Retours vers le futur - Dimanche 6 avril

Dimanche 6 avril à 15 h
Durée du film : 3 h 38.
Séance-rencontre - Présentation et discussion avec Laura Koeppel, assistante à la mise en scène du film

Le Dernier des injustes

Claude Lanzmann
Sélection officielle hors compétition festival de Cannes 2013
France/Autriche, 2013, 3 h 38, avec Claude Lanzmann, Benjamin Murmelstein
1975, à Rome, Claude Lanzmann filme Benjamin Murmelstein, le dernier Président du Conseil juif du ghetto de Theresienstadt, seul « doyen des Juifs » à n'avoir pas été tué durant la guerre. 2012, Claude Lanzmann exhume et met en scène ces entretiens, en revenant à Theresienstadt.


"À partir d'un entretien réalisé durant la préparation de Shoah avec Benjamin Murmelstein, Claude Lanzmann livre une nouvelle réflexion sur la complexité des procédures du mal. À l'instar d'Un vivant qui passe, de Sobibor ou du Rapport Karski, Le Dernier des injustes présente cet entretien qui n'avait pas été encore montré par Lanzmann. Benjamin Murmelstein, doyen du Judenrat du camp de Theresienstadt, est un personnage ambigu, accusé d'avoir coopéré de bonne foi avec les autorités nazies pour se sauver lui-même, à qui l'on a même intenté un procès avant de le blanchir de toute charge. Il s'explique sur son rôle dans l'organisation du camp et la place qu'il a occupée dans l'économie concentrationnaire du camp. L'entretien est entrecoupé de séquences où Lanzmann revient sur les lieux qui marquent l'histoire du génocide, mais aussi de séquences d'archives. La nouveauté réside dans la manière dont les digues ont cédé chez Lanzmann. Soudain, tout apparaît : les images d'archives du ghetto, la dimension quasi-romanesque du récit de Murmelstein. Tout ce que Lanzmann a dit détester et fuir. En soi, le témoignage de Murmelstein est monumental et dépasse aussi bien toutes les polémiques passées que les « devoirs de mémoire » en tout genre. Les images d'archives ne servent pas de preuves dans Le Dernier des injustes. Elles ne sont pas destinées à établir la vérité, pas plus que le témoignage de Murmelstein n'est vu comme un rétablissement du vrai. La façon dont ces images animent le film répond à la vivacité du propos du doyen de Theresienstadt. Les archives mettent en branle l'imagination du cinéaste, puisqu'il s'agit en effet d'inventer une scène où l'on puisse se réconcilier, concilier l'image d'archive et le récit. Cette réconciliation, Lanzmann la trouve en République Tchèque, là où les caméras ont enregistré les traces du drame, là où lui décide de poursuivre le geste initial, d'en formuler une généalogie et un héritage possibles, plutôt qu'une infirmation de ses propres images. Il a osé imaginer revenir sur ces lieux avec ce qu'il y avait de plus lourd à transporter : des images douloureuses et un récit bouleversant." (Eugenio Renzi, Aleksander Jousselion, Independencia, décembre 2013)