ainsi que les ouvrages qui le bornent. Ces deux espaces, de quelque manière, sont apposés, les deux versions peut-être d’une même réalité. L’envers et le revers du même décor.&nbsp;</p><h2 class="western" style="text-align: center;" align="center">*</h2><p class="western">&nbsp;Je déambule sans but dans le paysage et je parviens à Ligré où depuis la vallée de la Loire l’horizon s'est transformé. Ce sont désormais des vignes, un arlequin de vignes, puis, à ma grande surprise, des alignements de chênes, pour les truffes. Des truffières, ici&nbsp;! Quelle n’est pas ma surprise lorsque je constate de mes yeux que les chênes sont à la fois des chênes pédonculés et des chênes verts, des yeuses&nbsp;! Des yeuses, ici&nbsp;!</p><p class="western">Mes yeuses&nbsp;!</p><p class="western">Avec la pierre et la vigne, les yeuses formaient bel et bien un paysage, et c’est ce paysage que je tâchais d’élucider (si on élucide un paysage), mais je ne parvenais justement pas à le pénétrer car je le connaissais trop. Il était comme un reflet dans un miroir. Qui peut atteindre son reflet dans le miroir&nbsp;?</p><p class="western">Et pourtant il fallait revenir, y revenir, sillonner, et arpenter.</p><p class="western">Aussi allais-je me perdre le long de la Vienne, le bocage exubérant du Véron. Après tout c’était un tout autre bassin versant, aussi. Je grimpai au panorama de Candes-Saint-Martin pour me persuader qu’il n’y avait pas de venteuse montagne au loin, et si moutonnait une esquisse de mer, qu’au moins celle-ci soit froide et tempétueuse et indomptable infini. Quelques coquilles de l’ouest m'ont distrait. Ne manquait que la centrale nucléaire pour compléter la carte postale provençale.&nbsp;</p><h2 class="western" style="text-align: center;" align="center">*</h2><p class="western" style="font-style: normal;" align="center">&nbsp;«&nbsp;On prête beaucoup de qualités aux écrivains, sans doute trop, mais on ne peut leur reprocher, leur manque de tact au regard des réalités du monde. Et cette franchise, quand bien même elle prendrait le tour de la fantaisie la plus fugace, de l’audace irréfléchie qui cède volontiers (et non sans malice) à la passion, détermine par la lecture que nous en faisons notre propre découverte du monde. Je pense précisément à ceci&nbsp;: si deux géants venaient à peupler les collines qui s’épandent sous mes yeux, je ne leur donnerais crédit que dans la mesure où les aventures dont ils seraient les protagonistes ne cachaient, en quelque façon, une certaine rigueur topographique, ou bien une instruction de morale ou de politique, ou encore une leçon de vie, une manière de règle de discours que nous procure leur exemple ou leur société.</p><p class="western">En quoi tout roman est double&nbsp;; non seulement le lecteur écrit le livre que l’auteur lui a lu une première fois, mais dans ce geste c’est aussi un <em>paysage</em> qui est chaque fois échafaudé et renouvelé, à la manière d’un décor de théâtre itinérant.</p><p class="western">On argue parfois que le principal tort que portent la littérature et les livres, et en particulier les romans, est d’entretenir une certaine duplicité dans la confrontation du monde. Pour ma part, je gage que cette fréquentation ne développe au contraire un certaine aisance à appréhender l’équivoque qui ne laisse pas de surprendre et susciter le goût de poursuivre la route.</p><p class="western">Je me souviendrai toujours de ce que notre professeur d’histoire médiévale, à Tours, nous disait de Jeanne d’Arc&nbsp;: qu’elle n’était jamais qui on croyait, car on préférait surtout qu’elle soit ce qu’on voulait. Et il citait ce passage qu’il nous avait fortement incité à apprendre par cœur&nbsp;: "Le vingt-quatrième jour du mois de février 1449, la Pucelle Jehanne qui avait été en France, revint dans notre région, en plusieurs endroits on la vit, et reconnut. Elle se faisait appeler Claude. Elle fut trahie par plusieurs traits de la Pucelle Jehanne de France qui amena Charles à Reims. Or lorsque Charles lui demanda quel secret ils partageaient, la chronicque <em>[sic]</em> devint obscure&nbsp;: pour les uns elle ne le sut pas&nbsp;; pour les autres elle ne voulut pas qu’ils l'apprissent.&nbsp;</p><h2 class="western" style="text-align: center;" align="center">*</h2><p class="western">&nbsp;Je sais bien que tout cela va trop vite, que tout cela est expédié. Les visites, les rencontres. Mêmes les arrêts aux ronds-points, les stations dans la nature, les hésitations à la lisière du bois, au perron devant le coton de neige qui s’amoncelle ou dans l’habitacle face au rideau de pluie battante. Je le sais dans mon corps, dans mes mains, dans mes yeux, je le lis aussi dans la pierre de Chinon, dans les rues de Chinon, que je traverse, fantôme.</p><p class="western">Je le trouve encore dans les romans que je lis, dans les lettres que je compulse avidement.&nbsp;</p><h2 class="western" style="text-align: center;" align="center">*</h2><p class="western">&nbsp;<em>«&nbsp;[…] et je raccompagnais mon bon oncle jusqu’au seuil de son manoir. Déjà le froid exhalé des profondeurs de la terre venait ternir les derniers jours de l’année. Entre chien et loup, les formes et les couleurs se mêlaient en des figures grotesques et gigantesques qui impressionnaient jusqu’au plus farouche des mousquetaires. Derrière le mur blanc, qui seul se détachait du fond obscur et brouillé, le baron disparut&nbsp;; j’entendis encore la porte cochère se refermer et peut-être ai-je aperçu une lueur venue de l’intérieur qui devait être douillet, déchirer les ténèbres, et porter son fumet de soupe sur le silence du sauvage alentours.&nbsp;»</em></p><p></p><div><hr align="left" size="1" width="33%" /><div><p class="Textbody"><a href="file:///R:/SAUVEGARDE/Le%20Labo/B.%20Vincent/Situer/Textes/05_De%20deux%20choses%20l'une%20%20%5b37.02%20CHINONAIS%20Chinon%5d%20-%20Texte%20seul.odt#_ftnref1" title=""><small>[1]</small></a> <small>D’ailleurs pourra-t-on parler de Loches&nbsp;?</small></p></div></div><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/chinonais_ok1.jpg?itok=ccJFoMDF"/> Fri, 07 Jun 2019 14:52:41 +0200 http://www.ciclic.fr/labo-de-creation/le-labo-de-creation/benoit-vincent-situer/situer-le-chinonais-par-benoit-vincent actualites Six titres à découvrir...en juin http://www.ciclic.fr//actualites/six-titres-decouvriren-juin <p class="chapo">Comme chaque début de mois, l'équipe Livre de Ciclic-Centre Val de Loire revient avec une nouvelle sélection d'ouvrages 100 % édités en région Centre-Val de Loire ! Le but ? Permettre, via les six titres sélectionnés, de (re)découvrir, la richesse éditoriale de notre territoire. Le mois de juin ne déroge pas à la règle, voici donc une sélection toute chaude !</p><p>Retrouvez l'intégralité de ces nombreuses publications sur l'annuaire en ligne des professionnels du livre où chaque fiche – éditeur – donne accès à son catalogue et chaque fiche – auteur – permet de découvrir sa bibliographie.</p><p>Ce mois-ci&nbsp;l'agence vous propose&nbsp;:&nbsp;&nbsp;</p><p><strong>Deux ouvrages d'auteurs&nbsp;en région Centre-Val de Loire</strong></p><p>∎&nbsp;<em>Tourbillon noir</em>, <a href="http://livre.ciclic.fr/contact/lamy-florence" target="_blank">Florence Lamy</a><br />&nbsp; &nbsp; Éditions Scrineo</p><p>∎&nbsp;<em>Miss Harley - Tome 2</em>, <a href="http://livre.ciclic.fr/contact/roux-mickael" target="_blank">Mickaël Roux</a>, Philippe Gurel<br />&nbsp; &nbsp; Éditions Bamboo</p><p><strong>Quatre nouveautés d'éditeurs en région Centre-Val de Loire :</strong></p><p>∎&nbsp;<em>Le très grand lion et la toute petite souris</em>,&nbsp;France Quatromme, Camille Nicolazzi<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-bilboquet" target="_blank">Éditions Bilboquet</a> (Vineuil - 41)</p><p>∎ <em>Marchands d'angoisse : Le Mali tel qu'il est, tel qu'il pourrait être,&nbsp;</em>Mohamed Amara<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-grandvaux" target="_blank">Éditions&nbsp;Grandvaux</a>&nbsp;(Brinon-sur-Sauldre - 18)</p><p>∎ <em>Baltique, à pied d'île en île,&nbsp;</em>Nicolas Jolivot<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-hongfei-cultures" target="_blank">Éditions HongFei Cultures</a>&nbsp;(Amboise - 37)</p><p>∎ <em>Sida, la peine et le sursis,&nbsp;</em><a href="http://livre.ciclic.fr/contact/gueroult-francois" target="_blank">François Guéroult</a><br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-infimes" target="_blank">Éditions Infimes</a>&nbsp;(Orléans - 45)</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/collage_articlejuin.jpg?itok=doXqjRtO"/> Tue, 04 Jun 2019 10:05:52 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/six-titres-decouvriren-juin actualites #3 Une incarnation – Récits de la 12e édition des mille lectures d'hiver http://www.ciclic.fr//actualites/3-une-incarnation-recits-de-la-12e-edition-des-mille-lectures-d-hiver <p class="chapo">À l'issue de la 12e édition des mille lectures d'hiver, les quarante-cinq comédiens-lecteurs ont rendu compte de leurs tournées de lectures. De ces cinq-cents rendez-vous autour de la litérature, ils ont fait le récit. Puis Ciclic a confié l'ensemble de ces textes à Aurélien Lemant lui demandant d'éditorialiser ces «&nbsp;carnets de route&nbsp;». Aurélien Lemant est écrivain, metteur en scène, comédien et fut lui-même l’un des comédiens-lecteurs des mille lectures d’hiver, c'est dire s'il connaît l'aventure !&nbsp;<span style="font-size: 14.69px;">&nbsp;</span></p><h2 style="text-align: left;"><strong>ÉPISODE 3</strong></h2><p style="text-align: right;">-&nbsp;<strong><em>Bonjour petit journal des Mille Lectures, enfin je te retrouve. Enfin je repars sur les routes. Que d'évènements depuis l'année dernière. Que de doutes, de joies, de lectures pour revenir vers toi, de décisions sur mon engagement à lire, sur la nécessité de lire, sur ma mission de comédien, d'homme. La route vers le Loiret avec le soleil dans la figure. Un beau coucher de soleil d'hiver. J'ai cela en moi depuis sept ans maintenant. Et c'est cela que j'aime retrouver.</em></strong><strong></strong></p><p>Les comptes-rendus de tournées rédigés par les lecteurs publics des «&nbsp;Mille&nbsp;» – comme les appellent souvent entre eux les comédiens – ont d’abord l’aspect d’un formulaire renseigné en ligne par chacun, quand il trouve un moment et une connexion Internet, après une journée de lecture, de façon à garder le souvenir de la rencontre, fraîchement cueilli à ras des expériences et glissé entre deux pages web, comme on insère une fleur ou un trèfle à quatre feuilles au cœur d’un livre, pour cristalliser le passage de ses teintes et odeurs. C’est la mémoire écrite des Mille, sa chronologie poétique, son annale vivace comme on le dirait d’une plante, son encyclopédie des sensations. Les lecteurs n’y noircissent pas des cases pour la bureaucratie&nbsp;: ils racontent une histoire. L’histoire que l’on écrirait à destination d’un correspondant étranger, un <em>penfriend</em> comme disent les anglophones, un ami de plume, un ami-stylo. Ce compte-rendu est un interlocuteur imaginaire, furtivement constitué pour et par notre gigantesque collectif – toi-moi-nous, responsable, assistante, comédiens, auteurs, publics, rédacteur, internautes... Le Club des Mille. Qu’elle prenne forme d’autobiographie, de journal intime, de carnet de bord, d’un portrait de famille improvisée, de carte postale accompagnée de sa chatoyante photographie, voire de télégramme envoyé depuis la plus proche station mobile, cette histoire fixe et incarne pour la postérité l’arrivée d’un livre dans l’existence de ceux qui l’ont attendu puis entendu. Dans ce récit de vie, les lecteurs publics peignent leur lieu d’accueil, font parler les auditeurs, se rappellent la couleur du soir, décrivent la qualité du son, expliquent comment un roman, celui qu’elle ou il a choisi, se matérialise et se personnifie, se manifestant à l’écart d’eux-mêmes comme un tiers qui n’est ni l’écrivain, ni le protagoniste de sa fable, mais un être à part entière, animal sauvage de compagnie ou superbe double fantomatique surgi là parce qu’on l’a appelé, comme lorsque Coraline lit <em>M Train</em> de Patti Smith&nbsp;:</p><p><strong>«&nbsp;<em>Ce soir, dans le public, il y avait une femme qui ressemblait beaucoup à Patti Smith. Grande, le visage émacié, enveloppée dans un long manteau noir, une capuche sur la tête, des cheveux gris éparpillés... A chaque fois que je levais les yeux du livre, je la voyais, l'air un peu sévère mais très attentive. J'étais heureuse de cette impression, car cette saison j'ai vraiment eu la sensation d'avoir l'autrice du texte que je lisais comme compagne de route. Plus encore que lors des saisons précédentes. Peut-être parce que le texte est très autobiographique, mais je crois surtout parce que j'ai aimé partager la voix de cette femme, la faire résonner, et prendre certaines de ces phrases comme des mantras.