1 - Les tendances de l’année 2016

Un document d’observation et d’analyse rédigé à partir de la liste des 1 617 aides accordées en 2016 par l'ensemble des collectivités territoriales, soit 35 collectivités (*) en tout (17 régions, 14 départements, 1 euro-métropole (Strasbourg), 1 métropole (Aix-Marseille-Provence / Conseil de territoire Istres-Ouest Provence), 1 ville (Paris) et la structure privée Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma).

(*) : Les données de 34 collectivités sont analysées ici, la Martinique ne nous ayant pas communiqué sa liste des projets soutenus en 2016.


Moins de régions, plus de crédits

Avec l’entrée en vigueur de la réforme territoriale depuis le 1er janvier 2016, les fonds de soutien régionaux sont donc passés de 26 à 16. Dans nos précédentes analyses (basées sur les chiffres de 2015), nous évoquions plusieurs risques liés à cette nouvelle donne : baisse des investissements, spécialisation des fonds, recul du nombre de collectivités engagées dont notamment les départements. Et, a minima, un statu quo de bon aloi.

Les chiffres 2016 permettent d’ores et déjà d’effacer quelques-unes de ces craintes. L’investissement global, à hauteur de 63,89 M€, est supérieur à celui de 2015 (+4,9%) soit le niveau le plus élevé jamais atteint par l'ensemble des collectivités territoriales françaises en matière de soutien au cinéma et à l’audiovisuel.

Par ailleurs, les hypothèses avancées sur la spécialisation de certains fonds n’ont pas non plus été vérifiées puisque tous les fonds ont choisi de panacher leurs soutiens en faveur de différents genres, permettant à une grande diversité de projets de voir le jour et de se concrétiser.

63,9 M€ : une enveloppe record depuis la création des fonds territoriaux



Après une année 2015 déjà marquée par une hausse des crédits de plus de 5%, 2016 confirme cette tendance d’un fort investissement des collectivités avec une nouvelle augmentation de 4,9%. En portant cette enveloppe à 63,9 M€, soit 3 M€ en plus en un an, celles-ci affichent clairement un renforcement de leurs politiques de soutien au cinéma et à l’audiovisuel.

Cette progression est à mettre en regard du nombre d’aides apportées sur cette période : 1617 soit 15 de plus « seulement ». Avec des moyennes d’intervention en hausse sur les principaux genres, +4% pour les projets d’animation, +5% en documentaire, +7% en long métrage et même +21% d’augmentation pour les fictions télévisées, les collectivités territoriales font le choix d’accorder des soutiens de plus en plus conséquents aux projets sur lesquels elles misent.

Quels budgets pour les « nouvelles » régions ?

Si la fusion de plusieurs régions avec leurs voisines laissait craindre au mieux, une addition pure et simple des dotations, au pire une baisse, il est intéressant de constater que l’implication des 7 régions ayant fusionné se révèle tout à fait différente d’un territoire à l’autre : avec un budget global de 3,96 M€, Hauts de France affiche une forte hausse de presque 1 M€ supplémentaire par rapport à 2015 (crédits cumulés entre le Nord-Pas-De-Calais et la Picardie) et 47 aides accordées en plus. Dans une moindre mesure Grand Est, née de la fusion entre l’Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardenne, avec 166 000 € en plus a également augmenté son fonds de près de 6% pour atteindre   3 M€. A l’inverse, l’Occitanie qui regroupe les anciennes Régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon a vu son enveloppe passer de 3,54 à 3,19 M€, soit une chute de 353 000 € (-10%) qu’il s’agira d’observer attentivement au cours des prochaines années pour vérifier si cette tendance à la baisse perdure ou si elle n’est le fait que d’ajustements conjoncturels. L’autre nouvelle région ayant vu son budget baisser est la Bourgogne-Franche-Comté : avec 44 000 € de moins en un an et une enveloppe globale de 833 000 €, cette région semble confirmer la forte tendance à la baisse amorcée depuis déjà plusieurs années en terme de soutien financier. Les 3 autres collectivités régionales s’inscrivent quant à elles dans une certaine forme de stabilité : la Nouvelle-Aquitaine devenue en 2016 la plus grande région de France en terme de superficie a procédé au regroupement de 3 régions fortement impliquées dans ce type de soutien lui permettant d’atteindre un budget global de 5,77 M€. Si l’augmentation reste relative, +60 900 € au cours de l’année, il est néanmoins important de souligner qu’elle devient de fait, la 2ème région française en matière d’investissement public pour le cinéma et l’audiovisuel. Auvergne-Rhône-Alpes marque une légère hausse de 52 400 € de son budget 2016 (2,38 M€ au global). Enfin, la nouvelle Normandie en réunissant les fonds de l’ancienne Basse et Haute Normandie semble avoir consciencieusement fait l’addition de ces deux anciens budgets, pour atteindre une enveloppe globale de 1,67 M€, soit 3 500 € de plus par rapport à l’année passée.

