1 - Les tendances de l’année 2018

Un document d’observation et d’analyse rédigé à partir de la liste des 2030 aides accordées en 2018 par l'ensemble des collectivités territoriales, soit 34(*) collectivités  en tout (17 Régions, 12 Départements, 1 Euro-métropole (Strasbourg), 1 Métropole (Aix-Marseille-Provence / Conseil de territoire Istres-Ouest Provence), 2 Villes (Nice et Paris) et la structure privée Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma).

(*) Les données de 31 collectivités sont analysées ici, la Martinique n'ayant pas communiqué sa liste des projets soutenus en 2018, les Départements de la Sarthe et de l’Ardèche n’ayant accordé aucune aide. 


2018 : une nouvelle année record pour les soutiens
des collectivités au cinéma et à l’audiovisuel

Préambule

Dans les conclusions de notre analyse 2018 basée sur les chiffres de l’année 2017, nous évoquions des chiffres jamais atteints jusqu’alors, tant en termes de nombres d’aides qu’en termes de crédits et nous interrogions sur un possible « plafond de verre » quant aux investissements des collectivités territoriales en matière de soutien au cinéma et à l’audiovisuel. Bien que plus mesurée que 2017, force est de constater que l’année 2018 affiche encore de belles et fortes hausses. Le plafond de verre ne serait-il qu’un fantasme ? ou au contraire a-t’il été bien atteint pour certaines collectivités comme l’analyse des chiffres et des données plus en détail pourrait le laisser penser …

79,77 M€, 2030 aides : une 4ème année de hausse consécutive

Avec 79,77 M€ d’investissements, 2018 marque une nouvelle étape dans les records qui égrènent nos analyses depuis la réforme territoriale de 2016. C’est 4,4 M€ de plus en un an (+6%) et 15,8 M€ en deux ans (+24.8%) ! Il est important de noter que ces nouvelles hausses intègrent l’investissement des collectivités ainsi que celui du CNC inscrit dans les conventions de coopération Etat-Région-CNC 2017-2019. En 2018, le CNC s’est engagé au versement de 21,33 M€ en accompagnement direct des politiques de soutien à la création et à la production des collectivités, soit 1,1 M€ supplémentaire en un an (+5,59%).

Le nombre d’aides, en croissance de 13,1%, franchit le palier symbolique des 2000 aides. Avec 235 aides accordées en plus sur l’année, l’augmentation est particulièrement notable sur les fonds de soutiens sélectifs : 220 aides attribuées en plus, soit 13,26% d’augmentation. L’augmentation des aides accordées s’est également vérifiée dans le cadre des Contrats d'Objectifs et de Moyens signés entre les collectivités et des télédiffuseurs locaux ou régionaux puisque 15 aides supplémentaires ont été accordées en 2018 (+11%).

 

20 collectivités augmentent leur enveloppe globale

13 Régions, 5 Départements, 1 Métropole et 1 Ville ont réussi à augmenter leurs crédits cette année. Après une année tout à fait exceptionnelle en 2017 où 19 collectivités avaient augmenté leurs soutiens, ce sont 20 collectivités qui cette année ont maintenu leurs efforts pour consolider leurs enveloppes ou rattraper des précédentes années plus timides en terme d’évolution des crédits. Leader incontesté en ce qui concerne l’enveloppe dédiée au cinéma et à l’audiovisuel, l’Ile-de-France, qui n’avait que peu augmenté ses crédits l’année passée (1%), progresse cette année de 7,25% avec 18,74 M€ de crédits, soit plus de 1,2M€ en un an. Trois autres Régions affichent également des hausses importantes : Grand Est, Occitanie et La Guadeloupe. Après une première année d’augmentation de l’ordre de 28,7% en 2017, Grand Est a encore accru son soutien en 2018 de plus d’1,5 M€ (+38,4%) pour atteindre une enveloppe de près de 5,5 M€ (5,48 M€). Plus au sud, l’Occitanie réalise une percée notable en augmentant ses crédits de 615 700 € sur l’année (+17%) pour disposer d’un budget de 4,34 M€. Enfin, la Guadeloupe fait un bond de près de 900 000 € dans ses dotations, +106%, pour atteindre 1,72 M€. Les augmentations spectaculaires constatées en 2017 dans plusieurs territoires ont été beaucoup plus mesurées cette année avec des hausses respectives de leurs crédits de moins de 2% en 2017 en Nouvelle-Aquitaine et dans les Hauts-de-France, voire des baisses comme en Bretagne (-4%) ou en Provence-Alpes-Côte d’Azur avec un recul de près de 20% des crédits.

