La place du spectateur

Un arbre qui tombe dans la forêt, et que personne n’est là pour entendre, fait-il du bruit ? Cette question de logique - le lien entre l’émetteur de l’onde sonore (l’arbre) et le récepteur de cette onde (le tympan) - s’apparente au lien qui s’établit entre l’artiste, son œuvre et son regardeur : le spectateur.

Davantage que deux entités séparées, l’œuvre et le spectateur, il s’agit ici d’un processus. L’œuvre développe sa propre matérialité, mais c’est la sensibilité de celui qui observe ce phénomène qui le rend perceptible. Passée par le filtre de la subjectivité du regardeur, l’œuvre acquiert une dimension unique. Celui-ci glisse alors, sans s’en rendre compte, d’un état à l’autre. Comme l’espace et le temps sont indissolublement liés dans le champ de l’espace-temps, l’œuvre et son spectateur composent leur propre univers, celui du spectateur-acteur.

Ce spectateur, qu’il soit auditoire, public ou assistance, observateur ou admirateur, témoin ou curieux, il est l’enjeu principal des actions de diffusion culturelles menées par Ciclic.

Il est ce spectateur-regardeur venant presque chaque mois s’assoir dans le noir pour se laisser absorber par un film proposé par le Cinémobile. Dans un cadre moins habituel pour une projection, comme la médiathèque près de chez lui, il s’immerge dans l’univers singulier d’un documentaire. Le mois du film documentaire lui offre une ouverture sur le monde. Le fauteuil est voyage.

Il est ce spectateur-auditeur, tout entier attentif à la voix d’un comédien-lecteur lors d’une soirée où, invité par un voisin, il assistera à l’une des mille lectures d’hiver. Prose ou poésie, roman ou nouvelle, d’ici ou d’ailleurs, les textes résonnent longtemps après que la voix du lecteur s'est tue. Et après un certain silence, les émotions ressenties, comme autant d’ondes sonores, se propagent entre les invités. Le partage est richesse.

Il est ce spectateur-amateur resté chez lui, les cuisses doucement chauffées par son laptop, découvrant des courts métrages grâce au site ciel.ciclic.fr ou explorant les images du passé sur mémoire. Ce soir, il s’est promis de regarder le long métrage de 20h40. Tourné l’an dernier près de chez lui, il sait que le réalisateur avait été soutenu à l’écriture par Ciclic. Les petits écrans sont généreux.

Ciclic est accessible, ouvert à tous, à l’usage de tous.