Des évolutions contrastées pour les autres territoires :
budget record pour 2 régions, baisse des crédits pour
13 collectivités

Si on s’intéresse aux autres territoires n’ayant pas connu de modification de leur frontière, là encore, les données collectées laissent apparaitre de grandes disparités. Ainsi l’Ile de France affiche une hausse tout à fait spectaculaire de près de 2,5 M€ au cours de l’année, lui permettant d’atteindre une enveloppe record de 17,3 M€. Dans un même mouvement de hausse notable des crédits, la Réunion augmente son fonds de 1,3 M€ pour atteindre un budget historique de 3 M€. A l’inverse, comme ce fut le cas en 2015, 13 collectivités affichent des crédits en baisse dont 6 régions et 6 départements, auxquels il faut ajouter la structure privée Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma – qui perd cette année 179 000 €. La baisse la plus brutale parmi ces collectivités est à mettre au passif de Provence-Alpes-Côte d’Azur avec -16,3% des dotations, soit 784 400 € de moins en un an.                    

Département : la grande inconnue

Sur les 14 départements recensés dans ces analyses, la moitié d’entre eux affiche des budgets en baisse, 6 se montrent stables, 1 seul est en hausse. Enfin, l’arrivée de la Drôme permet d’élargir le périmètre d’études de cet échelon. Rappelons que la Sarthe, bien que présente dans le dispositif, n’a accordé aucune aide en 2015 et 2016 et que la Vienne et les Pyrénées –Atlantique ont décidé de supprimer leur fonds d’aide.

Sur les 6 départements en recul, 3 font partie du territoire de la Nouvelle-Aquitaine : Charente-Maritime (-4,6%), Dordogne (-69,29%), Lot-et-Garonne (-29.66%). Seules les Landes restent au même niveau qu’en 2015. Les autres départements qui ont baissé leurs investissements sont : Alpes-Maritimes (-33,33%), Aude (-56,52%), Côtes d’Armor (-44,44%). La baisse globalement constatée pour les départements (y compris avec la suppression des 2 fonds d’aides) est importante puisqu’elle représente près de 700 K€ en moins entre 2015 et 2016. C’est avec une grande attention qu’il faudra observer les évolution des crédits de ces départements lors des prochaines analyses car, s’ils permettent d’augmenter fortement l’attractivité d’un territoire en apportant des aides financières conséquentes, il n’est pas évident que la nouvelle organisation territoriale et les nouveaux modes opératoires mis en oeuvre pour l’instruction des projets et leurs sélections (cf la répartition des compétences des collectivités dans le contexte de la loi NOTre promulguée le 7 août 2015) réponde à leurs attentes et leurs objectifs en matière de soutien au cinéma et à l’audiovisuel.

3 M€ supplémentaire en 2016 : une hausse record finalement en trompe-l’oeil

En portant un regard global sur l’ensemble de ces fonds de soutien, il s’avère nécessaire de pondérer cette 1ère impression d’augmentation massive des crédits. Rappelons que sur 34 collectivités recensées dans ces synthèses, 13 affichent une baisse de leurs crédits et que 11 sont stables. Si cet apport supplémentaire est bien réel en valeur absolue (près de 3 M€ en un an), il ne représente donc pas le résultat d’un effort collectif partagé par l’ensemble des collectivités mais il est plutôt le fait de 3 régions, l’Ile de France, la Réunion et les Hauts de France, ayant particulièrement augmenté cette année leur fonds et représentant une hausse cumulée de leurs crédits de 4 784 651 €.