</em>&nbsp;»</strong></p><p>Ici, peut-être voudriez-vous que la lectrice eût cité l’une ou l’autre formule magique de la longue dame punk qu’elle a décidé de livrer aux publics, mais c’est tout le contraire qui fait le propos des Mille Lectures d’Hiver&nbsp;: non pas lire, mais entendre lire&nbsp;; non plus du texte, mais une parole. Débroussailler ces carnets de route, c’est vivre la délicieuse sensation d’avoir manqué quelque chose de grand, regretter de ne pas avoir été du voyage, et pas seulement se dire, comme beaucoup&nbsp;: «&nbsp;Je vais me procurer le livre&nbsp;!&nbsp;», quand bien même la plupart des gens le font <em>vraiment</em>, après. Parce que vous ne pouvez pas vous procurer le lecteur. Vous ne pouvez pas rattraper le moment. Vous ne pourrez pas exiger de l’artiste qu’il le reproduise. C’était une trouée, une percée, une évasion, c’était unique et il ne nous reste que ce compte-rendu pour s’en souvenir et le faire savoir&nbsp;: Sarah lisait <em>Un notaire peu ordinaire</em> dans une bibliothèque où <strong>«<em>&nbsp;il y a des photos de l’écrivain, des tirages imprimante couleur, on voit bien ses yeux bleus qui ressortent, trois feuilles A4 scotchées sur les montants d’étagère. Je pense à Yves Ravey&nbsp;</em>»</strong> – l’auteur. <strong>«</strong>&nbsp;<strong><em>Il ne saura pas que cet après-midi, c’était un peu sa fête.&nbsp;</em>»</strong> C’est du temps enfui, mais c’est éternisé dans ces petits journaux secrets – n’est secret que ce qui risque d’être révélé.</p><p>A demi figurée dans la silhouette assise d’une inconnue, à demi appelée par des portraits placardés comme des icônes, à peu près projetée via ses propres mots prononcés par une autre, c’est le témoignage cryptique d’une apparition. Yves Ravey était là, et il ne le savait pas.</p><p>Oscar Kokoschka répond présent, lui aussi, lorsque Mathilde vient lire <em>La Poupée de Kokoschka</em> d’Hélène Frédérick à une trentaine d’élèves de seconde, auxquels le professeur de Lettres a présenté des œuvres du peintre expressionniste quelques jours plus tôt – <strong>«<em>&nbsp;J’ai passé un magnifique moment. Les jeunes sont fabuleux&nbsp;!&nbsp;</em>»</strong> écrit la comédienne, comme si l’opportunité de leur donner lecture était un cadeau qu’on lui faisait <em>à elle</em>.</p><p>C’est important de connaître un peu avant, pour se rendre compte qu’en réalité on ne connaissait pas&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>Certains auditeurs connaissaient Patti Smith comme chanteuse (la rockeuse énergique) et ont été étonnés d'entendre sa voix d'une autre manière dans son texte... plus nostalgique, plus contemplative aussi. De très beaux commentaires sur cette écriture des petites choses qui nous touchent : retrouver au fond d'un tiroir une boîte qui renferme un trésor de l'enfance, et plonger...</em></strong><strong>&nbsp;»</strong></p><p>En dépit des prélèvements opérés en amont par le comédien sur la matière littéraire – quel ouvrage, quelle continuité de chapitres, et pourquoi ceux-ci plutôt que d’autres au sein du même livre&nbsp;que l’on donne en partage ? – et des accidents ou trouvailles (ce sont les mêmes) face à l’assistance, ce n’est pas l’interprétation qui prime, c’est cette <em>contemplation</em> d’une substance incarnée. Le lecteur, acteur professionnel dans le civil, se dépouille de lui-même (tout moi est un surplus) et convoque cette chose qui échappe et résiste à tout.</p><p><strong>«&nbsp;<em>C’est vous qui lisiez le Mona Ozouf l’année dernière&nbsp;? C’est fou, j’ai adoré&nbsp;! J’ai même acheté le livre, mais je n’ai strictement aucun souvenir de vous</em>&nbsp;»</strong>, avoue quelqu’un à Baptiste.</p><p>A la faveur d’un débat post-lecture de <em>Fils du feu</em> de Guy Boley, Laura&nbsp;saisit pourquoi elle se tourne <strong>«&nbsp;<em>souvent </em>[vers]<em> des romans "contemplatifs" : à rebours de l'urgence et du souci permanent d'efficacité dont nous sommes les jouets dans la vie de tous les jours, prendre le temps me semble d'une grande importance. Se tourner vers l'intérieur, accepter qu'il ne se passe rien en apparence (pas d'intrigue haletante), et de se laisser happer par des évocations, des tableaux, des choses infimes sur lesquelles l'écrivain, à l'instar du peintre, sait s'arrêter. Et c'est grâce à cette assemblée, modeste par sa taille, mais fort pertinente, que je l'ai compris. Même le chat a été si attentif que j'ai failli le compter parmi les auditeurs !</em>&nbsp;» </strong>Comptabilisé ou non, le voici recensé et immortalisé, ce chat, grosse balle de patience tendue dans l’écoute, affirmation synthétique, condensé symbolique de la concentration du public pendu au verbe de l’auteur délivré. Encore l’incarnation de quelque chose, malgré soi.</p><p>Comme lorsqu’un personnage inconscient fait irruption vers le réel, pendant une lecture de Danièle où <strong>«<em> </em>[Mon accueillante]<em> a un ami qui se met à ronfler exactement au moment où dans le texte, je dis&nbsp;: </em></strong><strong><em>"</em></strong><strong>vous ronflez</strong><strong><em>"</em></strong><strong><em>. Pareille mise en scène aurait dû demander des mois de travail. Tout le monde rit et applaudit, vivant et détendu, le dormeur s’éveille joyeux et on continue.</em></strong><strong>&nbsp;»</strong></p><p>A l’inverse, on peut distraitement se laisser aller à croire en la présence effective de quelqu’un<strong> </strong>qui pourtant n’est pas là. Mais vous savez, quand on se figure quelque chose dur comme fer, c’est vite à moitié vrai si on ne conteste pas la fiction qui s’installe, c’est arrivé à Antoine&nbsp;: <strong>« <em>Suite à une étourderie de mon accueillante concernant le carton d'invitation, certains convives pensent que je suis le traducteur du bouquin.&nbsp;</em>»<em> </em></strong>(<em>Atlas d’un homme inquiet</em>, de l’Autrichien Christoph Ransmayr)<strong><em> </em>«<em>&nbsp;La discussion qui suit est assez décalée. Un dialogue de sourds... Surtout quand j'annonce que je ne parle pas un mot d'allemand. Nous avons beaucoup ri...</em>&nbsp;»&nbsp;</strong></p><p>Nous aussi pouvons rire en épluchant les carnets&nbsp;: dans ceux de Fabrice, l’auditoire a une drôle de manière de dévorer <em>Règne animal</em> de Jean-Baptiste Del Amo&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>Zut le gâteau, il avait quelle forme ? C’est tout découpé maintenant, mais il avait la forme d’un livre… un livre avec le titre de la lecture marqué dessus et le nom du lecteur…</em>&nbsp;» </strong></p><p>Bien sûr, lors d’autres rencontres, c’est plus délicat. Complexe. C’est pour ça aussi, parfois même surtout, que l’on se lance dans une telle bataille&nbsp;: si c’était si facile, on n’aurait pas besoin des Mille Lectures d’Hiver. Antoine se rend dans un CFA, il est reçu par le documentaliste, qui est aussi professeur de français – on multiplie les casquettes quand il n’y a pas trop de moyens («&nbsp;trop&nbsp;» en intelligence et en sensibilité, ça veut dire quoi, au juste&nbsp;?)&nbsp;; cet enseignant <strong>«<em>&nbsp;se démène comme un beau diable pour apporter un tout petit peu de culture dans l'établissement. J'imagine que ce n'est pas vraiment simple... La lecture se passe très bien et dans un bon climat. Le petit groupe de treize élèves reste bien concentré. La discussion après la lecture ne s'engage pas facilement. La prise de parole est difficile, aucun des élèves n'a jamais lu un livre... Le professeur pose quelques questions, moi aussi, la parole se libère fébrilement. Plusieurs élèves me font part de leur plaisir d'avoir pu assister à une lecture.&nbsp;</em>»</strong></p><p>C’est qu’il est bien sûr tellement <strong>«&nbsp;<em>agréable de sentir que les gens ont découvert quelque chose qui les intéresse, le style d'un écrivain qui les bouscule et les émeut.</em>&nbsp;» </strong>comme en témoigne Leila, lisant Éric Vuillard. C’est là le moteur de toute cette entreprise.<strong> </strong>Faire apparaître l’au-delà des écrits. L’oralité a ce pouvoir. Une femme dit à Sarah&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>On voit tout. Il ne décrit rien mais on voit tout&nbsp;!</em>&nbsp;»</strong> Ailleurs, quelqu’un lance à Caroline, à propos d’Erwan Rougé&nbsp;:<strong> «&nbsp;<em>"Il arrive à décrire des choses qu'on sent mais qu'on ne sait pas comment dire".</em>&nbsp;»</strong> Cela incite les gens à demander à Caroline, comme si elle pouvait répondre – et ça c’est merveilleux, parce que nul ne peut satisfaire la moindre de ces interrogations, et pourtant toujours l’acteur s’efforce de rendre hommage à l’auditoire en méditant avec lui –, <strong>«&nbsp;<em>Où et quand commence la littérature et pourquoi ? Est-elle séparée de la vie ? Peut-on tout écrire...&nbsp;? </em>» </strong>On se prend à imaginer, peut-être à tort, qu’elle leur a répondu (qu’elle pense que) OUI.</p><p>OUI, si l’on estime que la littérature raboute ces deux extrémités que sont la joie et la mort, dans des noces d’azote, de sucre et de nitroglycérine. On n’est jamais séparé de la vie quand on parle de son soi-disant contraire : on lit en plein dedans. Nathalie nous le dit comme elle l’a ressenti&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>Ce texte de Michel Tremblay nous amène à penser à ceux qui ne sont plus, et auxquels seuls la littérature et les souvenirs redonnent vie.&nbsp;</em>»<em> </em></strong>Une réincarnation.<strong><em> </em>«<em>&nbsp;Alors les vivants et les défunts sont ensemble, de même que ce soir les années se rejoignent. Les frontières du temps deviennent poreuses. L'absolu présent dans lequel nous jettent les Mille Lectures d'Hiver s'imprime. Quand la lecture commence, ce présent-là prend le dessus. Oui, il y a ceux qui partent et ceux qui arrivent, comme cette petite fille qui est là désormais sur leurs genoux... le présent pour toujours.</em> »</strong> OUI. Immortalisée donc immortelle, la petite fille, on la voit assise à côté du chat de tout à l’heure, entre le sosie de Patti Smith et la photo d’Yves Ravey, les yeux sur nous tous, unis par le fil lumineux qui nous relie comme <strong>«&nbsp;<em>un collier de perles douces&nbsp;</em>»</strong> – le mot est de Bénédicte.</p><p>Du côté de Laure,<strong> </strong>le public se fait très technique pour pouvoir cerner son admiration d’un auteur, parce que derrière la décortication d’un style ou de manies repose la <em>perle douce</em>, sécrétion parfaite que l’actrice lisant avait pêchée sans le savoir&nbsp;:<strong> «&nbsp;<em>La discussion porte sur le rythme de l'écriture, les longs tunnels de description sans point ; les espaces blancs suivis parfois de quelques phrases très courtes. Ce procédé leur fait aussi penser au mouvement incessant des vagues. </em>» </strong>Il attend là, notre trésor.