1 - Les tendances de l’année 2015

16 pages thématiques rédigées à partir de la liste des 1 602 aides accordées en 2015 par l'ensemble des collectivités territoriales, soit 44 collectivités en tout (26 Régions, 15 Départements, 1 Eurométropole, 1 Ville et la structure privée Rhône-Alpes Cinéma). 

2015 : la plus forte enveloppe depuis la création des fonds d'aides territoriaux

 

Après 2 années consécutives de baisse en 2013 et 2014, les crédits accordés par les collectivités françaises au cinéma et à l’audiovisuel marquent une forte hausse en 2015, +5% de crédits en plus, et atteignent le montant inégalé de 60,9 M€.
Dans un contexte budgétaire complexe, mouvementé et incertain pour l’ensemble de ces collectivités, on ne peut que se réjouir de cette hausse globale des investissements de 3 M€. Faut-il y voir le signe d’un véritable engagement de politique publique en faveur de la création cinématographique et audiovisuelle ? Ou bien cette forte hausse n’est-elle que conjoncturelle et le résultat d’ajustements financiers propres à quelques décisions ponctuelles et opportunistes ? Alors que les nouveaux exécutifs régionaux viennent de s’installer dans leurs nouvelles fonctions et que de nombreuses interrogations portent sur l’état de santé financière de plusieurs départements, il conviendra d’étudier avec attention les fluctuations et les évolutions de ce secteur au cours des prochaines années et de vérifier si 2015 aura été le chant du cygne de ces politiques culturelles publiques ou au contraire, la confirmation d’une forte implication de ces collectivités en faveur de la création cinématographique et audiovisuelle et de la décentralisation culturelle.
De manière assez logique, parallèlement à la forte augmentation des crédits observée en 2015, bien que plus mesuré, le nombre d’aides accordées est lui aussi en hausse : 1602 aides ont été attribuées en 2015, soit 1,71% d’augmentation et 27 soutiens supplémentaires. Ce nombre d’aides accordées est le 2ème plus important jamais constaté après le record de 2012 où 1622 aides avaient été attribuées ; l’enveloppe budgétaire lors de cette année étant de 60,52 M€.

2015 : 63 % des crédits vers le cinéma, 37% pour l’audiovisuel

Après plusieurs années d’augmentation régulières des crédits en faveur de l’audiovisuel et une répartition qui tendait à réduire l’écart entre cinéma et audiovisuel (répartition des crédits 2014 : 58% cinéma / 42% audiovisuel), nous assistons cette année à une véritable bascule de ces chiffres au bénéfice du cinéma et plus particulièrement du long métrage. Très concrètement, 63 % des crédits en 2015 ont été destinés au cinéma (38,14 M€) et 37% pour l’audiovisuel (22,76 M€). Il faut remonter plusieurs années en arrière, 2011 et avant, pour retrouver ces proportions et cette répartition à 62/38 ou 63/37 entre cinéma et audiovisuel. Cette seule année où l’on constate une inversion de tendance nous oblige à être prudents afin de ne pas tirer de conclusion hâtive. Les années à venir nous confirmerons si l’engagement des collectivités pour le cinéma est une tendance lourde qui se vérifie ou si finalement, d’année en année et au gré des projets qui leurs sont proposés, la répartition des crédits peut évoluer et fluctuer entre les différents genres concernés.

Une hausse portée par quelques collectivités seulement

Si 2015 se révèle être l’année record pour les crédits accordés, lorsqu’on analyse plus finement ces données, on s’aperçoit que cette hausse n’est finalement pas tant le résultat d’un effort collectif mais plutôt le fait de quelques collectivités en particulier. En effet, 90% de cette augmentation est portée par 7 collectivités, toutes à plus de 300 K€ d’augmentation, dont un département qui n’était pas du tout intervenu en 2014 (Alpes-Maritimes) et 4 Régions qui avait connu une baisse notable en 2014 retrouvant là un niveau d’intervention plus conforme à celui des précédentes années (Limousin, Pays de la Loire, Corse, Midi-Pyrénées). Notons la progression en 2015 de plus de 250 K€ de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’une des rares collectivités déjà fortement impliquées qui réussit cette année encore à augmenter ses crédits.

