1 - Les tendances de l’année 2017

Un document d’observation et d’analyse rédigé à partir de la liste des 1 795 aides accordées en 2017 par l'ensemble des collectivités territoriales, soit 34 collectivités (*) en tout (17 Régions, 12 Départements, 1 Euro-métropole (Strasbourg), 1 Métropole (Aix-Marseille-Provence / Conseil de territoire Istres-Ouest Provence), 2 Villes (Nice et Paris) et la structure privée Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma).

(*) : Les données de 33 collectivités sont analysées ici, la Martinique n'ayant pas communiqué sa liste des projets soutenus en 2017.


Une 3e année de hausse consécutive pour les soutiens des collectivités au cinéma et à l’audiovisuel

A l'annonce de la réforme territoriale du 1er janvier 2016 et du passage de 22 à 13 Régions sur le territoire métropolitain, plusieurs analystes ou observateurs du secteur du cinéma et de l'audiovisuel, y compris au sein de nos précédentes analyses, avaient pu s'inquiéter des risques liés à cette nouvelle donne : baisse des investissements, spécialisation des fonds, recul du nombre de collectivités engagées dont notamment les Départements. Et, a minima, un statu quo de bon aloi... Les chiffres de 2016 et à fortiori ceux de 2017 font finalement oublier ces craintes puisque les sommes investies par les collectivités territoriales en faveur du cinéma et de l'audiovisuel n'ont jamais été aussi importantes : 63,89 M€ en 2016 (une enveloppe record pour ces politiques de soutien à la création) et 75,2 M€ en 2017, record absolu... Et dans des proportions inédites.

75,2 M€ d'investissements, 1795 aides : nouveau record pour les fonds territoriaux



Avec 75,2 M€, jamais le niveau d'engagement des collectivités en faveur du cinéma et de l'audiovisuel n'avait été aussi important ; c'est plus de 11 M€ supplémentaires en un an, abondés majoritairement par les nouvelles grandes Régions et dans des proportions tout à fait remarquables. À titre d'exemples, on retiendra la progression de l'investissement des Hauts-de-France qui, avec 7,6 M€, augmentent de 91,6% ses crédits pour un nombre d'aides qui, lui aussi, explose, de 121 à 187. La Région Provence-Alpes-Côte d'Azur voit aussi son enveloppe augmenter de plus de 64% pour atteindre 6,6 M€ et 131 aides. Enfin, la Nouvelle-Aquitaine, autre « super région » née de la réforme, a augmenté ses crédits (hors Départements) de 34% à 7,75 M€.
Il est important de noter que ces fortes hausses intègrent l’investissement des collectivités ainsi que celui du CNC inscrit dans les nouvelles conventions de coopération Etat-Région-CNC 2017-2019. En 2017, le CNC s’est engagé au versement de 20,2 M€ en accompagnement direct des politiques de soutien à la création et à la production des collectivités, soit 4,9 M€ supplémentaires par rapport à 2016. Au terme de la première année d’exercice de cette nouvelle génération de conventions, il est important de souligner que la participation du CNC a augmenté de 32% sur l’année et représente au total plus de 26% des crédits globalement engagés en 2017 (+ 2 points par rapport à 2016).

Sur le volet du nombre d'aides accordées, l'année 2017 affiche également un nouveau record : 1 795 aides soit 178 de plus en un an ! Par un effet mécanique, la moyenne globale des aides réaffirme également la hausse, passant à 41 926 € soit 2 413 € de plus par rapport à 2016.

Précision importante : pour la première fois, et parce que ce volet a été intégré et abondé par le CNC dans les nouvelles conventions 2017-2019, sont recensées également les aides et les investissements des collectivités réalisés au titre des Contrats d'Objectifs et de Moyens signés avec des télédiffuseurs locaux ou régionaux. Six Régions ont signé un COM en 2017 pour une enveloppe globale de 1,526 M€ permettant de soutenir 136 projets sur l'année.