<strong> </strong></p><p>Bruno&nbsp;a sa propre façon de dire la vague, c’est là son filet pour déloger la perle&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>A la fin nous parlerons davantage de l’acte de lire à haute voix devant les autres que du contenu de ces très légères oscillations. Certaines seront émues par l’incarnation du texte et comment il se raconte. Je leur explique que chaque texte impose sa façon de lire et sa propre voix, qu’à chaque fois c’est du cas par cas, qu’il n’y a pas une seule méthode pour tous, la transmission orale de chaque auteur, et même de chaque livre de chaque auteur, a quelque chose de singulier.</em>&nbsp;» </strong>C’est que l’incarnation dont il leur a parlé n’est que celle du moment, en dépit de la direction arpentée, des essais à voix basse seul dans une pièce close pour ne pas qu’on nous entende tout de suite, des vocalises, des mises en bouches, des répétitions avant de se lâcher sur les routes en tournée. <strong>&nbsp;&nbsp;</strong></p><p>Tout reste encore à faire, beaucoup de choses se décideront hors préparation de la tournée, presque à notre insu, dans le direct de la rencontre avec le livre, rencontre qui a lieu non pas lors du montage orchestré par le comédien, mais à chaque ouverture de l’ouvrage devant les inconnus qui grouillent sur leurs sièges. <strong>«<em>&nbsp;D'après les remarques des auditeurs&nbsp;</em>»</strong>, Jean-Christophe&nbsp;ressent que <em>Notre château<strong> </strong></em>d'Emmanuel Régniez<strong><em> </em>« <em>a la particularité de prendre sa pleine mesure quand il est lu à voix haute. Au point que, pour certains d'entre eux, ce livre leur tomba des mains lorsqu'ils tentèrent de le lire pour eux-mêmes en amont de notre rencontre. La lecture de ce texte à voix haute met en valeur ses qualités musicales, ses périodes, ses alternances de rythmes. D'ailleurs au début et à la fin du roman sont apposées quelques mesures de partitions. S'y ajoutent une structure répétitive, un personnage principal pris dans une urgence énonciative :&nbsp; "</em></strong><em>-Je vais tout de suite dire quelque chose...<strong>" page 13&nbsp;; "</strong>-Mais te rends-tu compte de ce que je viens de dire<strong>" page 28 ; des dialogues, des soliloques, un suspense maintenu ; sans compter que l'exercice lui-même, de lecture à voix haute, est mis en scène dans le roman, mettant ainsi en abîme la lecture effective du lecteur : "</strong>Notre vie est tournée vers la lecture, notre vie est pour la lecture. Ce que nous aimons faire ma sœur et moi, c'est nous lire à voix haute des extraits des livres que nous sommes en train de lire.<strong>", page 36. Par ailleurs, des mots, des expressions, sont détachés, mis en italiques, et exigent de par leurs positions au sein de la phrase une accentuation de la part du lecteur, au risque sinon de passer complètement à côté du sens. Le fait que la lecture initiale se déroula dans l'espace d'un auditorium renforça encore les aspects musicaux et parlés propres au texte, favorisa leurs mises en résonnance. Tous les éléments énoncés ici rendirent, je crois, l'exercice vivant et partagé, peut-être légèrement théâtral et hypnotique. La lecture elle-même devenant un élément majeur du conte. Une histoire qui se raconte en écho d'une autre qui n'est pas encore terminée. "Comme tous les soirs l'histoire continue, elle ne peut s'arrêter. Et même si c'est une histoire connue, elle continue, elle ne peut s'arrêter."&nbsp; Ainsi se finissait quand même cette première lecture. Je crois qu'un livre, après avoir été travaillé, nous travaille à son tour. Il deviendra un compagnon, le prisme au travers duquel je lirai de nouvelles rencontres. Le soir je dormis dans une maison "trop grande" pour un homme devenu veuf il y a peu de temps. Dans la chambre de nombreuses photos de sa femme qui hantèrent ma nuit. Je crois que le roman est vraiment rentré en moi à ce moment-là.&nbsp;</strong></em><strong>»</strong></p><p>&nbsp;</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/visuel_2.jpg?itok=HNqYblpk"/> Mon, 03 Jun 2019 15:46:22 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/3-une-incarnation-recits-de-la-12e-edition-des-mille-lectures-d-hiver actualites Lecture-rencontre avec Cécile Coulon, écrivain http://www.ciclic.fr//actualites/lecture-rencontre-avec-cecile-coulon-ecrivain <p class="chapo">Au printemps dernier, Ciclic Centre-Val de Loire organisait une série de rencontres publiques avec Cécile Coulon, écrivain associé à la 12e&nbsp;édition des mille lectures d’hiver. Ces rendez-vous furent l’occasion de découvrir l'univers littéraire de Cécile Coulon, ses livres et ses lectures.</p><p>Ciclic Centre-Val de Loire propose de (re)découvrir les moments phares de la soirée qui s’est déroulée le 7 juin 2018 à la salle de la Cerisaie de Tavers (45).</p><p>Cécile Coulon évoque les auteurs qu’elle aime et admire, parle des livres qu'elle écrit. Elle lit des passages de :&nbsp;<em>Écritures. Mémoires d'un métier</em> de Stephen King (éd. Le Livre de Poche), <em>Comme un oiseau dans la tête</em> de René Guy Cadou (éd. Points), <em>Alexis ou le Traité du vain combat</em> de Marguerite Yourcenar (éd. Gallimard), <em>Les Pays</em> de Marie-Hélène Lafon (éd. Buchet Chastel) et <em>L'amant des morts</em> de Mathieu Riboulet (éd. Verdier).</p><p>Les comédiens-lecteurs Sarah Haxaire et Benoît Marchand lisent des extraits de&nbsp;<em>Trois saisons d'orage</em> (éd. Vivane Hamy) et <em>Les Ronces</em> (Le Castor Astral) de Cécile Coulon.&nbsp;</p><h4><strong>Cécile Coulon</strong></h4><p>Cécile Coulon est née en 1990. Après une hypokhâgne et une khâgne à Clermont-Ferrand, elle poursuit ses études en lettres modernes. Elle se consacre actuellement à une thèse dont le sujet est «&nbsp;Sport et Littérature&nbsp;». Son premier roman&nbsp;<em>Le voleur de vie</em>&nbsp;est publié en 2007 aux Éditions Revoir.&nbsp;Outre son goût prononcé pour la littérature, Cécile Coulon est aussi passionnée de cinéma et de musique. Cécile Coulon a reçu&nbsp;le Prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur pour&nbsp;<em>Le Roi n’a pas sommeil</em><span>&nbsp;</span>et le&nbsp;Prix des Libraires pour&nbsp;<em>Trois saisons d’orage</em><span>,</span> En 2018, Cécile Coulon a reçu le Prix Apollinaire pour son premier recueil de poèmes <em>Les Ronces</em> paru aux éditions du Castor Astral.</p><h4><strong>BIBLIOGRAPHIE&nbsp;</strong></h4><p><em>Les Ronces –</em>&nbsp;Poésie (Le Castor Astral, 2018)<br /><em>Petit éloge du running</em>&nbsp;– Essai (François Bourin, 2018)<br /><em>Trois saisons d’orage</em>&nbsp;(Viviane Hamy, 2017)<br /><em>Les grandes villes n’existent pas</em>&nbsp;(Seuil, Coll. Raconter la vie, 2015)<br /><em>Le Cœur du Pélican</em>&nbsp;(Viviane Hamy, 2015)<br /><em>Le rire du grand blessé</em>&nbsp;(Viviane Hamy, 2013)<br /><em>Le roi n’a pas sommeil</em>&nbsp;(Viviane Hamy, 2012)<br /><em>Méfiez-vous des enfants sages</em>&nbsp;(Viviane Hamy, 2010)<br /><em>Sauvages</em>&nbsp;– Nouvelles (Revoir, 2009)<br /><em>Le voleur de vie</em>&nbsp;(Revoir, 2007)</p><p>&nbsp;</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/img_8398.jpg?itok=w6GJUOe8"/> Mon, 03 Jun 2019 15:12:03 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/lecture-rencontre-avec-cecile-coulon-ecrivain actualites Lecture-rencontre avec Pierre Senges, écrivain http://www.ciclic.fr//actualites/lecture-rencontre-avec-pierre-senges-ecrivain <p class="chapo">Au printemps dernier, Ciclic organisait une série de rencontres publiques avec Pierre Senges, écrivain associé à la 12e&nbsp;édition des mille lectures d’hiver. Consacrés au jardin secret et à l'œuvre de l’écrivain, ces rendez-vous furent l’occasion de découvrir un univers littéraire singulier.</p><p>Ciclic propose de (re)découvrir les moments phares de la soirée qui s’est déroulée le 13 juin 2018 à la Maison de la BD à Blois.</p><p>Pierre Senges présente les auteurs qu’il affectionne tout particulièrement parmi lesquels Giorgio Manganelli,&nbsp;<span>Miklos Szentkuthy et&nbsp;<span>Réjean Ducharme. Il&nbsp;<span>&nbsp;parle aussi de ses livres notamment&nbsp;</span><em>Études de silhouettes</em><span>,&nbsp;</span><em>Achab (séquelles)</em><span>&nbsp;</span></span><span></span>et&nbsp;<em>Cendres, des hommes et des bulletins</em> écrit avec Sergio Aquindo. </span></p><p><span>Les comédiens-lecteurs Marion Maret et Jean-Christophe Cochard lisent des passages de </span><em>Centurie&nbsp;</em>de Giorgio Manganelli (éd. Cent Pages), du<em>&nbsp;Bréviaire de Saint Orphée de&nbsp;</em>Miklos Szentkuthy (éd. Vies Parallèles) et <em>Vers l'unique métaphore</em>&nbsp;(éd. José Corti) du même auteur, de&nbsp;<em>L'hiver de force</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Le Nez qui voque </em>de&nbsp;Réjean Ducharme (éd. Folio). Et de Pierre Senges ils lisent des extraits des trois ouvrages évoqués par l'auteur...</p><h4><strong>Pierre Senges</strong></h4><p>Né en 1968, Pierre Senges est l'auteur de quatorze livres dont neuf parus aux éditions Verticales. Il a reçu le Prix Rhône-Alpes pour&nbsp;<em>Veuves au maquillage</em>&nbsp;en 2000, le Prix du deuxième roman pour&nbsp;<em>Ruines-de-Rome</em>&nbsp;en 2002, et le Prix Wepler-Fondation La Poste pour&nbsp;<em>Achab</em>(séquelles) en 2015. Pierre Senges a également écrit de nombreuses fictions radiophoniques pour France Culture, France Musique et France Inter dont&nbsp;<em>Un immense fil d’une heure de temps</em>&nbsp;(Grand Prix SGDL de la fiction radiophonique) et&nbsp;<em>Histoire de Bouvard et Pécuchet, copistes</em>, libre adaptation du roman de Gustave Flaubert. Pierre Senges a été pensionnaire de la Villa Médicis en 2013.</p><p>En 2016, avec son projet&nbsp;<em><a href="http://livre.ciclic.fr/labo-de-creation/le-labo-de-creation/pierre-senges-extremis" target="_blank">In Extremis</a></em>&nbsp;il a investi le "Labo de création de Ciclic" pour réinventer les derniers jours de six grandes figures de la littérature classique française, Ronsard, Rabelais, Descartes, Balzac, Saint-Simon et George Sand.</p><h4><strong>BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE</strong></h4><ul><li><em style="line-height: 1.4;">Cendres, des hommes et des bulletins</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Le Tripode, septembre 2016)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">Achab, séquelles</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Verticales, 2015)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">Environs et mesures</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Le Promeneur, 2011)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">Études de silhouettes</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Verticales, 2010)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">Les Carnets de Gordon McGuffin</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(avec Nicolas de Crécy, Futuropolis, 2009)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">Fragments de Lichtenberg</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Verticales, 2008)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">Sort l’assassin, entre le spectre</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Verticales, 2006)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">L’Idiot et les hommes de paroles</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Bayard, collection Archétypes, 2005)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">La Réfutation majeure</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Verticales, 2004 – réédité en 2007 par Folio Gallimard)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">Essais fragiles d’aplomb</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Verticales, coll. Minimales, 2002)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">Ruines-de-Rome</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Verticales, 2002)</span></li><li><em style="line-height: 1.4;">Veuves au maquillage</em><span style="line-height: 1.4;">&nbsp;(Verticales, 2000)</span></li></ul><p>&nbsp;</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/pierre_senges_-_cloyes2.jpg?itok=li6JCB6Z"/> Mon, 03 Jun 2019 14:49:17 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/lecture-rencontre-avec-pierre-senges-ecrivain actualites #2 La pêche miraculeuse – Récits de la 12e édition des mille lectures d'hiver http://www.ciclic.fr//actualites/2-la-peche-miraculeuse-recits-de-la-12e-edition-des-mille-lectures-d-hiver <p class="chapo">À l'issue de la 12e édition des mille lectures d'hiver, les quarante-cinq comédiens-lecteurs ont rendu compte de leurs tournées de lectures. De ces cinq-cents rendez-vous autour de la littérature, ils ont fait le récit. Puis Ciclic Centre-Val de Loire a confié l'ensemble de ces textes à Aurélien Lemant lui demandant d'éditorialiser ces "carnets de route". Aurélien Lemant est écrivain, metteur en scène, comédien et fut lui-même l’un des comédiens-lecteurs des mille lectures d’hiver, c'est dire s'il connaît l'aventure !