Publié le 30/07/2013

Enseigne

On marche parmi les hommes. On marche raides, car nous avons donné au plus offrant nos muscles lianes, nos sautillements, tout ce qui en nous pouvait se cambrer, aller de côté. On marche raides, pour célébrer l'ivresse enfin conditionnée.

On marche parmi les hommes qui ne nous regardent pas. Nous non plus nous ne regardons pas.  Nous n'avons plus de regard, seulement une fente, postale, dans laquelle introduire les informations nécessaires pour nous véhiculer. Nous ne savons plus voir : seulement éviter les obstacles.

Nous sommes des tanks propulsés, nous ne savons pas où nous allons mais nous sommes efficaces.

Nous n'avons plus de voix, qu'importe ? Par notre truchement, ça communique.

Nous n'avons plus de corps, seulement des pas de faible envergure. Nous avons troqué l'os pour le carton. A l'intérieur nous sommes tout mous, et si vulnérables : il faut bien que quelque chose nous tienne, nous enserre.

Nous sommes insectes de l'enseigne, notre exosquelette est un signe. Ou plutôt, une signature. Car nous n'avons plus de nom, seulement une marque, qui ne nous appartient pas, mais que nous sommes.

Ils nous ont fait confondre les deux actions de louer, location et louange. Et encore, location, il y a cette idée que ça ne durera pas. Mais ça dure depuis si longtemps déjà. Depuis si longtemps nous avons troqué la peau pour l'armure.
Depuis si longtemps nous marchons parmi les hommes sans les voir et sans être vus.

 

Cécile Portier