Une augmentation réelle … mais contrastée

Si effectivement plusieurs indicateurs – le montant de l’enveloppe globale, le nombre d’aides accordées, le nombre de collectivités qui affichent des hausses de crédits - tendent à montrer que cette année 2018 s’avère être une nouvelle année record,  en détaillant les données, il semble nécessaire de nuancer le caractère exceptionnel de cette année. En effet, la hausse globale des crédits de 4,4 M€ en 2018 repose essentiellement sur les 4 Régions listées dans le paragraphe précédent qui concentrent à elles seules près de 4,3 M€ d’augmentation de crédits. Plus qu’un vaste mouvement de fond, ces fortes hausses se vérifient surtout pour quelques collectivités.

Des Départements toujours présents

Bien que l’échelon départemental soit fragilisé et en retrait année après année (8 Départements sont sortis de ces politiques de soutien à la création entre 2013 et 2017), il n’en demeure pas moins que les 11 Départements (10 seulement ayant accordé des aides) encore présents dans notre analyse abondent les fonds à hauteur de 3,77 M€ pour 115 projets soutenus. Sans pour autant atteindre l’enveloppe record de 2011 où 17 Départements avaient soutenu 216 projets avec une enveloppe globale 4,77 M€, qu’il s’agisse du nombre de projets (+11,65%) ou du montant des investissements (+8%), 2018 représente une année de hausse globale pour cet échelon de collectivité. C’est un signe encourageant et notable après 2 années de forte baisse en 2016 et 2017.

Plusieurs Départements affichent d’ailleurs de belles augmentations cette année :  +100 % d’augmentation pour la Drôme et 150 000 € supplémentaires de crédits, +96,22% pour la Charente Maritime et un investissement de près de 230 000 € en plus, + 60,43% pour les Landes et 84 000 € complémentaires. La Charente, soutien majeur au niveau national et soutien primordial en animation, enregistre une baisse de 11,11% pour un montant qui reste tout de même très élevé en 2018 : 1,6 M€.

Une concentration de l’activité, des moyens et des services 

La réforme territoriale votée en 2015 et notamment la fusion des Régions avait déjà permis de voir apparaitre dès 2016 une concentration d’activité en matière de cinéma et d’audiovisuel sur quelques territoires. Les très fortes hausses constatées pour plusieurs collectivités en 2017 avaient renforcé cette polarisation du territoire national. Malgré quelques baisses de financements observées, 2018 met en lumière la consolidation de ces pôles d’attractivité qui s'engagent dans la mise en place d'un écosystème durable intégrant plateaux et studios de tournages, ressources humaines techniques et artistiques, prestataires techniques,  filières de formation... et financements puisque ce sont désormais 7 territoires qui disposent d’une enveloppe globale de plus de 4 M€ : Ile-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Grand Est, Provence - Alpes - Côte d'Azur et Occitanie. 

Cinéma ou audiovisuel : préférence à la salle

Alors que 2017 mettait en avant une amorce de rééquilibrage entre les crédits investis sur l’audiovisuel et ceux sur le cinéma, 2018 souligne un léger retour en arrière avec 56,14% des crédits au cinéma versus 43,86% à l’audiovisuel, soit un point de différence avec 2017. Dans des proportions assez stables, le nombre d’aides à l’audiovisuel augmente de 116 pour atteindre 1192 soit un (nouveau) record ; pour autant, le cinéma se voit accorder 119 aides de plus en 2018 !