Des budgets qui ancrent des pôles régionaux

L'une des évidences de ces tendances 2017 est la consolidation de grandes Régions nées de la réforme territoriale. Quatre Régions disposent ainsi d'une enveloppe supérieure à 6 M€ : Ile-de-France (17,48 M€), Nouvelle-Aquitaine (7,75 M€/+34,1%), Hauts-de-France (7,6 M/+91,6%), Provence-Alpes-Côte d'Azur (6,62 M€/+64%).
En intégrant les fonds infrarégionaux, 9 territoires dépassent la barre des 3 M€ : Ile-de-France (18,04 M€), Nouvelle-Aquitaine (10,18 M€), Hauts-de-France (7,6 M), Provence-Alpes-Côte d'Azur (7,04 M€), Auvergne-Rhône-Alpes (6,28M €), Grand-Est (3,96 M€/+28,7%), Occitanie (3,72 M€/+16,7%), Bretagne (3,62 M€/+28,3%), Réunion (3,29 M€/+8,8%). C'est donc un mouvement de fond de la part des Régions qui, dans leur quasi-totalité, ont accru leurs interventions en 2017.

19 collectivités en hausse : du jamais vu

Année de tous les records, 2017 illustre la stratégie volontariste des collectivités qui, mieux que conforter leurs budgets, choisissent majoritairement d'augmenter les crédits. Alors que les augmentations de l'an passé étaient surtout le fait de trois Régions, l'Ile de France, la Réunion et les Hauts-de-France et ne représentaient pas réellement un effort collectif partagé (13 collectivités en recul en 2016), force est de constater que les données recueillies en 2017 soulignent à l'inverse une progression massive des investissements.
Outre les fortes hausses citées précédemment, d'autres Régions affichent également des augmentations notables : Bourgogne-Franche-Comté (+35,1%), Guyane (+29%), Corse (+11,9%), Normandie (+9,48%). L'Ile-de-France et les Pays de la Loire sanctuarisent leurs crédits, ce qui est aussi un signe positif.
Même l'échelon départemental, bien que soumis à certains soubresauts, renforce son engagement à plusieurs endroits : Alpes-Maritimes (+50%), Dordogne (+248,8%), Haute-Savoie (+33,33%), Drôme (+50%), Côtes d'Armor (+26,32%), etc.                    

7 collectivités en baisse dont 2 Régions

Après deux années d’augmentation du nombre de collectivités ayant revu leurs investissements à la baisse, cette année « seules » 7 sont en repli dont 4 Départements, 2 Régions et le territoire Aix-Marseille Provence/Conseil de territoire Istres-Ouest Provence, qui a perdu 65% de ses crédits. Les baisses des 2 Régions méritent véritablement d’être pondérées : elles ne correspondent qu’à 60 K€ de moins en Guadeloupe (-6,8% sur une enveloppe globale de 837 K€) ; en Centre-Val de Loire, les crédits sont bien votés (à l’identique de l’année passée) mais n’ont pas encore été entièrement été engagés dans le cadre du nouveau COM signé avec les 3 télédiffuseurs de ce territoire. Par ailleurs, ces deux Régions ont augmenté le nombre d’aides allouées sur l’année.

Départements : en cours de réorganisation ?

Nous évoquions en 2016 le risque d'un désengagement de l'échelon départemental consécutivement à la réforme territoriale et à la réorganisation des Régions. Pour rappel, 6 Départements affichaient des crédits à la baisse l'année précédente. Ils sont au nombre de 4 en 2017, auxquels il faut ajouter le Finistère et l'Aude qui n'ont soutenu aucune œuvre sur cette période, disparaissant (temporairement ?) de cette étude.

En cinq ans, de 2013 à 2017, 8 Départements sont sortis de ces politiques de soutien à la création. Plus préoccupant, les Départements parmi les plus investis dans le soutien à l'audiovisuel et au cinéma sont eux aussi impactés par ce qu'il serait prématuré de nommer un mouvement de fond : Charente et Charente-Maritime. Le premier d'entre eux, soutien majeur de l'animation notamment, a perdu 4% de ses crédits (après une première baisse de 1% entre 2015 et 2016). Il est encore trop tôt pour s'inquiéter de ce recul car la Charente reste encore à un niveau élevé d'investissement à 1,8 M€, soit devant plusieurs fonds régionaux... La Charente-Maritime a, quant à elle, perdu 50% en un an, passant à 238 000 € (pour 57% d'aides en moins). Notons qu'un autre Département de la Nouvelle-Aquitaine est aussi en retrait cette année : les Landes perdent 7,33% de crédits.
Enfin, l'Ardèche enregistre 25% de moins par rapport à 2016.
Il conviendra de porter une attention particulière à cet échelon d'intervention car l'une des hypothèses que l'on pourrait poser est celle d'un retrait progressif des Départements au profit des Régions. Dans tous les cas, on ne peut plus guère parler de recul conjoncturel tant la tendance se confirme année après année.

