Publié le 31/03/2016

Séance rencontre avec Abbas Fahdel

> Projection de La Chambre interdite à 18h15
Guy Maddin et Evan Johnson
The Forbidden Room, Canada, 2015, 1 h 59, v.o sous-titrée, avec Mathieu Amalric, Amira Casar, Jacques Nolot, Adèle Haenel

Dans le sous-marin SS Plunger, l’oxygène se fait rare. Le compte à rebours vers une mort certaine est enclenché. L’équipage cherche en vain le capitaine et soudain, de manière improbable, un bûcheron perdu arrive parmi eux et leur raconte comment il a échappé à un redoutable clan d’hommes des cavernes, qui lui ont enlevé sa bien-aimée…

La Chambre interdite est unique en son genre, une déclaration d’amour au cinéma à la beauté convulsive. Après qu’un quinqua en peignoir nous ait initiés aux joies de la baignade, le film plonge dans les entrailles d’un sous-marin bientôt privé d’oxygène. Apparaît à l’équipage un forestier, au teint verdâtre et aux feuilles collées sur son visage. Il ressemble au cinéma fantôme qu’a cherché à ressusciter Guy Maddin lorsqu’il organisait, au Centre Pompidou en 2012, des « séances » de spiritisme pour faire revivre l’âme des films oubliés, disparus, morts-nés. Le résultat est un cinéma cannibale fait d’histoires visuellement folles, à la tonalité surréaliste et au genre aventureux.

> rediffusion du film le vendredi 1er avril à 18h15

> Jeudi 31 mars 2015 à 20h45 - séance rencontre, en présence d'Abbas Fahdel, réalisateur du film Homeland : Irak année zéro - 1ere partie : Avant la chute

Abbas FAHDEL Irak, 2014,
film en deux parties : Avant la chute (2h40); Après la bataille (2h54), v.o sous-titrée.

Le cinéaste Abbas Fahdel nous plonge pendant deux ans dans le quotidien de sa famille. Son documentaire est divisé en deux parties : Avant la chute décrit les instants de vie d’une famille qui se prépare à la guerre entre crainte et espoir de voir tout de même s’installer une démocratie après la chute de la dictature. Après la bataille donne à voir l’état du pays, les langues se délient, le peuple est anéanti, le chaos s’installe.

Regarder et garder : une fresque documentaire à l’immersion saisissante. Homeland s’impose par sa qualité, par son format (5 h 34 en deux parties), par sa matière documentaire (un témoignage quasi unique de la vie en Irak avant et après l’invasion américaine) et surtout par la déférence qu’il inspire. Déférence devant la valeur d’archives des images – Abbas Fahdel dira que bien avant de se convaincre que ses rushes renfermaient un film, il savait qu’ils renfermaient au moins une part d’Histoire –, déférence surtout devant la mise à nu, puisque le film s’attache à décrire tout à la fois la violence absurde de la guerre et l’environnement familial du cinéaste, jusqu’à ce que ces deux finissent inexorablement par se rejoindre. Recueillir, recenser, c’est le geste essentiel d’Abbas Fahdel qui filme parce qu’il sait d’avance que tout va disparaître. Homeland décrit donc une multitude de détails de la vie irakienne, ouvrant une à une des parenthèses qui s’apparentent à des films dans le film : il visite les souks boutique après boutique, détaillant jusqu’aux techniques de préparation du pain, mais aussi les vêtements, les rites sociaux (le repas, un mariage…); il s’embarque avec un acteur de théâtre dans une longue visite des archives du cinéma irakien, détruites par des pillards, où le vieux thème de la « mort du cinéma » se concrétise de façon déchirante. Une telle efflorescence brouille la frontière entre le sujet et le hors-sujet. On pourrait enlever ceci ou cela, la longueur de l’ensemble implique nécessairement de passer par des phases de décrochage, or Homeland ne tourne jamais à perte, et chaque scène ajoute autant de durée que de substance à ce projet avec lequel la négociation au détail n’est bien sûr pas possible.

Théo Ribeton, Critikat, août 2015

> Dimanche 3 avril à 20h30 : 2e partie : Après la bataille