Du point de vue des crédits, les deux indicateurs sont en hausse : près de 35 M€ pour l’audiovisuel et 44,8 M€ pour le cinéma. Il s’agit là d’un autre enseignement de l’étude : après un bond spectaculaire des investissements dans l’audiovisuel en 2017 (+27%), ceux-ci ne croissent que d’à peine 4%. A comparer au 7,73% d’augmentation des crédits cinéma.

Répartition cinéma / audiovisuel 2018 

 

Les collectivités s’engagent pour les aides à l’écriture et au développement

24 collectivités s’impliquent sur des soutiens à l’écriture et/ou au développement, étapes clés de la conception des projets, et consacrent 6,44 M€ pour aider 673 projets, soit 8% des crédits et 33% des aides. Cette part des crédits, en constante progression depuis 15 ans – elle était de 1,3 M€ en 2003, soit 4% des crédits – n’a jamais été aussi haute. Si ces aides sont plus « risquées » et moins visibles en terme de finalisation des projets, de retombées économiques ou d’impact sur l’emploi que les aides à la production, il semble important que les collectivités et le CNC puissent maintenir, voire amplifier ce mouvement qui accompagne les premières étapes de fabrication des œuvres et contribuent globalement à la qualité des projets développés. Outre l’aspect financier que ces aides à l’écriture peuvent garantir en terme de rémunération des auteurs et des scénaristes, ces soutiens et le travail de sélection mené par les collectivités peuvent représenter une sorte de label et agir souvent comme un levier tout à fait déterminant pour pouvoir bénéficier d’autres financements complémentaires. Par ailleurs, ces aides sont incontournables pour identifier de nouveaux auteurs, notamment ceux installés dans les différents territoires français, accompagner leur travail et favoriser de manière globale le renouvellement des prochaines générations de créateurs.  Enfin, comme certaines collectivités l’expérimentent depuis plusieurs années, l’octroi d’aides à l’écriture peut être directement complété et renforcé par un ancrage territorial pouvant prendre diverses formes d’interventions culturelles, éducatives ou pédagogiques : ateliers de pratiques artistiques, accompagnement des professionnels émergents, séances-rencontres avec les habitants des Régions concernées lors de différents évènements ou projections d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles.  Un cercle vertueux et « gagnant-gagnant » pour les professionnels bénéficiaires de ces aides comme pour les collectivités qui portent ces soutiens publics.

Répartition des crédits par étape de soutien

 

Court et long métrage : des enveloppes « records »

Après le record de 34 M€ atteint en 2017, le long métrage en 2018 a une fois de plus fait l’objet de toutes les attentions de la part des collectivités en atteignant une enveloppe jamais égalée de 36,47 M€.  Cette augmentation de près de 7% succède à celle de 2017 (+ 13,5%) et représente 2,36 M€ d’aides supplémentaires en un an. Après trois années de relative stabilité, les crédits pour le court métrage connaissent un regain, passant de 7,5 à 8,3 M€ et de 350 à 408 aides. A l’image des crédits du long métrage, cette enveloppe est la plus forte jamais consacrée par les collectivités au court métrage.

11,7 M€ : près de 8% d’augmentation pour le documentaire

Après plusieurs années de stagnation des crédits entre 2014 et 2016, l’enveloppe dédiée aux documentaires audiovisuels avait affiché une hausse de plus de 11% en 2017. Ce regain d’intérêt marqué par les collectivités pour ce genre se confirme en 2018 puisque 705 projets documentaires auront été aidés, soit 59 aides en plus, pour une enveloppe totale jamais atteinte de 11,7 M€ de crédits, en croissance de 7,8% en une année.

Animation : 7,38 M€ et 6,3% d'augmentation

Depuis 2015, l’analyse des chiffres relatifs à l’animation met en lumière le caractère cyclique des investissements, notamment lié aux temps de production. 2017 avait connu une forte hausse de + 40%, 2018 se révèle être également un bon cru avec 7,37 M€ de crédits, une enveloppe record, et 6,3% d’augmentation. Au sein de genre de création, la  série d’animation s’arroge la part du lion avec 6,8 M€, soit 92% des crédits.