</p><h2 style="text-align: left;"><strong>ÉPISODE 2</strong></h2><p style="text-align: right;">-&nbsp;<strong><em>Ah la la, j'ai lu ce matin un mot que j'aimerais vous donner : «&nbsp;La vie est la farce à mener par tous&nbsp;». Rimbaud. Revenons à nos moutons... enfin moutons pas tout-à-fait, les gens cette soirée-là étaient réactifs à l'issue de la lecture et nous avons échangé comme il se doit autour de ce texte. Encore une fois l’auteur lu aura fait bouger certaines lignes, celles des sensations nouvelles sur ce qui n'est pas un roman mais un essai, un monologue, une démonstration aussi, enfin une zone enfouie en chacun de nous&nbsp;: celle du doute, d'un balancement intime, de miroitements changeants selon notre exposition.</em></strong></p><p>Ouvrir un livre, c’est comme aller à la pêche. On attend que quelque chose nous morde. Cette chose qui <strong>«</strong>&nbsp;<strong><em>fait bouger certaines lignes</em></strong>&nbsp;<strong>»</strong> tirées le long de l’eau à la surface de nous, tient parfois du monstre aquatique, tapi dans les profondeurs que l’écrivain a su admettre en lui, pour que nous les reconnaissions en nous. Si cette bête mord à l’hameçon, c’est moins pour que nous la hissions vers nos terres fermes que pour l’encourager à nous faire tomber dans l’onde à sa suite, et voir sauter nos bouchons ou couler nos résistances. Lire, c’est aller à la pêche de soi-même. On ne sait jamais sur qui on va tomber.</p><p><strong>«&nbsp;<em>Une auditrice trouve qu’il serait plus intéressant pour les accueillants de choisir eux-mêmes sur une liste le livre ou la lectrice&nbsp;</em>»</strong>, raconte Anne-Elisabeth.<strong><em> </em>«<em>&nbsp;En souriant, je lui rétorque que ce ne serait plus Mille Lectures d’Hiver et je débute ma lecture sur ces quelques mots.&nbsp;</em>»</strong></p><p>Cécile renchérit, forte de la prise de parole qui au contraire suit la lecture :&nbsp;<strong>«</strong> <strong><em>Ici encore, Marcel Cohen était au départ un auteur totalement inconnu pour les personnes présentes qui, après s'être senties un peu décontenancées par cette succession de chapitres sans suite logique apparente, ont eu envie de découvrir un peu plus cette œuvre étrange qui peut réveiller en chacun des zones fortes de l'intime.&nbsp;</em>» </strong>Des régions de l’âme que nul n’arpente si on ne lui en donne, non pas la clef – il l’a, on l’a tous – mais le plan de coupe du bâtiment pour se souvenir que ça existe. Des contrées loin à l’intérieur, comme un voyage à rebrousse-moi. Richard en témoigne, oscillant sur sa chaise entre humour et embarras, ces deux cousins&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>L'après-lecture est riche d'échanges et de controverses. Moi, le lecteur, forcément tordu pour l'avoir choisi... Une ambiance shakespearienne... Un auditeur vient à ma rescousse&nbsp;: "Comme toutes les œuvres artistiques, on peut ressentir du vertige mais le seul remède à cela c'est de prendre de la hauteur !"... Une ambiance shakespearienne je vous dis...La soirée est superbe.</em>&nbsp;»</strong></p><p>Tordus ou non, comment ces lecteurs publics ont-ils élu l’auteur qu’ils nous lisent&nbsp;? Oh, c’est une interrogation qui revient à chaque fois en bouche, quand le comédien referme le bouquin devant l’assemblée pantoise, <strong>«&nbsp;<em>pourquoi ce choix, comment choisir un livre, comment choisir une heure de lecture, les autres livres de l’auteur, qui est-il, les autres livres lus les précédentes éditions, puis des questions plus personnelles : ce que j’aime lire, mon métier de comédienne, etcetera</em>&nbsp;»</strong>, rappelle Gaëlle, et l’exercice qui s’ensuit relève de la capacité à se réinventer pour ne pas céder à la tentation de la litanie. Les lecteurs n’ont rien à vendre.</p><p>Ce que l’on ne vous a peut-être pas forcément dit, ou que vous avez oublié parce que cela ne vous touche que très indirectement – ce qui est une manière comme une autre pour vous faire comprendre que vous êtes concernés –, c’est que les comédiens des Mille Lectures, chaque année au début de l’automne, se réunissent, afin de travailler ensemble&nbsp;: pour se rencontrer, étant donné que certains sont des nouveaux, des nouvelles, des primo-arrivants&nbsp;; pour se retrouver, vu que beaucoup de ces lecteurs publics n’ont pas d’autre occasion pour enfin conclure une discussion entamée un an ou deux auparavant&nbsp;; pour échanger, en professionnels de la voix qui raconte, sur leurs expériences hors de leurs carnets de route, dont la lecture n’est pas publique quant à elle, ou seulement par haïkus comme ici&nbsp;; pour se mettre à jour, car les Mille Lectures sont comme un Pokémon, en constante évolution puisque vivantes, fluides, grandissantes, observantes de règles qui épousent ce que l’anecdote, l’incident, l’idée merveilleuse ou le questionnement inédit suscitent, parce que l’on n’y avait pas été confronté avant&nbsp;: telle ou telle situation est sans précédent. Cette rencontre d’avant toutes les rencontres, c’est un perpétuel affinement de la répétition de l’essentiel&nbsp;: passer le message à ton voisin. Ici, le message est un livre.</p><p>Ce que l’on ne retient pas toujours non plus, c’est que lors de ces retrouvailles automnales, les lecteurs font la connaissance de deux auteurs qui ont répondu OUI à l’invitation de Michèle Fontaine. Invitation à converser chacun tour-à-tour toute une journée durant avec l’assemblée de comédiens, cette nef des fous qui peut sembler impressionnante, impossible et fantasque, entre ces paires d’yeux qui avalent le monde et ces mains qui ne tiennent pas en place, à se gratter, tapoter, cureter, griffonner… Ces auteurs font la lecture à ce public inversé, arroseur arrosé – lui qui a l’habitude d’être de l’autre côté de cette absence de barrière, le voilà Sgt-Pepperisé à son tour, assis en cercle, tel l’écoutant de ses propres tournées de lecture. Les deux écrivains y dévoilent les œuvres littéraires qui les ont façonnés, eux, évoquent aussi des pans de leur propre écriture, on y cause boutique, il est question d’<em>intentionnalité</em>, de <em>posturologie</em>, d’absence de gestes, d’absence de regard et même d’absence de ton, ou pas. C’est ouvert, ce n’est pas exactement un cours magistral. C’est ouvert, dans le sens où l’invité ne déclame pas plus qu’il ne nous demande de le faire&nbsp;: il dialogue, propose, suggère, improvise, écoute, lance la balle, attend. On peut le rencontrer à la pause pour poursuivre à deux-trois-quatre plutôt qu’à environ quarante. &nbsp;&nbsp;</p><p>Cela repose des bases sur d’autres bases, sous-marines ou spéléologiques, pour les tournées à venir. C’est déjà un peu plus que du discours. C’est encore un peu moins que de la pratique. C’est du concret en ré-attente d’expérience.</p><p>Et puis il y a cet autre moment dont vous avez davantage pu entendre parler, parce qu’il est plus qu’ouvert, quant à lui&nbsp;: il est ouvrant. Trois fois l’an, ces deux écrivains, jamais les mêmes d’une édition à l’autre, accompagnent en public les Mille Lectures d’Hiver, comme un marrainage de fées littéraires, avec à leurs bras de pleins paniers de poissons argentés, crépitants, frétilleurs, que l’on va moins dévorer que libérer en nous&nbsp;: leurs œuvres publiées, proposées aux Mille Lecteurs comme un possible jalon dans leur parcours, palpitants signes du vivant.</p><p>Ces auteurs, sous l’appellation d’<em>écrivains associés</em>, sont appelés parce que leurs littératures font quelque chose à la littérature. Ou défont pour refaire. A trois reprises donc, ces auteurs viennent dénuder leur propre amour des livres en public, dans les six départements de la région (chacun en sillonne trois), et offrent à lire des extraits de leurs textes à des comédiens de la compagnie des Mille, pour les oreilles du Centre ou du Val de Loire et leurs environs. Si vous y avez assisté l’an passé, alors vous avez rencontré Cécile Coulon ou Pierre Senges. Ou les deux, mais c’est alors que vous êtes un pêcheur confirmé. Grand écart facial entre ces deux écrivains, par la génération, le style, le goût, la formation ou le format, affirmation généreuse de la biodiversité des poissons qui hantent les abysses de la francophonie.</p><p>Trois acteurs de la compagnie ont choisi Cécile Coulon pour cette saison 2018, lisant deux de ses opus en tournée – l’un d’eux ayant été retenu par deux lecteurs différents. Pierre Senges a été lui aussi lu par trois comédiens, là encore avec deux de ses textes. Bonnes pioches. D’autres écrivains ont été pêchés la même année plusieurs fois de suite ou en même temps par les autres lecteurs (Patrice Franceschi, Christoph Ransmayr), car cet accompagnement n’est pas une prescription. C’est à peine un présent. Une idée jetée du bout de la canne dans la mare aux créatures. L’acteur garde la main sur ce qu’il veut aimer à haute voix, puisqu’il propose lui aussi deux bouquins, au choix, rédigeant pour chacun d’eux une note d’intention de lecture à destination de Catherine Martin-Zay et Michèle Fontaine.</p><p>Benoît G. s’enflamme, il est heureux de sa prise, toute secouée d’écailles et de reflets&nbsp;: «&nbsp;<strong><em>Un écrivain inconnu du grand public et fou de surcroît. Fou de littérature, de mots, de digressions. Un poète, un romancier encyclopédiste, dont je ne sais si le public va accepter le style, l'œuvre. Il n'a pas eu de prix Nobel comme la plupart des auteurs que j'avais lus les années précédentes. Pourtant la présentation de son travail lors de la journée des écrivains associés m'avait fait forte impression. Qui le lira si nous ne le faisons pas&nbsp;? </em>»</strong>&nbsp; &nbsp;</p><p>C’est quand même rudement beau, cette demande formulée auprès d’écrivains vivants, de venir passer voir les gens qui les lisent, et pas que les professionnels mais tous, le <strong>«<em>&nbsp;fan qui suit Cécile Coulon depuis qu'il l'a vue à la grande librairie !