Publié le 26/02/2016

Retours vers le futur - dimanche 3 avril 2016

Dimanche 3 avril à 10 h 30

Séance présentée par Agnès Rabaté, responsable des activités jeune public du cinéma L’Apollo

Avril et le monde truqué

Christian Desmares et Franck Ekinci France, 2013, 1 h 45, animation, avec les voix de Marion Cotillard, Philippe Katerine, Jean Rochefort, création et univers graphique : Jacques TARDI

1941. Napoléon v règne sur la France, où comme partout sur le globe, depuis soixante-dix ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du xixe siècle, gouverné par le charbon et la vapeur. C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat qui parle…

Jacques Tardi signe le graphisme de cette merveille animée qui imagine notre monde figé dans l’ère pré-industrielle.

Cette fantaisie rétrofuturiste, uchronique ou steampunk, qui tutoie les sommets d’exubérance et de prolifération mécanique d’œuvres nipponnes telles que Steamboy de Katsuhiro Otome ou Le Château ambulant de Hayao Miyazaki, est la première adaptation animée de l’univers de Jacques Tardi. Si elle ne s’inspire pas directement d’un de ses albums, elle a été impulsée par Tardi, qui en a imaginé les prémices avec le scénariste Benjamin Legrand. On pense au maître de la science-fiction en crinoline, Jules Verne, père spirituel du courant steampunk actuel. Le film est en permanence transcendé par la force visuelle de son onirisme industriel et la teneur quasi entropique de sa narration dans laquelle se déploie une vertigineuse folie décorative, avec une démesure des échelles et un oppressant foisonnement mécanique. Vincent Ostria, Les Inrockuptibles, novembre 2015.

 

Dimanche 3 avril à 14 h 30

Mémoire de luttes en deux films : focus sur le cinéma de Christian Rouaud

Séance-rencontre avec Christian Rouaud

Les LIP, l’imagination au pouvoir

France, 2006, 1 h 45, copie 35 mm

Les LIP, l’imagination au pouvoir donne à voir et à entendre les hommes et les femmes qui ont mené la grève ouvrière la plus emblématique de l’après 68, celles des usines horlogères LIP à Besançon.

Un documentaire galvanisant, passionnant et salutaire sur l’un des mouvements sociaux les plus importants de la fin du 20e siècle.

Le sujet est archi-connu et sans suspense, la forme est hyper classique (succession d’entretiens entrecoupés d’images d’archives) et pourtant le spectateur est embarqué, le cœur palpitant, avec la certitude d’assister à un documentaire hors norme, qui se regarde comme un grand film d’action. Comment des syndicalistes peuvent-ils inventer des formes de luttes inédites ? Comment une grève peut-elle muter en une expérience d’autogestion unique ? À l’époque, l’aventure des LIP divisa profondément un pays qui finit par voter pour Giscard d’Estaing, lequel pensait qu’il fallait « les punir [les LIP] ». Elle marqua à la fois la fin d’une certaine histoire de l’avant-garde révolutionnaire issue de mai 68 et le passage d’un capitalisme à un autre, qui n’en finit pas de régner. Les espoirs autogestionnaires (« on fabrique, on vend, on se paie ») et l’illusion d’une possible victoire suscités par une telle expérience furent proportionnels à l’époque de déroute sur laquelle elle s’ouvrit. Dans les années qui suivirent, on décréta même que les ouvriers, parce qu’on ne voulait plus les voir, auraient disparu… Dans le film de Christian Rouaud, ils reviennent à l’écran, un peu comme dans un film de Renoir, sous la forme de personnages héroïques et glorieux. Ils racontent, ils réfléchissent après coup sur la signification des décisions prises et des actions engagées. Un grand film d’action est un film réussi sur le sens de l’action. Le documentariste fait de ses personnages les apôtres d’une expérience à transmettre absolument à une génération qui ne l’envisagerait même plus, et le film n’est jamais plus passionnant que quand il permet de rendre compte de la logique complexe d’une action collective. Stéphane Bou, Charlie Hebdo, mars 2007

 

Dimanche 3 avril à 17 h 30

Mémoire de luttes en deux films : focus sur le cinéma de Christian Rouaud

Séance-rencontre avec Christian Rouaud

Tous au Larzac

César 2012 du meilleur documentaire France, 2011, 1 h 58

Marizette, Christiane, Pierre, Léon, José… sont quelques uns des acteurs, drôles et émouvants, d’une incroyable lutte, celle des paysans du Larzac contre l’État, affrontement du faible contre le fort, qui les a unis dans un combat sans merci pour sauver leurs terres. Un combat déterminé et joyeux, mais parfois aussi éprouvant et périlleux.

Christian Rouaud fait mouche, encore une fois, en évoquant cette magnifique (et historique) épopée socio-politique et ses prolongements contemporains.

"Je voudrais que l’on se nourrisse de cette histoire pour regarder notre monde. Ce qui caractérise les luttes de cette époque, ce n’est pas le dogmatisme gauchiste mais une incroyable liberté d’invention et de ton, une fierté, une insolence, une imagination sans bornes. Il s’agit modestement, à travers le récit d’une lutte longue et terrible, de laisser monter en nous la petite musique de connivence, de vibrer avec les acteurs, de craindre avec eux, de rire avec eux ; de s’immiscer dans l’intimité d’un groupe qui invente. S’il y a une actualité du Larzac, c’est dans la force subversive dont cette histoire est porteuse." Christian Rouaud  

"Le film est aussi l’histoire d’une transformation, celle de paysans timorés éparpillés sur la surface du Larzac et qui décident de s’engager dans la voie de l’activisme. Sans jamais verser dans l’admiration béate, Rouaud choisit d’en montrer le caractère fastidieux, notamment dans la cohabitation avec d’autres mouvements et à travers les débats sur les moyens d’actions que chacun propose. Avec en filigrane quelques questions brûlantes sur le militantisme, l’ensemble pose une réflexion passionnante sur les questions de légitimité et de légalité. Plutôt que de proposer un manuel scolaire sur l’insoumission, les témoignages dessinent peu à peu la création d’un affrontement plus symbolique, d’un duel stratégique et géographique, préfigurant les luttes d’aujourd’hui où il s’agit plus d’envoyer un signal médiatique fort que d’entreprendre une réelle action". Julien Marsa, critikat.com, novembre 2011