Journées professionnelles "Archives en Chantier !"

Vendredi 5 avril 2013

Ciclic et le cinéma Apollo – Maison de l'image à Châteauroux vous convient, vendredi 5 avril, à une table ronde professionnelle conçue pour approcher la diversité des démarches cinématographiques impliquant des archives visuelles ou sonores.

 Au programme :

De 10h à 16h : quatre cinéastes nous présenteront leurs films en cours d'écriture, de tournage ou de montage.

Archives brutes, essais de séquences ou montages en cours complètent la présentation et nourrissent les discussions avec l'auditoire. Documentalistes, réalisateurs, archivistes, acteurs des médiathèques, producteurs, monteurs, sont invités à découvrir ces projets et à les questionner du point de vue de leurs propres pratiques. Didier Husson, directeur artistique des Écrans documentaires d'Arcueil, conduira les échanges avec les cinéastes et le public.

De 16h15 à 17h45 : Les vertus du documenteur : tromper pour mieux détromper – le mythe de l'image d'archive.

Conférence proposée par Matthias Steinle, Maître de conférences en cinéma et audiovisuel à l'Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3.
Depuis Zelig (1983) de Woody Allen se sont développés les « faux documentaires » ou « documenteurs », qui se moquent du genre et/ou du public en détournant les stratégies documentaires sur fond de fiction. Si les images d'archives sont un élément de préférence des « documenteurs », c'est parce que leur aura d'authenticité historique et leur promesse d'un accès direct au passé se prêtent pour tromper un spectateur crédule et, finalement, mieux le détromper. Mais la visée des « documenteurs » peut varier : de la distraction par le jeu avec les connaissances du spectateur jusqu'à leur remise en question et leur déconstruction subversive, en passant par une réflexion sur les règles du genre documentaire. Ces films s'inscrivent dans une culture réflexive de l'image et ne fonctionnent qu'en interaction avec un spectateur actif. La communication propose une réflexion sur les vraies vertus du faux.

Suite à cette journée professionnelle, vous pourrez assister aux deux séances qui suivront :
18h30 : Zelig (Woody Allen, 1983). Présentation et discussion avec Matthias Steinle.
20h45 : No (Pablo Larraín, 2012). Projection puis discussion avec Dominique Desmarchelier, linguiste et sémiologue qui a travaillé sur les rapports entre publicité et politique.

Projets présentés :

EN FRICHE, de Françoise Poulin-Jacob
Production : Lardux Films
Au début du XXe siècle, le bois de Vincennes accueille les vitrines de la grandeur coloniale française : jardin d’essai tropical, expositions coloniales en 1907, puis en 1931. Depuis, les temps ont changé, les mentalités peut-être aussi. Et c’est là que s’infiltre l’oubli. A l’heure où le repli nationaliste et les réflexes racistes suintent à nouveau, ce film, en choisissant de se concentrer sur un lieu méconnu de cette histoire, le Jardin tropical à Nogent-sur-Marne, se veut un nécessaire acte de mémoire. Centre de recherche et de conservation de l’agronomie tropicale à l’origine, ce jardin a accueilli l’exposition coloniale de 1907 et la première mosquée érigée sur le sol français. Il est aujourd’hui dans état d’abandon inavoué, rendu à la végétation, parsemé de ruines et de stèles commémoratives et malgré tout, ouvert au public. Pourquoi avoir abandonné ce jardin ? L’Histoire qu’il cache ou qu’il révèle est elle trop récente ? Trop honteuse ? A partir de l’observation de cartes postales publiées à l’époque, En friche revient sur l’histoire de ce jardin pour mettre au jour et mieux comprendre les mécanismes, la rhétorique et les mises en scène de la parade coloniale, et dans un geste plus général, s’interroger comment l’oubli et la mémoire travaillent notre présent.

UN CHANTIER DANS LES SOLITUDES, de Caterina Gueli
Les souvenirs de l’écrivain Carlo Emilio Gadda, chargé de la construction d’une rafinerie de coton au Nord de l’Argentine dans les années 1920, nous conduisent entre passé et présent vers l’évocation une colonisation oubliée. Spectre de la faillite du modèle de développement importé d’Europe, cette usine, aujourd’hui en ruines, semble hantée par les paroles de la résistance autochtone.

REGARDS CROISES, UN VOYAGE COLONIAL… , de Valérie Osouf
Production : Granit Films
Qui est le bourreau, l'oppresseur, le Maître, le dominant ? Comment se représente-t’il ? Où se nichent son déni et sa fierté dans l'image qu'il a lui même créée de sa position ? Comment est-il représenté par sa victime, son sujet ? Se perçoit-il d'ailleurs comme une victime ? Comment l'a-t'il dépeint ? Avec quels mots, quelles notes ? Sous quel angle ? Dans quelle position ? Avec quelle expression du visage ? Et d'ailleurs de quelle couleur est-il ? Serait-ce celle de Jésus ?

TIGRITUDE, de Claude Bossion et Agnès O’Martins
Production : Circuit-court, Cinémémoire.
Tigritude est un projet imaginé par Claude Bossion et Agnès O'Martins. Développé à la fois sous forme de documentaire et d' installation multimédia générative, Tigritude interroge la conservation, la transformation et la transmission de la mémoire en postcolonie.
Le titre Tigritude est tiré de la réponse que fit Wole Solinka à Léopold Sédar Senghor en opposition au concept de négritude.  En 1962, l’heure n’est plus à la seule revendication de l’identité, mais le temps de son affirmation par l’action est venu : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore »
Dans l'installation, l’expérience d’exhumation et de réanimation des archives est basée sur une programmation reprenant les principes de divination Fa, issus de la mythologie Vaudoun. L’oracle délivre un message sur le passé, le présent ou le futur. Dans la version documentaire, les fantômes de l'histoire, voix des ancêtres et des premiers conquérants, répondent au vivant.
La diffusion de l’archive, à force de nous éclairer, pose question. L’observer, c’est déjà s’approprier l’expression de l’autre, en faire une citation, une copie, une contrefaçon. Partager ces images nous renvoie au masque, au simulacre, que se joue chaque peuple pour s’ intégrer à un autre. Ni conclusions, ni trésors, la démarche n’a pour but qu’elle même et les circulations qu’elle provoque : exhumer les images, les déplacer, les regarder, faire sortir de terre un discours enfoui, mettre en doute nos certitudes occidentales. Le tigre, chasseur cruel et solitaire, pénètre les profondeurs poussiéreuses de la jungle des relations entre l’Afrique et l’occident. La pensée bondit, sur le dos de l’animal, à califourchon sur les rayures de sa conscience éclatante et de son inconscient ténébreux.