&nbsp;</em>»</strong>, se souvient Catherine B., lisant <em>Trois saisons d’orage</em>, autant qu’ailleurs&nbsp;<strong>«&nbsp;<em>un spécialiste de Shakespeare parmi les convives </em></strong>[qui]<strong><em> est ravi&nbsp;</em>»<em> </em></strong>quand Richard lit <em>Sort l’assassin, entre le spectre</em> de Pierre Senges. Richard précise&nbsp;:<strong><em> </em>«<em>&nbsp;Soulagement&nbsp;! L'après-lecture est intéressant car deux personnes, ayant trouvé le livre trop ardu, le comprennent mieux après avoir écouté avec attention les nombreux échanges</em>&nbsp;»</strong>,<strong> </strong>ajoutant<strong> </strong>de ce même livre qu’il<strong> «&nbsp;<em>est un objet de paroles. Les ressentis, les différents niveaux de lecture se nourrissent les uns les autres et je comprends mieux à mon tour l'ampleur et la pertinence de cette œuvre au regard de notre présent</em>&nbsp;»</strong>. Or ces deux remarques sont toutes riches d’enseignements car Pierre Senges avait retravaillé son texte d’une manière similaire, du moins parallèle&nbsp;! Ecoutons-le, comme si nous étions nous-mêmes issus de la compagnie des lecteurs, assistant à la rencontre :</p><p><strong>«&nbsp;L’écriture de <em>Sort l’assassin, entre le spectre</em> a subi un traitement particulier, en passant précisément par la lecture à haute voix, par le travail avec un comédien. J’avais proposé alors ce monologue à Thibault de Montalembert, qui avait déjà lu en public <em>La Réfutation majeure </em>[autre ouvrage de Pierre Senges]. Au cours d’une longue séance de travail, Thibault a lu l’intégralité du manuscrit, encore inédit. Ce passage par la voix d’un acteur m’a permis de corriger cette première version du texte, de procéder à des coupes, des réécritures, des remaniements ; d’une certaine manière, quand le texte a finalement existé sous la forme d’un livre, il était déjà passé au feu de la lecture à voix haute par un comédien – alors qu’en général, la mise en lecture publique arrive dans un deuxième temps. Particulièrement pour un tel texte, destiné d’emblée à devenir un monologue, la mise à l’épreuve orale est imparable. Les tunnels, les longueurs, les répétitions, les redondances, les manques, les ellipses trop abruptes, les obscurités ou les évidences inutiles sautent immédiatement à l’oreille. Et quand le texte, par un heureux hasard, tient le coup, le comédien lecteur s’anime d’une façon nouvelle, l’air de manier un petit navire du bout d’un seul doigt, sur des vagues de crème fouettée. Le travail des comédiens (ceux des Mille Lectures, mais aussi ceux avec qui il m’arrive de travailler à Radio France) est toujours une excellente leçon pour l’auteur : on s’attarde sur un mot, sur l’ensemble d’une réplique, mais aussi sur une syllabe ou une ponctuation ; il est toujours frappant de constater comment cette chose apparemment si abstraite ou cérébrale, une phrase, devient un objet concret, soumis aux lois de la physique, pour en fin de compte venir chatouiller l’intelligence de l’auditeur.&nbsp;»</strong></p><p>Ça ne fait pas toujours l’unanimité, attention, et c’est ce qui fait tout le sel des Mille Lectures d’Hiver. L’accueillante de Tiphaine <strong>«</strong>&nbsp;<strong><em>est un peu mal à l'aise, car elle a lu </em></strong><em>Le Cœur du pélican<strong> de Cécile Coulon et je sens déjà quelques a priori ancrés un peu profondément... ce ne sera pas facile de la faire changer d'idée. Et effectivement, à la fin de la lecture, les réticences initiales, sur lesquelles elle et une autre bénévole avaient déjà de toute évidence échangé, s'expriment. Une auditrice critique la jeunesse de l'auteure... Elle lui reproche l'emploi d'un vocabulaire provocateur tel que "morve", "bave" lors de la description de la course... J'ai beau dire que la provocation reste un ressenti, que le but n'est pas de choquer, mais plutôt de se rapprocher de vraies sensations... je sens que demeure un certain mépris pour "la demoiselle". Les autres lecteurs, timides face à l'emportement de notre amie, me félicitent discrètement. Les plus jeunes ont beaucoup aimé. Le livre est déjà emprunté. Je me doutais que la jeunesse de l'auteure ne serait pas forcément un atout pour certains, ceux qui préfèrent savoir l'auteur sans «&nbsp;e&nbsp;», l'âge mûr, assuré, si possible le poil capillaire rare et le binocle luisant</strong></em><strong>&nbsp;»</strong>, tandis qu’autre part, on lui dira que <strong>«&nbsp;<em>cette jeune femme a vraiment beaucoup de talent !</em>&nbsp;<em>La discussion est principalement alimentée par les garçons. La documentaliste a acheté plusieurs livres de Cécile Coulon pour le CDI. Elle aime beaucoup son écriture et ses romans. Elle était ravie que ce soit cette lecture-ci. La langue rythmée, cadencée, est très appréciée.&nbsp;J'aurais bien continué ma tournée... je suis très contente d'avoir fait ce choix. </em>»</strong></p><p>Le grand écart n’a même pas besoin d’une futile comparaison entre deux auteurs aux horizons éloignés, puisqu’on le voit, chacun déclenche isolément le débat ou la prise de position. Quand à l’occasion serait reproché à l’un ou l’autre d’être élitiste ou académique, on peut très bien dans le même mouvement et selon le public lui contester le droit de plaire, d’être pop ou moderne. Voilà pourquoi il demeure crucial que les Mille Lectures et le comédien restent libres de cette décision, ce coup de cœur et de tête pour Coulon, Senges et les autres&nbsp;: ici, Peter Stamm qui <strong>«&nbsp;<em>fait mouche</em>&nbsp;»</strong> et suscite à la lecture d’<em>Au-delà du lac </em>par Yvan des <strong>«&nbsp;<em>réactions surprenantes à la discussion : </em></strong>[les auditeurs]<strong><em> échafaudent des hypothèses sur les personnages, prennent parti, défendent leur vision... tout cela dans un grand respect et une belle énergie positive</em>&nbsp;»</strong>&nbsp;; là, Anne Sibran et son <em>Enfance d’un chaman</em> produisent avec la voix d’Isabelle mille et un remous dans le bassin où s’ébattent les publics, depuis un <strong>«&nbsp;<em>je le lirai pas</em>&nbsp;» </strong>et son opposé qu’il attire, à savoir <strong>«&nbsp;<em>ça nous a plu… on n’aurait jamais lu un livre comme ça</em>&nbsp;»</strong>, ou encore son lointain parent, <strong>«&nbsp;<em>me sens pas prête, ne connais pas…&nbsp;</em>»</strong>, jusqu’à des analogies en veux-tu, en voilà, des <strong>«&nbsp;<em>Je me sentais dans la forêt, c’est très visuel. Je pensais au Douanier Rousseau, à Frida Kahlo</em>&nbsp;»</strong>, à <strong>«&nbsp;<em>Jessie Burton</em>&nbsp;»</strong>, à <strong>«&nbsp;<em>Yann Martel</em>&nbsp;»</strong>, à <strong>«&nbsp;<em>Le Clézio</em>&nbsp;»</strong>, à <strong>«&nbsp;<em>Castaneda</em>&nbsp;»</strong> – c’est la multiplication des poissons –, puis des <strong>«&nbsp;<em>Je fais du Chi-Kong. Et ça m’a emmenée en phase de détente</em>&nbsp;»</strong>, en faisant vivre à la lectrice <strong>«&nbsp;<em>parfois une sorte «&nbsp;d’écoute flottante&nbsp;»</em>&nbsp;» </strong>et une plage de quiétude pour<strong> «&nbsp;<em>sortir du livre, pour moi… et pour eux. Temps précieux où il n'y a pas d'applaudissements, où l'on émerge ensemble de cette intensité… dans le silence. Le premier regard que je croise, celui de la personne juste en face de moi, est plein d'émotions croisées. Cette personne ne prendra pas part à l'échange. Quand je m'adresse à elle autour du buffet, elle me confie que le texte l'a bouleversée.</em>&nbsp;»</strong></p><p>Aussi pourquoi laisser aux auditeurs la possibilité de poser une option comme on réserverait un auteur, alors qu’ils font le choix déjà magnifique de venir écouter&nbsp;? Ce choix ne leur appartiendrait en réalité jamais tout-à-fait, il y aurait toujours quelqu’un pour trancher, imposer, sélectionner – l’hôte, un invité, le président du bureau d’une association, et c’est naturel&nbsp;! Autant confier ce choix à des capitaines au long cours, quelque peu rompus à l’exercice de la pêche en haute mer, la nage en eaux sombres, d’humbles collectionneurs de léviathans qui vous rendent un peu plus aventuriers vous-mêmes que si vous obteniez du sagement préchauffé connu sur votre bout des doigts. Le marin Patrice Franceschi par exemple, que Thierry a lu, nouvelle par nouvelle, tirées de <em>Première personne du singulier</em>&nbsp;: des histoires de naufrages, de matelots et de danger, qui convoquent des <strong>«&nbsp;<em>Quel courage&nbsp;! Quel courage ! Vous avez choisi la nouvelle la plus difficile du recueil !</em>&nbsp;»</strong> de la part du connaisseur et chez autrui <strong>«&nbsp;<em>réveillent des souvenirs de lectures adolescentes (Stevenson : </em></strong><em>L’Île au trésor<strong>, Hugo : </strong>Les Travailleurs de la mer<strong>…</strong></em><strong>)&nbsp;»</strong>. Thierry lui aussi ressortira de là avec de belles prises dans son filet, sans se douter de rien. Sans l’avoir ne serait-ce que demandé. &nbsp;<strong>«&nbsp;<em>Le lendemain, avant mon départ, on m’offre deux livres de Yasushi Inoué et W.G. Sebald. On me conseille de lire ceux de Sébastien Ménestrier, « Une belle écriture pour les Mille Lectures d’Hiver ! ». Ce sont en effet deux très beaux romans ... Merci !</em>&nbsp;»</strong></p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/visuel_2.jpg?itok=HNqYblpk"/> Tue, 21 May 2019 13:45:12 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/2-la-peche-miraculeuse-recits-de-la-12e-edition-des-mille-lectures-d-hiver actualites Petit déjeuner des éditeurs de régionalisme http://www.ciclic.fr//actualites/petit-dejeuner-des-editeurs-de-regionalisme <p class="chapo">Ciclic vous propose de venir à la découverte des éditeurs indépendants de la région Centre-Val de Loire, dès le petit déjeuner ! &nbsp;Pour ce nouveau rendez-vous du cycle "Petits déjeuners des éditeurs", c'est le régionalisme qui est mis à l'honneur à Châteauroux.&nbsp;L'objectif :&nbsp;valoriser auprès des professionnels du livre la richesse et la diversité des productions éditoriales des maisons d'édition implantées en région Centre-Val de Loire.</p><p>Cet évènement, co-organisé avec la Bibliothèque départementale de l'Indre, vous offre la possibilité de rencontrer trois maisons d'édition ayant pour thématique le régionalisme,<strong>&nbsp;La Bouinotte</strong>,<strong> Ella Éditions</strong>&nbsp;et<strong>&nbsp;Les Nouvelles Éditions Sutton</strong>.&nbsp;Chaque éditeur présente sa ligne éditoriale, ses nouveautés et titres emblématiques de son catalogue avant que la rencontre ne donne place à des échanges plus conviviaux, le tout autour d'un café et viennoiseries...&nbsp;</p><p>Bibliothécaires, libraires, éditeurs, documentalistes, organisateurs de manifestation littéraire, auteurs, médiateurs ou futurs médiateurs du livre, venez rencontrer des éditeurs du Centre-Val de Loire et découvrir leurs nouveautés !</p><div><ul><li><strong>Les Nouvelles Éditions Sutton</strong>&nbsp;<small>- Tours (37)</small><br /><div><div>Les Nouvelles Éditions Sutton ont gardé leur ligne éditoriale historique, publiant principalement des ouvrages d’histoire locale, régionale ou nationale.</div><div>&nbsp;</div></div></li><li><strong><strong>Ella Éditions&nbsp;<strong><strong>-</strong></strong>&nbsp;<small>Lèves (28)</small><strong><strong><br /></strong></strong></strong></strong><div>Publications d’écrivains vivant en région Centre-Val de Loire, Vendée et Languedoc-Roussillon ou d’ouvrages relatifs à ces secteurs. Révéler des talents régionaux, les promouvoir auprès d’éditeurs nationaux à terme.<br /><br /></div></li><li><strong>La Bouinotte&nbsp;</strong>-&nbsp;<small>Châteauroux (36)</small><strong><strong><br /></strong></strong><div>Établie dans le Berry, La Bouinotte se propose de faire découvrir cette région et les territoires du centre de la France à travers romans, essais et ouvrages thématiques. Elle développe trois collections : “lignes de vie” (biographies et autobiographies), “Black Berry” (romans policiers) et “Berry en poche” (guides touristiques et patrimoniaux.)