Publié le 02/06/2015

Vaincre le temps

Les élèves du lycée Jean Monnet de Joué-lès-Tours font dialoguer la mémoire de la pellicule avec le témoignage spontané du numérique. 

Au cours de l'année scolaire 2013-2014, les élèves du Lycée Jean Monnet de Joué-lès-Tours ont réalisé plusieurs films autour d’un thème commun : l’adolescence, la jeunesse et les rites de passage à l’âge adulte, d’hier à aujourd'hui. Ils ont abordé cette thématique en utilisant des images d’archive, collectées à partir du site Mémoire, mêlées aux images réalisées avec leurs téléphones portables.
Comment associer des images d’archive, témoins du passé, à des images captées au téléphone portable, témoins instantanés du présent ? C’est la question à laquelle se sont confrontés les élèves de l’atelier cinéma.

Aujourd'hui, le téléphone portable prend une place obsédante dans un quotidien toujours plus agité d’images en tout genre. Captures à la volée d’un présent éphémère, les images prises avec un téléphone portable se rapprochent de celles du cinéaste amateur d’antan, qui, muni de sa caméra Super 8mm ou 16 mm, capturait son présent, instinctivement, en étant toujours plus proche de son sujet filmé. Le discret téléphone efface en outre le filtre tétanisant d’un objectif qui se fond, ici, dans le quotidien, dans l'intimité. On s’éloigne ainsi du rituel intimidant du tournage, afin de retrouver un rapport plus charnel et direct à la matière filmée. 

Retours vers le présent

Un des premiers critiques de l'histoire du cinéma, resté anonyme, écrivait en 1895 dans le journal La Poste : « Lorsque tous pourront photographier les êtres qui leur sont chers non plus dans leur forme immobile, mais dans leur mouvement, dans leur action, dans leurs gestes familiers, avec la parole au bout des lèvres, la mort cessera d'être absolue ».

Une des singularités des images d’archive repose sur le fait que le spectateur se trouve confronté à la réalité concrète d’un moment révolu. Parce qu’elles ont survécu aux hommes et aux événements qu’elles continuent de montrer, ces images permettent de penser la relation au temps et peuvent être utilisées comme écriture audiovisuelle. Et c’est bien dans ce but que les élèves de l’atelier cinéma ont travaillé. Ils devaient réfléchir au statut des archives et à leur capacité à donner du sens lorsqu’elles sont mises en relation avec d’autres images, plus récentes. Réemployées et agencées selon un ordre donné, elles jouent un rôle dans la récupération et la reconstruction filmique du passé au regard du présent.

Outil de catalyse puissant capable de faire rejaillir chez chacun d'entre nous des souvenirs jusqu’alors oubliés, les images d’archive sont le pivot de ces films ; pivot autour desquels se dessinent des histoires où se mélangent tour à tour réalité et fiction, passé et présent. Ces films sont le croisement de deux regards, de deux générations, de deux temporalités qui regardent ensemble vers leurs avenirs respectifs.