L’année de tous les records

Avec 32,7% d'augmentation pour les crédits alloués à la fiction TV (12,83 M€) et +13,5% pour ceux accordés au long métrage (34,11 M€), les formats longs, notamment en fiction, demeurent les genres incontestés et les plus prisés des collectivités, tous échelons confondus. Dans chacun de ces deux cas, les enveloppes dédiées atteignent des sommes jamais atteintes jusque-là.
L'animation voit également ses crédits augmenter fortement : + 39% en une année pour grimper à 6,93 M€, son plus haut niveau depuis toujours.
Le documentaire, avec 10,8 M€ (+12%), sans égaler l'enveloppe record de 2012 (11 M€), présente son 2e plus gros budget de tous les temps.
Avec 7,5 M€ de crédits, le court métrage est quant à lui tout à fait stable depuis 3 ans. Seul le nombre d'aides accordées a légèrement diminué (de 379 à 357) permettant ainsi une hausse de l'aide moyenne accordée par projet.
Même les nouveaux médias voient les crédits dépasser les 2 M€ (+43,3%), somme jamais atteinte.
Enfin, bien que ne concernant que 3 territoires (Nouvelle-Aquitaine, Centre-Val de Loire et PACA), les aides aux entreprises ont augmenté de 30% et présentent cette année une enveloppe (record) de 739 000 € pour 31 soutiens accordés.

Audiovisuel versus Cinéma : on ne choisit plus mais...

Les collectivités territoriales ont choisi d'apporter une aide accrue aux projets audiovisuels... sans que cela soit au détriment des aides cinéma. En terme de contenu, c'est l'un des éléments notables de l'étude 2017, l'audiovisuel s'avère être le grand gagnant en termes de soutien : près de 45% des crédits (3 points de plus qu'en 2016) et 60 % du total des aides (160 en plus). Ces aides supplémentaires accordées aux projets « audiovisuel » sont à mettre étroitement en parallèle des 136 projets nouvellement recensés cette année et soutenus au titre des Contrats d'Objectifs et de Moyens signés avec 6 Régions françaises et 22 diffuseurs du territoire national.


En guise de conclusion...

Le panorama 2018 basé sur les données chiffrées de 2017 met en lumière une carte de France qui se voit fortement polarisée autour de 5 grands territoires ayant développé ces derniers mois des politiques très volontaristes en terme de crédits accordés, de diversités des genres soutenus et qui s'engagent dans la mise en place d'un écosystème durable intégrant plateaux et studios de tournages, ressources humaines techniques et artistiques, filières de formation... et financements : Ile-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur. En complément de ces territoires « forts », s'ajoutent d'autres collectivités, principalement des Régions, qui ont également choisi de maintenir et même renforcer leurs apports financiers pour préserver un fort pouvoir d'attractivité dans ce domaine et dynamiser les filières professionnelles de leurs territoires. Il conviendra de vérifier au cours des mois et des prochaines années s'il ne sera pas nécessaire pour ces territoires plus « modestes » en terme d'enveloppes budgétaires notamment, de s'engager plus fortement vers des politiques de spécialisation de leurs interventions, soit quant aux genres ou étapes de création investis ou aux modalités d'accompagnement et de soutiens proposés.

11 M€ supplémentaires sur l'enveloppe globale, +17% d'augmentation de crédits sur l'année, 19 collectivités qui augmentent leurs soutiens, des enveloppes qui augmentent pour chaque genre (ou presque)... 2017 se révèle comme l'année de tous les records ; reste à déterminer si ce mouvement général de hausse, a atteint un plafond de verre ou s'il ne s'agit que d'une nouvelle étape.

Enfin, les Départements poursuivent un mouvement de repli engagé avant la réforme territoriale mais amplifié depuis. Difficile et hautement prématuré de parler d'une fin de cycle mais la réorganisation des financements, justement et majoritairement pour les Régions ayant fusionné, pointent ici et là des disparitions pures et simples (conjoncturelles ou structurelles, l'avenir le confirmera ou l'infirmera), des réorientations au détriment d'un panachage sans oublier une baisse drastique des engagements. Il conviendra d'étudier avec précision les prochains mouvements de cet échelon territorial pour vérifier si les Départements confirment ces nombreux désengagements (8 Départements ont cessé leurs soutiens entre 2013 et 2017) ou se remobilisent à différents endroits pour intervenir en complément des fonds de soutiens régionaux.