</div></li></ul></div><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/test_petit_dejregionalisme2.jpg?itok=bhooAMmh"/> Wed, 15 May 2019 10:05:29 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/petit-dejeuner-des-editeurs-de-regionalisme actualites Six titres à découvrir... en mai http://www.ciclic.fr//actualites/six-titres-decouvrir-en-mai-0 <p class="chapo">Comme chaque début de mois, l'équipe Livre de Ciclic revient avec une nouvelle sélection d'ouvrages 100 % édités en région Centre-Val de Loire ! Le but ? Permettre, via les six titres sélectionnés, de (re)découvrir, la richesse éditoriale de notre territoire.&nbsp;</p><p>Retrouvez l'intégralité de ces nombreuses publications sur l'annuaire en ligne des professionnels du livre où chaque fiche – éditeur – donne accès à son catalogue et chaque fiche – auteur – permet de découvrir sa bibliographie.</p><p>Ce mois-ci&nbsp;l'agence vous propose&nbsp;:&nbsp;&nbsp;</p><p><strong>Deux ouvrages d'auteurs&nbsp;en région Centre-Val de Loire</strong></p><p>∎&nbsp;<em>Snake Boy</em>, <a href="http://livre.ciclic.fr/contact/dayre-valerie" target="_blank">Valérie Dayre</a><br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;Éditions Thierry Magnier</p><p>∎ <em>Moonfleet 1947</em>, <a href="http://livre.ciclic.fr/contact/puech-jean-benoit" target="_blank">Jean-Benoît Puech</a><br />&nbsp; &nbsp; Éditions Fata Morgana</p><p><strong>Quatre nouveautés d'éditeurs en région Centre-Val de Loire :</strong></p><p>∎&nbsp;<em>Brille encore Soleil d'or</em>, Valérie Massenot, Zhu Chengliang, Guo Zhenyuan<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-hongfei-cultures" target="_blank">Éditions HongFei Cultures</a>&nbsp;(Amboise - 37)</p><p>∎&nbsp;<em>La cuisine en plein air</em>,&nbsp;Edouard de Pomiane<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-menu-fretin" target="_blank">Éditions Menu Fretin</a> (Chartres - 28)</p><p>∎ <em>La Lampe au chapeau -&nbsp;</em>Sandrine Leturcq<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-carnets-de-sel" target="_blank">Éditions&nbsp;Carnets de Sel</a> (Chécy - 45)</p><p>∎ <em>Le garçon du port -&nbsp;</em>Anouchka Labonne<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-voy-el" target="_blank">Éditions&nbsp;Voy'El</a> (Cléry Saint André - 45)</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/collagemai.jpg?itok=U-UCOEdc"/> Thu, 02 May 2019 11:05:07 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/six-titres-decouvrir-en-mai-0 actualites Rencontre avec Chiara Arsego http://www.ciclic.fr//actualites/rencontre-avec-chiara-arsego <p class="chapo">La Maison de la BD propose une rencontre avec Chiara Arsego, auteure en résidence à Blois jusqu'au 31 mai. Elle évoquera son métier d'illustratrice et présentera l'avancée de son projet.&nbsp;</p><blockquote><p>Deux mois de résidence d'auteur à Blois, où Chiara Arsego travaille à la création de sa première bande dessinée intitulée&nbsp;<em>La Mère Veilleuse.</em>&nbsp;Un projet soutenu par Ciclic.</p></blockquote><p>Née en Italie en 1979,&nbsp;<strong>Chiara Arsego</strong>&nbsp;est illustratrice. Après une formation d'illustration et animation 2D à Bruxelles et à l'Académie des Beaux-Arts de Bologne, elle travaille dans le graphisme et expose ses gravures.</p><p>En 2008, elle s'installe à Paris pour réaliser son rêve : vivre de ses illustrations et travailler avec les enfants, principaux destinataires de ses créations. Elle travaille avec plusieurs maisons d'éditions de livres jeunesse et réalise des expositions, comme à la Maison de la bd en mars 2018 dans le cadre du salon du livre jeunesse de Saint-Gervais-la-Forêt.</p><p>Après&nbsp;<em>Colette</em>,&nbsp;<em>Pile-Poil</em>,&nbsp;<em>Monsieur Poinsettou</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Le Passage secret</em>, Chiara Arsego travaille en résidence à la Maison de la bd sur son premier ouvrage de bande dessinée intitulé<em>&nbsp;"La Mère Veilleuse"</em>&nbsp;sur un scénario de Caroline et Charlotte Girard.</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/illustration_chiara_arsego.jpg?itok=0MBZb_5U"/> Tue, 30 Apr 2019 10:10:33 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/rencontre-avec-chiara-arsego actualites Rencontres avec Marie-Hélène Lafon et Jean-Marie Blas de Roblès, écrivains associés http://www.ciclic.fr//actualites/rencontres-avec-marie-helene-lafon-et-jean-marie-blas-de-robles-ecrivains-associes <p class="chapo">Ciclic vous invite à poursuivre l'aventure des mille lectures d'hiver... au printemps, avec six rencontres exceptionnelles dédiées à la littérature.</p><p>Au cours de ces six rendez-vous, trois avec Marie-Hélène Lafon, trois avec Jean-Marie Blas de Roblès, les deux écrivains associés dévoileront leur jardin secret littéraire.</p><p>Ils évoqueront les auteurs - anciens et contemporains - qu'ils aiment et admirent et qui les accompagnent sur leur propre chemin d'écriture. Pour cela, ils seront entourés de deux comédiens des mille lectures d'hiver pour la lecture de leurs "maîtres" en écriture et de leurs propres textes.</p><p>À l'issue de ces mises en voix, les écrivains dialogueront avec le public autour d'un verre.&nbsp;</p><h3>Rencontres avec Marie-Hélène Lafon</h3><p><img src="http://livre.ciclic.fr/sites/default/files/marie_helene_lafon.jpg" width="160" height="240" style="float: left; margin: 10px;" class=" image-gauche" /></p><p><br />Marie-Hélène Lafon est née en 1962 dans une famille de paysans du Cantal. Professeur agrégée de grammaire, elle vit et travaille à Paris. <br />Marie-Hélène Lafon est l’auteur d'une dizaine de romans et nouvelles essentiellement publiés chez Buchet Chastel.</p><p>Récompensée à de nombreuses reprises, elle a notamment reçu le Renaudot des lycéens pour <em>Le Soir du chien</em> en 2001, le prix Page des libraires pour <em>L'Annonce</em> en 2009, le Globe de cristal, le prix du Style et le prix Arverne pour <em>Les Pays</em> en 2013.</p><p>En 2016, le prix Goncourt de la nouvelle lui est attribué pour <em>Histoires</em>. Ce recueil rassemble en un seul volume la quasi-totalité de ses nouvelles.</p><p><strong>BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE<br /></strong><small><em>Le soir du chien</em> (Buchet Chastel, 2001)<br /><em>Sur la photo</em> (Buchet Chastel, 2003)<br /><em>Mo</em> (Buchet Chastel, 2005)<br /><em>Les derniers Indiens</em> (Buchet Chastel, 2008)<br /><em>L’annonce</em> (Buchet Chastel, 2009)<br /><em>Les Pays</em> (Buchet Chastel, 2012)<br /><em>Joseph</em> (Buchet-Chastel, 2014)<br /><em>Histoires</em> (Buchet-Chastel, 2016)<br /><em>La demie de six heures</em> (La Guépine, 2017)<br /><em>Nos vies</em> (Buchet-Chastel, 2017)<br /><em>Flaubert</em> (Buchet-Chastel, 2018)<br /><em>Le pays d'en haut</em> (Arthaud, 2019)</small></p><h3>Rencontres avec Jean-Marie Blas de Roblès</h3><div><p><img src="http://livre.ciclic.fr/sites/default/files/jm_blas_de_robles.jpg" width="200" height="101" style="float: right; margin: 10px;" class=" image-droite" />Né en 1954 à Sidi-Bel-Abbès en Algérie, Jean-Marie Blas de Roblès suit des études d'histoire et de philosophie, enseigne au Brésil, en Chine, à Palerme et à Taïwan, avant d'abandonner l'enseignement pour se consacrer à l'écriture.</p><p>Il est l'auteur du très remarqué <em>Là où les tigres sont chez eux</em>, récompensé du Prix Médicis en 2008. Également lauréat du Prix de la nouvelle de l’académie française en 2010 pour <em>La Mémoire de riz</em>, Jean-Marie Blas de Roblès a récemment publié aux éditions Zulma <em>Dans l’épaisseur de la chair</em> et <em>Le Rituel des dunes</em>.</p><p>Jean-Marie Blas de Roblès est aussi archéologue et directeur de la collection « Archéologies » chez Edisud.</p><p><strong>BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE<br /></strong><small><em>La mémoire de riz et autres contes</em> (Seuil, 1982 – Réédition Zulma, 2011))<br /><em>L’impudeur des choses</em> (Seuil, 1987)<br /><em>Méduse en son miroir</em> (Mare Nostrum, 2008)<br /><em>Là où les tigres sont chez eux</em> (Zulma, 2008 - Prix Medicis 2008)<br /><em>La Montagne de minuit</em> (Zulma, 2010)<br /><em>Les greniers de Babel</em> (Invenit, 2012)<br /><em>L’île au point Némo</em> (Zulma, 2014)<br /><em>Dans l’épaisseur de la chair</em> (Zulma, 2017)<br /><em>Le rituel des Dunes</em> (Zulma, 2019)</small></p></div><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/collage_article_1.jpg?itok=-cWU5j5S"/> Mon, 29 Apr 2019 13:51:04 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/rencontres-avec-marie-helene-lafon-et-jean-marie-blas-de-robles-ecrivains-associes actualites Soirée lecture-rencontre avec Lucie Taïeb, Christophe Manon et Lucien Suel http://www.ciclic.fr//actualites/soiree-lecture-rencontre-avec-lucie-taieb-christophe-manon-et-lucien-suel <p class="chapo">Dans le cadre de sa résidence d'auteur au Petit Faucheux, Lucie Taïeb invite&nbsp;Christophe Manon et Lucien Suel pour une soirée lecture-rencontre organisée en partenariat avec l'Université de Tours. Ce sont ces deux voix, associées à la sienne, que Lucie Taïeb se réjouit de faire entendre le 29 avril aux étudiants et au public tourangeaux. Les deux poètes invités liront des poèmes où le travail de la coupe, la lecture de l'enjambement, la recherche d'un rythme singulier sont mis en évidence. Lucie Taïeb lira certains de ses textes portant trace d'un tel travail.</p><blockquote><p>La présentation de deux invités suivie des trois lectures durera une heure environ, de 18h30 à 19h30, suivie d'un moment d'échange avec les étudiants et le public de la salle. Un événement soutenu par Ciclic dans le cadre du dispositif "<a href="http://www.ciclic.fr/livre-lecture/dispositifs-d-aides/les-aides-et-soutiens/soutien-aux-auteurs-associes" target="_blank">auteur associé</a>".&nbsp;</p></blockquote><p>Lucie est intervenue une première fois auprès des étudiants de Licence 3 en littérature de l’université de Tours pour parler de diction et de coupe du vers, pour les sensibiliser aux phénomènes de rythme dans la phrase poétique: scansion, silences, courbe de la voix. En effet, la coupe du vers ne correspond pas toujours à la syntaxe de la phrase, et dès lors se pose la question de savoir comment lire l'enjambement.</p><p>La lecture de quelques strophes d'Apollinaire, et l'écoute du poème <em>Passionnément</em> de Ghérasim Luca, où le lien entre corps voix et énergie de la diction est essentiel, ont permis d’illustrer ces questions.</p><p>Lucie a également fait découvrit aux étudiants deux poètes contemporains, Christophe Manon et Lucien Suel, qui travaillent tous les deux, chacun à sa manière, le rythme du texte poétique par la pratique de l'enjambement. Il s'agit d'un rythme singulier à chacun, qui se déploie au cœur de vers dont le compte de syllabe n'est pas réguliers: vers libres pour Manon, vers justifiés pour Suel.</p><p>Ainsi, les strophes de Christophe Manon, notamment dans <em>Au Nord du Futur</em>, dessinent-elles une courbe fluide, la tension qui anime chaque poème se rejouant, comme par rebonds, du début à la fin de chaque vers, pour ne trouver qu'au dernier mot sa résolution.</p><p>Lucien Suel, quant à lui, met en œuvre une poésie qui travaille avec puissance la matière de la langue et du réel, et lui donne cadre et forme par la contrainte du vers justifié dont il fut l'inventeur.</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/art-background-blur-1996035.jpg?itok=oJ7LQsuW"/> Mon, 15 Apr 2019 17:23:12 +0200 http://www.ciclic.fr/actualites/soiree-lecture-rencontre-avec-lucie-taieb-christophe-manon-et-lucien-suel actualites Petit déjeuner des éditeurs de régionalisme - livres audio http://www.ciclic.fr//actualites/petit-dejeuner-des-editeurs-de-regionalisme-livres-audio <p class="chapo">Ciclic vous propose de venir à la découverte des éditeurs indépendants de la région Centre-Val de Loire, dès le petit déjeuner ! &nbsp;Pour ce nouveau rendez-vous du cycle "Petits déjeuners des éditeurs", c'est le régionalisme et le livre audio qui sont mis à l'honneur à Blois.