Audiovisuel et cinéma : le retour à l’équilibre des crédits

L’un des enseignements des analyses de 2016, basés sur les chiffres de 2015, avait été une forte hausse des crédits alloués au cinéma, au détriment de l’audiovisuel, alors en baisse de 6,32%.

2016 marque un rééquilibrage avec des crédits alloués à l’audiovisuel qui remontent à 41,46% du total (contre 37% en 2015), soit une progression de 16,36% pour 3,7 M€ de plus. Les crédits audiovisuels enregistrent du même coup leur plus haute valeur depuis 2003. Cette inversion de tendance nous oblige à être prudents afin de ne pas tirer de conclusion hâtive, néanmoins tout laisse à penser que la situation de 2015 reflétait une situation passagère, notamment liée au repli d’une ou deux collectivités historiques sur le genre.

Fiction TV : retour à la hausse pour une enveloppe record

Après une année difficile, la fiction TV reprend des couleurs en 2016 avec près de 10 M€ (9,67 M€) de soutiens pour 102 projets aidés et une moyenne d’intervention de 94 773 €. Il s’agit d’une hausse globale de 44%, à mettre en regard de la baisse de près de 28% l’année précédente. La fiction retrouve ici son niveau de 2014 et connaît son montant le plus élevé jamais atteint depuis l’existence des fonds de soutiens territoriaux.

Plusieurs collectivités ont massivement investi leurs crédits vers la fiction TV, unitaire ou série. C’est le cas de : Centre Val-de-Loire (+77,15%), Charente-Maritime (+98,28%), Réunion (+141,2%), Ile-de-France (+172,86%), Guyane (+200), Guadeloupe (+226%). Enfin, les Pays de la Loire avec une enveloppe de 280 000 € pour 3 projets affichent une hausse spectaculaire de 3633%.

Ces augmentations profitent tout particulièrement aux séries : 64 projets ont été aidés sur les 102 aides accordées pour un montant de 7 M€, soit 72,7% de l’ensemble des crédits accordés à la fiction. Ces séries étant très prisées par les collectivités car elles sont promesses d’embauches pour la filière régionale et laissent espérer de fortes retombées économiques pour les territoires concernés.

Long métrage : une très légère baisse pour une enveloppe au-dessus de 30 M€

Avec 30 M€, le long métrage enregistre en 2016 une baisse de 2,5% du total de l’enveloppe allouée pour 30 aides de moins. Après la forte année de hausse en 2015 et malgré cette légère baisse, c’est la 2ème plus grosse enveloppe consacrée à ce genre par les collectivités.

Avec 248 projets soutenus (254 en 2015) pour un fonds d’un peu plus de 25 M€ (idem en 2015), la part consacrée aux longs métrages de fiction se révèle tout à fait stable. L’investissement dans le long métrage documentaire enregistre quant à lui un net repli (-28,85%) pour un montant total de 1,52 M€. Pour ce qui concerne le long métrage d’animation, 10 collectivités se sont impliquées cette année ; le budget globalement consacré pour ce genre étant de 3,35 M€, soit presque à l’identique par rapport à l’année passée (3,4 M€).


Et pour 2017 ?

En rééquilibrant les crédits entre audiovisuel et cinéma d’une part et en faisant la preuve d’un volontarisme partagé quant aux crédits accordés d’autre part, les collectivités territoriales ont adressé en 2016 des signaux plutôt positifs en matière de soutien public accordé au cinéma et à l’audiovisuel. A l’aube de la signature d’une nouvelle génération de conventions triennales entre les différentes collectivités territoriales françaises et le CNC, alors que certaines régions parmi celles ayant fusionné ont encore besoin de préciser leurs modalités d’intervention, d’organisation et de soutien des œuvres, dans un contexte où certains territoires s’interrogent sur d’éventuels aménagements à porter à leurs fonds d’aides, il y a fort à parier que l’année 2017 ne sera pas une simple année de transition mais bien une année marquante dans l’histoire des fonds d’aides territoriaux où chacun des exécutifs en place, y compris au sein des départements et des nouvelles métropoles, affirmera ses choix et ses ambitions politiques en matière de soutien au cinéma et à l’audiovisuel.