Cécile Portier, (auto)portrait

Pour faire connaissance avec Cécile Portier, nous lui avons demandé ce qu'elle aimerait dire d'elle, ce qu'elle aimerait confier. Alors, on croise rapidement l’enfance, la famille, la mémoire, le travail et puis l’écriture, présente, de plus en plus.

 « Je suis née en 1968 à Romorantin, dans le Loir-et-Cher, et j’ai vécu toute mon enfance à Selles-sur-Cher, où mes parents vivent encore. Mon père travaillait à l’usine des Céramiques de Touraine, qui a été fermée et délocalisée à la fin novembre 2010. J’ai tenté d’en rendre compte par un texte, qui s’appelle Ce qui reste, qui d’une manière très subjective fait coexister mes propres souvenirs d’enfance de cette usine, et les paroles des ouvriers que j’ai pu recueillir en venant à plusieurs reprises pendant les derniers mois avant la fermeture. Le texte dialogue avec des photographies de Xavier Schwebel, photographe. Ma mère était infirmière à domicile, et j’ai parfois sillonné les routes du sud du Loir-et-Cher et de l’Indre avec elle pendant ses tournées. Après le bac je rêvais de Paris... Après des études littéraires j’ai passé l’ENA, j’ai occupé différents postes au ministère de la culture et je travaille actuellement à la Bibliothèque nationale de France, en tant qu’adjointe du délégué à la diffusion culturelle. J’ai aujourd’hui 44 ans, trois enfants, une vie bien occupée, mais qui ne me dissuade pas de mener parallèlement une activité d’écriture, qui m’appelle de plus en plus fortement.

Une chose encore à dire : j’écris « numérique » depuis plusieurs années, sur mon propre blog www.petiteracine.net, dans des revues littéraires en ligne, pour des projets de livres numériques (sur publie.net) ou de sites web de fiction. J’écris « numérique » aussi dans le sens où c’est le seul « bureau », la seule « chambre d’écriture » possible pour installer et faire vivre mon désir d’écriture : puisque je ne dispose pas de longues plages de temps et d’espace, j’écris dans leurs interstices – sur mon téléphone, dans des fichiers dropbox attrapables depuis partout...

En écrivant ainsi, je vois ce que le numérique change à mes propres pratiques, comment il fait déborder mon écriture vers d’autres formes que celles que j’imaginais initialement (j’ai ainsi de plus en plus souvent recours à l’image et au son dans mes projets de création, non pas comme illustration de mon travail, mais comme point de départ, instance de dialogue). Je vois aussi que le numérique n’est pas qu’un support ou un outil, mais un champ nouveau dans lequel nous sommes tous plongés, qui – pour autant – est encore à investir, à questionner. Et c’est ce que je me propose de faire pendant cette résidence. »