&nbsp;L'objectif :&nbsp;valoriser auprès des professionnels du livre la richesse et la diversité des productions éditoriales des maisons d'édition implantées en région Centre-Val de Loire.</p><p>Cet évènement, co-organisé avec la Direction de la lecture publique de Loir-et-Cher, vous offre la possibilité de rencontrer deux maisons d'édition ayant pour thématique le régionalisme,<strong>&nbsp;La Bouinotte</strong> et<strong> Les Nouvelles Éditions Sutton, </strong>ainsi qu'un éditeur de livres audio les<strong>&nbsp;Éditions Éponymes.&nbsp;</strong>Chaque éditeur présente sa ligne éditoriale, ses nouveautés et titres emblématiques de son catalogue avant que la rencontre ne donne place à des échanges plus conviviaux, le tout autour d'un café et viennoiseries...&nbsp;</p><p>Bibliothécaires, libraires, éditeurs, documentalistes, organisateurs de manifestation littéraire, auteurs, médiateurs ou futurs médiateurs du livre, venez rencontrer des éditeurs du Centre-Val de Loire et découvrir leurs nouveautés !</p><div><ul><li><strong>Les Nouvelles Éditions Sutton</strong>&nbsp;<small>- Tours (37)</small><br /><div><div>Les Nouvelles Éditions Sutton ont gardé leur ligne éditoriale historique, publiant principalement des ouvrages d’histoire locale, régionale ou nationale.</div><div>&nbsp;</div></div></li><li><strong>Éditions Éponymes -</strong>&nbsp;<small>Châteauroux (36)</small><strong><strong><br /></strong></strong><div>Les Éditions Éponymes sont spécialisées dans l’édition de livres audio (livre lu) pour enfants et adultes, explorant l’univers des contes et de la littérature classique. La politique éditoriale s’articule autour de trois thématiques principales : la jeunesse, le théâtre &amp; la littérature et la poésie.<br /><br /></div></li><li><strong>La Bouinotte&nbsp;</strong>-&nbsp;<small>Châteauroux (36)</small><strong><strong><br /></strong></strong><div>Établie dans le Berry, La Bouinotte se propose de faire découvrir cette région et les territoires du centre de la France à travers romans, essais et ouvrages thématiques. Elle développe trois collections : “lignes de vie” (biographies et autobiographies), “Black Berry” (romans policiers) et “Berry en poche” (guides touristiques et patrimoniaux.)</div></li></ul></div><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/test_petit_dejregionalisme_0.jpg?itok=7F81jakN"/> Thu, 28 Mar 2019 12:56:58 +0100 http://www.ciclic.fr/actualites/petit-dejeuner-des-editeurs-de-regionalisme-livres-audio actualites Atelier d'écriture de poésie avec Brigitte Mouchel http://www.ciclic.fr//actualites/atelier-d-ecriture-de-poesie-avec-brigitte-mouchel <p class="chapo">La médiathèque d'Ardentes vous propose un atelier d'écriture de poésie avec Brigitte Mouchel. Cet événenement est organisé dans le cadre de sa résidence d'auteur à l'association Livres en fête. Venez jouer les mots !</p><p>Cet atelier d'écriture et de partage poétique dans la convivialité est ouvert à tous sur inscription auprès de la médiathèque.&nbsp;</p><blockquote><p><span>Du 15 janvier au 15 mars 2019, l'association Livres en fête accueille l'écrivaine-plasticienne Brigitte Mouchel à Lys-Saint-Georges. Durant deux mois, l'artiste se consacre à son projet de création de textes poétiques intitulé : "Donner visage au gens de l'ombre". La résidence est ponctée de rencontres et lectures publiques. Un projet soutenu par Ciclic.</span></p></blockquote><p>&nbsp;</p><p><strong><a href="http://brigittemouchel.ultra-book.com/" target="_blank" class="lien-externe">Brigitte Mouchel</a>,</strong>&nbsp;née en 1959, est écrivaine et plasticienne.&nbsp;<br />Elle compose des poèmes à partir de fragments : colle, mélange fictions et réalités, paroles entendues et rumeurs du monde… Elle tente ainsi d’évoquer la complexité du monde, là où l’histoire collective croise, traverse, heurte, les histoires singulières.</p><p>Son écriture pourrait se caractériser par un art du montage. Un agencement de motifs divers, semblables à des visions qui resurgissent sans cesse et se succèdent, comme dans un rêve, de façon décousues, pour construire des fragments d’un monde sensible, qui ne se recompose jamais entièrement, mais demeure, dans le mouvement de l’écriture et de la vie même, intense d’incomplétude.</p><p>Les deux facettes de son travail - écriture et collages, sont étroitement imbriquées et entrent en résonance. Elle réalise des livres d’artiste qui disent ce partage entre images et mots. Elle participe régulièrement à des expositions collectives et individuelles, à des salons du livre (poésie et livres d’artiste) et, depuis une quinzaine d’année, anime des ateliers d’écriture.&nbsp;<br />Brigitte Mouchel est particulièrement attachée à accompagner dans l’écriture des personnes exclues, marginalisées, empêchées de paroles ou privées de dignité. Elle propose aussi des lectures de mes textes, et des performances (création sonore, vidéo et voix) en collaboration avec d’autres artistes.</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/visuel_brigitte_mouchel_0.jpg?itok=-BnrG67a"/> Wed, 27 Mar 2019 09:58:43 +0100 http://www.ciclic.fr/actualites/atelier-d-ecriture-de-poesie-avec-brigitte-mouchel actualites Six titres à découvrir... en avril http://www.ciclic.fr//actualites/six-titres-decouvrir-en-avril-0 <p class="chapo">C'est le printemps ! Pour l'occasion, et comme chaque d'habitude, l'équipe Livre de Ciclic vous a concocté une nouvelle sélection d'ouvrages 100 % édités en région Centre-Val de Loire ! Les six titres sélectionnés permettent de (re)découvrir, une fois par mois, la richesse éditoriale de notre territoire.&nbsp;</p><p>Retrouvez l'intégralité de ces nombreuses publications sur l'annuaire en ligne des professionnels du livre où chaque fiche – éditeur – donne accès à son catalogue et chaque fiche – auteur – permet de découvrir sa bibliographie.</p><p>Ce mois-ci&nbsp;l'agence vous propose&nbsp;:&nbsp;&nbsp;</p><p><strong>Trois ouvrages d'auteurs&nbsp;en région Centre-Val de Loire</strong></p><p>∎&nbsp;<em>Les Dames de Touraine</em>, <a href="http://livre.ciclic.fr/contact/pouliquen-sylvie" target="_blank">Sylvie Pouliquen</a><br />&nbsp; &nbsp; <a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-hugues-de-chivre" target="_blank">Éditions Hugues de Chivré</a></p><p>∎&nbsp;<em>Travelling - Un tour de monde sans avion</em>, <a href="http://livre.ciclic.fr/contact/viel-tanguy" target="_blank">Tanguy Viel</a> et Christian Garcin<br />&nbsp; &nbsp; Éditions JC Lattès</p><p>∎&nbsp;<em>Une île sur la Volga, </em><a href="http://livre.ciclic.fr/contact/lepingle-iwan" target="_blank">Iwan Lépingle</a><br />&nbsp; &nbsp; Éditions Sarbacane</p><p>&nbsp;</p><p><strong>Trois nouveautés d'éditeurs en région Centre-Val de Loire :</strong></p><p>∎&nbsp;<em>Psychotique</em>, Jacques Mathis, Sylvain Dorange<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/la-boite-bulles" target="_blank">Éditions La Boîte à Bulles</a>&nbsp;(Saint Avertin - 37)</p><p>∎&nbsp;<em>Un jour particulier</em>,&nbsp;Michel Séonnet, Olivier Desvaux<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-de-l-elan-vert" target="_blank">Éditions de l'Élan Vert</a>&nbsp;(Saint Pierre des Corps - 37) &amp; Le Réseau Canopé</p><p>∎ <em>La fabrique du jardin à la Renaissance -&nbsp;</em>sous la direction de Lucie Gaugain, Pascal Liévaux et Alain Salamagne<br />&nbsp; &nbsp;&nbsp;<a href="http://livre.ciclic.fr/structure/editions-des-presses-universitaires-francois-rabelais-pufr" target="_blank">Éditions des Presses Universitaires François Rabelais</a>&nbsp;(Tours - 37)</p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/collageavril_2.jpg?itok=FASZEbH-"/> Tue, 26 Mar 2019 11:26:55 +0100 http://www.ciclic.fr/actualites/six-titres-decouvrir-en-avril-0 actualites #1 Tourner, c'est retourner – Récits de la 12e édition des mille lectures d'hiver http://www.ciclic.fr//actualites/1-tourner-c-est-retourner-recits-de-la-12e-edition-des-mille-lectures-d-hiver <p class="chapo">À l'issue de la 12e édition des mille lectures d'hiver, les quarante-cinq comédiens-lecteurs ont rendu compte de leurs tournées de lectures. De ces cinq-cents rendez-vous autour de la litérature, ils ont fait le récit. Puis Ciclic a confié l'ensemble de ces textes à Aurélien Lemant lui demandant d'éditorialiser ces «&nbsp;carnets de route&nbsp;». Aurélien Lemant est écrivain, metteur en scène, comédien et fut lui-même l’un des comédiens-lecteurs des mille lectures d’hiver, c'est dire s'il connaît l'aventure !&nbsp;</p><h2 style="text-align: left;"><strong>ÉPISODE 1</strong></h2><p style="text-align: right;">-&nbsp;<strong><em>Ah&nbsp;! Pouligny-Saint-Pierre je connais bien, c'est drôle j'y allais quand j'avais 14-15 ans en mobylette. J'y suis allé ce soir-là en voiture et j'ai 50 ans.</em></strong></p><p>C’est de la triche.</p><p>Ce souvenir date de 2016. Repéré par nos soins lors de la lecture des carnets de tournées de la dixième édition des Mille Lectures d’Hiver. On l’avait soigneusement mis de côté, découpé sur son feuillet, dans l’épais classeur où il était gentiment consigné. Depuis conservé à la manière d’un trésor minuscule, comme la réminiscence floue ou la désuète commémoration d’un événement de notre vie propre. Ce petit bout de biographie nous avait marqué à l’époque, on en avait parlé avec l’équipe&nbsp;: «&nbsp;Il y a ceux qui ne quittent jamais leur terre natale, il en est d’autres qui la fuient pour toujours. Et puis il y a les comédiens.&nbsp;» Ces personnes qui retournent, réapparaissent, resurgissent comme le méchant qu’on croyait mort à la fin d’une série, Ulysse à Ithaque, ou le soleil après l’éclipse. Les acteurs font de leur retour une existence, ils passent leur vie à tourner, donc revenir.</p><p>On s’était dit&nbsp;: «&nbsp;Le temps transforme une mobylette en voiture, mais le garçon de quinze ans et l’homme de cinquante sont le même&nbsp;». Cet homme, on le connait, peut-être l’avez-vous même entendu lire plusieurs fois dans votre petite ville pour les Mille Lectures en telle puis telle année, ici chez des proches, l’année d’après chez vous. On aime souvent retrouver un lecteur public déjà écouté. C’est comme un rendez-vous qu’il n’a pas pris mais que l’on honore. Sa voix, ses mains sur la couverture. Son goût pour une littérature qui se précise au gré de ses choix.</p><p><strong>«&nbsp;<em>Pas grand-chose à rajouter si ce n'est le froid extérieur, et cette place aux tilleuls déjà présents il y a trente-cinq ans.</em>&nbsp;»</strong> dit encore François – c’est son prénom.</p><p>Deux ans plus tard, lui aussi est encore présent. Il revient. C’est son métier. Aux confins des géographies poitevines, berrichonnes et tourangelles, il lit Pierre Senges à <strong>«<em>&nbsp;des gens du village ou des alentours, et puis trois amis à moi présents (et ma mère !)&nbsp;</em>»</strong> dans <strong>«&nbsp;<em>la bibliothèque de Martizay </em>[qui]<em> reçoit des lecteurs depuis le début des Mille Lectures d’Hiver</em>&nbsp;»</strong>.</p><p>Pour revenir, il faut des cases départ, un point de ralliement, des origines, de la famille ou des collègues, et un plan du pays. Sur sa propre tournée, Laure <strong>«&nbsp;[s]<em>’arrête déjeuner chez François à Châteauroux. Il </em>[lui]<em> présente son adorable famille, son incroyable et magnifique petit théâtre au fond du jardin...</em> » </strong>Ils échangent<strong><em> </em>«<em>&nbsp;sur </em>[leurs]<em> lectures et après une petite sieste dans son grenier&nbsp;</em>»<em> </em></strong>Laure <strong>«</strong>&nbsp;<strong><em>file vers la Champenoise</em></strong>&nbsp;<strong>».</strong> Elle doit lire, c’est son tour. Un roman d’un autre Pierre. Demarty.