Trois questions à Léo Favier

Quand l'inspiration d'un jeune artiste comme Léo Favier se penche sur les images d'archives, elles s'entremêlent pour créer de nouvelles histoires émouvantes, drôles, et rocambolesques !

Ciclic a fait la rencontre de Léo Favier, plasticien, graphiste, cinéaste, à partir de 2009.  Le jeune artiste entreprend un projet autour de l'expérience de Jean Chaudron, cafetier de la rue principale de Graçay, et auteur de véritables archives animées de l’histoire de ce village.  De mai à août 2009, plusieurs installations artistiques, réactualisation de l'oeuvre de Jean Chaudron, sont présentées aux habitants. Des ateliers scolaires sont organisés à Graçay et à Bourges pour le public scolaire. Cette expérience pousse Léo Favier à aller plus loin, il écrit le projet d'un faux film documentaire "Kinoki ou comment organiser une fête dans son village" produit par Les Films Sauvages. Avec  "Kinoki", documentaire fictif réalisé à partir des films super 8 de Jean Chaudron et d’illustrations animées et d’animations typographiques, Léo propose sur un ton humoristique des solutions directes pour une vie meilleure, le film voit le jour en 2011.

Après la sortie de plusieurs créations (entre autres, l'ouvrage What, you don't know Grapus?), le graphiste et cinéaste Léo Favier obtient en 2014 une résidence d'artiste au Musée de l'Hospice Saint-Roch à Issoudun, et peut alors, pendant 3 mois, s'emparer pleinement de la collection d'images d'archive de Ciclic et écrire son nouveau film qui mettra deux années à voir le jour. "Après le volcan" est produit par Jean-Christophe Soulageon, Les Films Sauvages, en 2016, il dure 17 minutes et bénéficie de moyens artistiques soignés avec les voix de Lila Tamazit, Robert Nana, Tristan Fournier, Tiziana Jill Beck, Léo Favier ; le montage est d’Arnaud Viémont ; la musique d’Hideaki Tsuji et le design sonore de Fabien Bourdier et Brice Kartmann. Le court métrage a été diffusé sur Canal + et Bip TV.

Le film a reçu le Prix Qualité du CNC, une mention spéciale au Festival RISC 2017 de  Marseille, une mention honorable au Innsbruck Nature Film Festival 2017 en Autriche, le «  Best Live Action Short Film, » au 28th International Film Festival "Message to Man" Wraps Up de Saint Petersburg, le « Best Short Movie » au 19th FICA de Goias au Brésil ; une mention spéciale au 26th Aspen Shortfest, Aspen - comté de Pitkin, dans l'État du Colorado, aux États-Unis.

Le jury a déclaré : « This innovative comedy uses retro home videos and comic narration to reimagine the ordinary world we thought we knew into one of magic surrealism.” Very happy with this nice start in the wild and exciting life of short movie festivals! »

Le travail de Léo Favier ne se limite plus aux images d’archives amateurs, il est l’auteur d’une web-série (10 fois 5 minutes) pour Arte.tv, et de « Qui n’a pas sa part d’ombre », réalisé en 2015 à partir de stock-shots publicitaires, le film conte sur le ton humoristique la vie d’un politicien (que l’on ne citera pas) qui saisit toutes les occasions pour réussir politiquement et financièrement.

Ciclic a rencontré Léo Favier pour lui poser trois questions :

Comment s'est passée ta rencontre avec les films amateurs de Ciclic?

En 2012, j'ai co-réalisé avec le collectif Schroeter und Berger, un court métrage, Kinoki, ou des solutions directes pour une vie meilleure, fait à partir de films amateurs réalisés par Jean Chaudron dans le village de Graçay. C'est ma première « rencontre » avec ce matériel filmique amateur. Images pleines de vie, de fantaisie, d'humour et de vérité. Images qui au-delà de la valeur patrimoniales dégagent une grande émotion. Les films de Jean Chaudron ont par la suite été déposés à Ciclic et j'ai ainsi pu entrevoir le très riche fond de films amateurs archivés. J'ai eu envie de revenir, pour cette fois, faire un court-métrage à partir des images tournées par toutes ces familles.


En tant que graphiste, plasticien, comment as-tu abordé les images d'archives? Que représente pour toi ce matériau?

Je considère ces archives non pas comme un matériel documentaire historique à valeur patrimoniale, mais comme un matériel filmique chargé d'émotion. Je ne souhaite savoir ni qui, ni quand, ni où. Seul compte l'émotion, le ressenti, c'est ma méthode pour sélectionner une séquence. De façon tout à fait subjective et arbitraire, si la séquence me plait, je dois donc lui faire une place dans mon histoire. C'est ainsi que l'histoire d'Après le volcan s'est construite. A partir des images.

Il y a donc d'une part, une grande liberté, la liberté liée au ressenti et à l'émotion et d'autre part, une contrainte, car à la fin, il faut que l'histoire tienne la route. Ce n'est pas juste une succession d'images belles et sympathiques, c'est un récit, avec tout ce que cela comporte de règles narratives : il faut un début, une fin, des personnages, des conflits et des péripéties. L'écriture oscille donc entre liberté et contrainte, comme une sorte de dialogue entre mon imaginaire et la réalité de ces images tournées par d'autres.


 Comment ce travail effectué avec les images d'archives résonne encore dans ton travail d'aujourd'hui?

Aujourd'hui, j'écris et réalise des court-métrages et des web-séries à partir d'archive, de banques d'images et je tourne même mes propres images avec acteurs, costumes et décor. Pour mon dernier court-métrage, Apollo ou la vie sauvage, qui sortira en 2018, j'ai cherché à mêler toutes ces matières filmiques : il y a des archives de la NASA, des banques d'images et du tournage en prise de vue réelle avec un cosmonaute dans un champ en Seine-et-Marne. Evidemment, pour moi, ce sont des processus et des dynamiques de travail très différents. Mais à la fin, l'important, ce n'est pas d'où viennent ces images, mais si l'histoire tient la route. Les images d'archives permettent certaines choses, par exemple avoir un plan d'hélicoptère ou de zèbre coûtera le même prix qu'un plan de forêt, alors que sur un tournage, si je veux un zèbre, j'aurai un chameau (car c'est moins cher et plus docile) et il va falloir le faire venir, il faudra un dresseur, et le chameau ne fera pas exactement ce que je veux. C'est différent et c'est bien aussi.

Je ne me sens pas particulièrement attiré par des films faits avec des archives. L'important, c'est si ça marche émotionnellement, que ce soit en animation, en archive ou en tournage. Cependant, ce qui m'intéresse toujours, c'est le détournement des images. C'est dire « c'est ça », alors qu'on sait très bien que c'est autre chose et en même temps, on a envie d'y croire... mais bon, au-delà du documentaire, de la fiction, de l'archive ou de la prise de vue réelle, l'envie de croire à une fiction, c'est sans doute ça regarder du cinéma."