La fiction TV recule, la série dévisse

-10,22% : c’est le pourcentage baissier des crédits alloués à la fiction TV en 2018. Certes, les montants restent encore bien élevés, à 11,5 M€, deuxième meilleur chiffre depuis l’existence des fonds d’aides et le deuxième genre le plus investi par les collectivités (après le long métrage), néanmoins, cette année marque un coup d’arrêt à l’évolution observée les deux dernières années (+44% en 2016, +32,7% en 2017). Contre toute attente, ce sont les formats « unitaires » qui s’en sortent le mieux, avec une augmentation de 3,6% en un an. La série, pour sa part, perd plus de 1,4 M€ en un an, soit un repli de 15,2%. Rappelons que les crédits fiction pour les « séries» avaient bondi de 117% en 2015. Seulement 5 aides ont été accordées en plus pour la série en 2018 (88 aides) pour un montant de 8 M€, soit une baisse de 20% du montant moyen en un an ! C’est un possible changement de paradigme qui est en train de s’opérer de la part des collectivités territoriales qui misent – mais avec des enveloppes moins conséquentes – sur des formats très courts pour la télévision et les plateformes numériques.  La série de 52’ en prime time demeure toujours très prisée mais les collectivités font le pari d’étoffer et de diversifier leurs aides. C’est l’un des enseignements majeurs de cette étude et un point qu’il faudra surveiller pour les prochaines éditions.

Contrats d’Objectifs et de Moyens : un intérêt renforcé des collectivités

Véritable outil de structuration des filières de création et de production sur un territoire, l’intérêt affiché en 2017 des collectivités pour s’engager dans la signature de Contrats d’Objectifs et de Moyens avec les télédiffuseurs de leurs territoires s’est confirmé en 2018 pour les 6 Régions signataires de COM : 151 aides pour une enveloppe globale de 1,71 M€ ont été accordées à des œuvres dans le cadre de COM. Sans surprise et correspondant au genre historiquement fabriqué en région, 104 d’entre elles sont dédiées au documentaire pour un montant de 1,15 M€. Plus intéressant, les collectivités ont soutenu 35 œuvres de fiction, très majoritairement des formats "courts" et "unitaires", pour un montant encore faible mais néanmoins notable : 201 070 € (en hausse de 37% par rapport à l'année passée).

En guise de conclusion

La volonté affichée de la réforme territoriale de 2016 était de créer des territoires suffisamment vastes et puissants pour atteindre la taille critique nécessaire à leur développement et leur compétitivité notamment à l’échelle européenne. Après avoir vu dès 2017, l’émergence de « grandes » Régions et de pôles d’attractivité en matière de soutien au cinéma et à l’audiovisuel, 2018 signe la pérennité de leur action en même temps que la structuration de celles plus en retrait. La quasi-totalité des Régions affirment (ou confirment) une politique de soutien marquée, suffisamment diversifiée pour n’écarter aucun genre ni format du cinéma et de l’audiovisuel. A l'exception des crédits alloués à la fiction TV, les enveloppes sont en hausse pour tous les autres genres d'expression artistique. Les Contrats d’Objectifs et de Moyens mis en oeuvre dans 6 territoires se sont vus renforcés cette année encore, signe de l’intérêt que porte ces Régions à cet outil de structuration qui réunit auteurs, producteurs et diffuseurs d’un même territoire.

Les Départements – dont on craignait le désengagement total à court terme – sont encore vivaces, surtout dans des Régions où l’infra-régionalité est historique.

Et si les crédits alloués à la fiction TV enregistrent un repli cette année, il s’agit peut-être simplement d’une volonté des collectivités de ne plus soutenir uniquement les œuvres linéaires mais de s’ouvrir davantage aux œuvres hybrides et nativement numériques. Autrement dit, de soutenir l’innovation.

2018 est donc une année contrastée mais une année record pleine de promesses.