</p><p>Bientôt, elle se dira <strong>«<em>&nbsp;</em></strong><strong><em>très heureuse de retrouver des accueillants de </em></strong><strong>[sa]<em> première saison des Mille Lectures&nbsp;</em></strong>(Comme le sait Richard, <strong>«&nbsp;<em>Revenir dans un lieu où on a commencé ses premières lectures ça réveille des mémoires enfouies et soulève de bonnes vibrations…&nbsp;</em>»</strong>, et pas que pour l’acteur venu lire)<strong>.</strong> <strong><em>Les habitués arrivent et seront assez nombreux</em></strong>. » Parce que nos comédiens-liseurs ne peuvent dire qu’ils reviennent que s’ils sont vus comme des revenants. Pour ça il faut des témoins. Des fidèles, des enthousiastes qui ne se désabonnent pas facilement de leur appétit des belles-lettres. Il y a de ces assidus passionnés qui <strong>«<em>&nbsp;reçoivent une lecture chaque année depuis au moins huit ans&nbsp;</em>» </strong>voire<strong> «&nbsp;<em>depuis le début</em>&nbsp;»</strong>. Ça peut aller loin, certains ont même fait savoir à Bruno&nbsp;qu’<strong>«&nbsp;<em>ils organisent régulièrement des lectures et assistent autant que possible à toutes celles des autres, avec l’avidité des grands passionnés de Littérature, qu’ils sont.</em>&nbsp;»</strong></p><p>Dans cette forêt humaine, c’est immanquable, on finit bien par croiser des visages connus. C’est Adrienne qui le dit – parlant de visage il faut qu’on imagine le sien, peut-être une pétillance aux lèvres ou qui sait, un élan des yeux&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>La fête continue !</em></strong> <strong><em>Je rencontre, chez Magali, une autre Magali, chez qui j'étais allée lire il y a un an. Quel plaisir de se retrouver. J'aimerais connaître davantage cette femme&nbsp;; sa parole directe, son sourire vivifiant, stimulent sacrément. (Il y a tant de gens dont je me dis, ça serait chouette de les revoir)</em>&nbsp;</strong>».</p><p>C’est parfois presque un peu vain et douloureux, aussi, parce que dans un autre compte-rendu, Adrienne précise <strong>«&nbsp;<em>On se dit souvent "A bientôt", on est sincère tout en ne s'illusionnant pas. Combien de fois l'ai-je dit et entendu avec des accents de vérité au fond des yeux</em>&nbsp;? » </strong>et bien sûr tous ses collègues l’ont vécu, on le vit tous en tournée, c’est de la grâce pour plus tard, quand on promènera nostalgiques dans le cortex notre collection de souvenirs, à l’heure des passages en revue de tous les êtres regardés durant ces lectures – notre inventaire des tête-à-tête, réussis, loupés ou indiscernables. Certains membres des publics évoqués, telle autre lectrice les a connus en tournée. Elle se souvient bien d’eux&nbsp;! Leurs noms, leurs yeux. Dans mon esprit ça ressemble à la pochette de <em>Sgt. Pepper</em> des Beatles&nbsp;: toutes ces personnes au fil des années, sans lesquelles il n’y aurait pas de lecture, ce public qui est notre partenaire au moins autant que l’auteur que l’on a choisi, ces confrères d’un jour assis les uns derrière les autres dans des gradins ou des canapés comme pour une grande réjouissance mystérieuse. Ces gens sont tous installés dans nos hypermnésies de comédiens. Qui saura dire quand on se retrouvera tous pour une telle photo&nbsp;?</p><p>Peut-être Stéphane : <strong>«&nbsp;<em>Plaisir de revenir dans ce Foyer de Jeunes Travailleurs après huit ans ! L'accueil de Marlène, le mélange de l'auditoire, le repas au plateau mais ensemble, revoir Kevin et sa photo, tout le monde participe ; il y a même un panneau retraçant mon passage et ma lecture de </em>Microfictions&nbsp;</strong>(de Régis Jauffret, que Stéphane a lu là-bas la première fois)<strong>. »</strong> Les lectures s’inscrivent en mosaïque. Le patchwork d’images fait remonter les mots, les prénoms, les livres.</p><p>Dans les carnets de route de Marion, on peut trouver ceci, cette impression du fond du temps, qui vient compléter le portrait de famille en raccordant nos enfances à cette expérience cérémonielle :</p><p><strong>«<em>&nbsp;Les bibliothèques de village sont des lieux merveilleux</em></strong></p><p><strong><em>Celle de mon village m’a laissé des souvenirs inoubliables</em></strong></p><p><strong><em>J’y trouvais refuge les mercredis après-midi</em></strong></p><p><strong><em>Les dames de la bibliothèque m’appelaient par mon prénom </em></strong></p><p><strong><em>Elles me reconnaissaient </em></strong></p><p><strong><em>Elles s'intéressaient à ce que je lisais</em></strong></p><p><strong><em>J'en éprouvais une joie immense</em></strong></p><p><strong><em>Pour quelqu'un cela comptait</em></strong></p><p><strong><em>Ici </em></strong></p><p><strong><em>elles rient</em></strong></p><p><strong><em>m'installent</em></strong></p><p><strong><em>me font du café</em></strong></p><p><strong><em>m'offrent des biscuits</em></strong></p><p><strong><em>nomment les habitués qui seront là</em></strong></p><p><strong><em>accueillent un groupe supplémentaire</em></strong></p><p><strong><em>préparent d'autres chaises et une lampe</em></strong></p><p><strong><em>ont sorti des livres de leur fond en rapport avec la lecture</em></strong></p><p><strong><em>elles réveillent en moi l'émerveillement vital de l'enfance&nbsp;</em></strong><strong>»<em></em></strong></p><p>Quelques jours avant, nous avions parcouru les récits de tournées de Nathalie. Les sentiments de Marion entrent en collision avec ce témoignage venu cette fois-ci du public lui-même, dans un fracas de détails où la poésie factuelle est celle d’une lecture enfantine aussi forte que l’absurde et la terreur, peut-être plus forte encore&nbsp;que ces deux puissances :</p><p><strong>«</strong>&nbsp;<strong><em>Cette lecture de fin d'après-midi a ouvert, à tous les auditeurs présents, la porte des souvenirs. Le mari de l’accueillante, qui s'exprime en premier, nous annonce qu'il est reparti soixante-treize ans en arrière grâce à Michel Tremblay. Les enfances reprennent vie dans ce salon du premier étage, et les auditeurs qui disent d'eux-mêmes qu'ils forment une belle assemblée de septuagénaires redeviennent des enfants. Leurs visages s'éclairent des souvenirs passés. Le mari de mon accueillante raconte alors comment enfant il se réfugiait avec sa famille dans des caves aux alentours de la gare de Châteauroux, pendant les alertes et les bombardements de la seconde guerre mondiale. Il se souvient d'un jour en particulier, où les femmes criaient à chaque détonation et où il a dit à sa mère : "Maman, elles peuvent pas arrêter de crier&nbsp;? J'arrive pas à lire mon </em>Tarzan<em> !". Alors cette charge du passé dans le texte fait écho aux murs qui nous entourent.</em></strong> <strong>»</strong></p><p>Et là, imaginez, comme appelés par le photographe de notre immense pochette de disque ou notre jaquette de livre-monde, lors d’une lecture de Tiphaine&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>Au milieu des invités, tout à fait par hasard, je découvre une cousine de ma famille par alliance ! Incroyable. Je ne sais même pas comment on en est venu à parler du village de son enfance et de sa famille de boulanger... qui fait partie de ma propre famille ! Nous nous reverrons dans un autre temps pour évoquer tout cela.&nbsp;</em>»</strong></p><p>Oui, il faut chercher à se revoir, famille ou non. Se revoir, et se réentendre. J’ai déjà écouté Benoît M. me lire du Chamoiseau à la maison et maintenant j’ai envie qu’il me fasse encore découvrir mille choses&nbsp;; l’année dernière il lisait du Tanguy Viel à des accueillants qui l’avaient reçu autrefois&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>C'était une belle soirée. Je crois que c'est la première fois que je viens re-lire chez un particulier qui m'avait déjà accueilli. En fait cela n'en était que plus sympathique !</em>&nbsp;»</strong> C’est comme une équipe rassemblée afin de remporter un nouveau match. On sait que l’on fonctionne bien une fois réunis. Dès que l’on a saisi que l’on va rejouer ensemble, on se suggère des défis inédits. Je crois que Julien&nbsp;sera d’accord&nbsp;: arrivé chez des inconnus, par hasard <strong>«&nbsp;<em>Je retrouve un groupe pour lequel j'ai lu l'an dernier </em></strong>(un livre de Ousmane Diarra, on a vérifié. Un an plus tard il leur lit du Chantal Thomas. Ça bouge. On est toujours assis sur la branche sciée. C’est du qui-vive, pas du tout-cuit. Des habitudes, peut-être. Mais d’accoutumance, point)<strong><em>. Ils me reconnaissent, les discussions vont encore plus vite que d'habitude.</em> »</strong></p><p>Cependant même si l’on se côtoie déjà un peu, ce n’est pas une raison pour ne pas agrandir le cercle ainsi tracé, les Mille Lectures n’ont rien d’une souscription Premium pour la coterie des favorisés et autres <em>happy few</em> : <strong>«&nbsp;<em>Je retrouve également un couple et une ou deux personnes de l'année dernière</em>&nbsp;»</strong>, nous explique Catherine, <strong>«</strong>&nbsp;<strong><em>mais sinon Marie-Paule a cherché à inviter de nouvelles personnes pour faire découvrir les Mille Lectures d’Hiver à des gens qui ne se connaissent pas.</em></strong>&nbsp;<strong>»</strong></p><p>Ainsi tournent et retournent les auditeurs dans «&nbsp;les Mille&nbsp;», à l’instar des comédiens, tous valseurs dans le même carnet de bal. On danse à huit, seize, trente. Figurez-vous toutes ces âmes prêtes à descendre de l’estrade du décor de <em>Sgt. Pepper</em> une fois le dernier cliché immortalisé, pour se jeter dans le sabbat des livres. Il faut se foutre à l’eau. Comme Gaëlle avec ses allocutaires d’un jour ou d’un soir&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>C’est ma première lecture de la saison. Je connais mon hôte, retrouve l’atmosphère apaisante du lieu.</em>&nbsp;<em>J’avais déjà lu chez elle. Elle joue son rôle d’accueillante avec justesse, douceur et un peu d’inquiétude. Il y aura quand même onze auditeurs dont certaines figures connues, rencontrées l’an passé et lors d’autres éditions. Un grand tourbillon de rires, de gâteaux délicieux, de "Oh mais je vous connais !", de "Mais je ne savais pas que…", de "Mon fils était à l’école avec votre fille", de "Que devient untel ? ". Nous apprécions mutuellement ces retrouvailles. </em>»</strong> &nbsp;Depuis décembre 2006 que les Mille se disent et s’écoutent, même si la famille s’étend, s’étoffe, s’étire, tant du côté des lecteurs que des publics, on commence à se sentir chez soi, à identifier couleurs et parfums, à se saluer à la deuxième personne du singulier. On n’est guère plus qu’à un degré de séparation les uns des autres et lorsque toi ou tes compagnons ouvrez vos bouquins, Gaëlle, ce degré descend en-dessous de zéro. C’est le cœur qui flambe. Nous te laissons les derniers mots, annonciateurs des suites à donner à ce tour d’horizon&nbsp;: <strong>«&nbsp;<em>Je vais offrir un texte exigeant et magnifique d’un auteur peu connu mais bien présent dans le paysage littéraire. Progresser avec l’auditoire, donner à entendre une langue sophistiquée et belle, partager des réflexions sur le temps, l’universel et l’intime… Il s’agit d’un voyage auquel je me suis préparée, je me réjouis maintenant de le partager avec la "nouvelle petite voisine" diététicienne, l’architecte danseur de tango qui a construit la maison et son épouse, des anciens collègues de travail éducateurs spécialisés, un chanteur d’opéra en résidence pour un temps dans la ville, un ami photographe, des anciens collègues retraités, des copines du yoga, l’agent immobilier qui leur a vendu la maison, des bénévoles de l’Association </em>Lire et faire Lire<em>,</em> <em>de jeunes professeures des écoles, les animatrices du centre social, une bénévole de la toute petite bibliothèque municipale,… </em>»</strong></p><img src="http://www.ciclic.fr/sites/default/files/styles/medium/public/visuel_2.jpg?itok=HNqYblpk"/> Mon, 25 Mar 2019 17:17:22 +0100 http://www.ciclic.fr/actualites/1-tourner-c-est-retourner-recits-de-la-12e-edition-des-mille-lectures-d-hiver actualites