Des fonds historiques qui stagnent

Autre enseignement que l’on peut tirer de ces analyses, c’est la très grande stabilité des fonds historiques qui, s’ils ne baissent pas, semblent avoir atteint un plafond de verre en termes de capacité à accroître leurs investissements. En cette période de restriction budgétaire et d’optimisation des crédits, on peut malgré tout se féliciter de cette reconduction des budgets pour bon nombre de collectivités. Ainsi l’Ile-de-France reste stable (+0,58% et 2 projets aidés en plus) à hauteur de 14,84 M€ et demeure le premier fonds régional en terme d’investissement. C’est également le cas pour la Bretagne (à l’identique), l’Aquitaine (+0,02%), le Centre-Val de Loire (+0,23%), la Basse-Normandie (+0,36%), le Poitou-Charentes (+0,42%) ou le Nord-Pas-de-Calais (+0,84%).

13 collectivités en baisse

Si les collectivités qui voient leur enveloppe baisser sont moins nombreuses qu’en 2014, ce sont tout de même 13 collectivités qui accusent une baisse de crédits cette année (18 en 2014). Parmi ces collectivités en repli, on dénombre 7 Régions, elles étaient 13 en 2014, et 6 départements.
Auvergne (-10,2%), Picardie (-13%), Franche-Comté (-17,4%), Champagne-Ardenne (-21,4%) confirment une tendance à la baisse fortement constatée ces dernières années. Plusieurs départements ont également été touchés par des baisses cette année comme par exemple l’Ardèche (-11%), la Charente-Maritime (-12%), les Pyrénées-Atlantiques (-18%) ou la Vienne (-27%).

Fiction TV : La fin de l’état de grâce 

Après 3 années de hausse successive en 2012, 2013 et 2014 et 600 K€ supplémentaire pour cette seule dernière année lui permettant d’atteindre une enveloppe record de 9,3 M€, la situation est totalement inversée un an plus tard pour les fonds dédiés à la fiction TV. Au sein d’une baisse globalement constatée pour les crédits audiovisuels, 6,32 % de moins sur l’année, la part allouée à la fiction (unitaire et série) enregistre un recul des crédits de plus de 2,5 M€, soit une baisse de près de 28 % (27,92%) pour une enveloppe globale de 6,7 M€, le niveau le plus bas depuis 2005. Par rapport au nombre d’aides accordées, avec 86 œuvres soutenues, la fiction TV atteint également son niveau le plus faible depuis 2005.
C’est donc bien un effet de bascule qui semble s’opérer cette année au détriment de la fiction TV d’une part et de l’ensemble des projets audiovisuels d’autre part.
Cette situation, inédite et contraire aux tendances constatées les précédentes années, est particulièrement marquée au sein de collectivités les plus impliquées habituellement pour ce type de soutien. Ainsi, en 2015, l’Ile-de-France a soutenu 7 projets de fiction TV soit 9 de moins qu’en 2014 ; le budget alloué chute donc de plus de 2 M€ et de près de 70%. Poitou-Charentes perd 183 K€ au cours de l’année, soit une chute de 56%. La Réunion perd 463 K€ sur ce type d'aides, -58%. En n’accordant son soutien qu’à 5 projets au lieu de 6, l’Aquitaine réduit son enveloppe fiction TV de 19,5%. Même chose pour le Centre-Val de Loire : -32%. S’il est trop tôt pour en conclure que ce recul correspond à une véritable décision politique ou stratégique de la part des fonds en baisse sur ce genre - pour certains ça ne correspond qu’à une seule œuvre aidée en moins - il est tout de même étonnant de constater ce fort recul pour un genre très prisé par les collectivités ces dernières années car synonyme d’emploi et de forte retombées économiques sur place. Cette tendance à la baisse des investissements des collectivités pour ce genre peut être rapprochée du recul récemment recensé par la Ficam pour ce type de production : « 1 138 semaines de tournage de fiction TV ont été recensées en France en 2015, en recul de 14 % par rapport à 2014. Il s’agit du volume de production le plus bas depuis 2008. Le volume horaire des fictions TV est en diminution de 11% en 2015 par rapport à 2014 » indique le baromètre de l’Observatoire Métiers/Marchés consacré à la fiction TV en 2015, publié par la Ficam le 01/03/2016. Cette baisse n’étant pas pour la Ficam un désaveu des chaines de télévision pour ce genre, bien au contraire, mais plutôt le constat d’un recul particulièrement marqué et concentré sur les formats courts (moins de 26 mn).
 

Long métrage : plus de 50% des crédits globaux

Avec 30,8 M€, le seul genre long métrage s’arroge 50,61% des crédits en 2015. C’est près de 4 M€ en plus en une seule année, très majoritairement consacré à des aides à l’étape de la production.
352 aides ont été accordées, soit 44 de plus en un an, 69 en deux ans. Il faut noter que tous les sous-genres ont bénéficié, dans des proportions diverses, de cette augmentation depuis 2014. Ainsi, la fiction est passée d’un budget de 23,4 M€ à 25,3 M€. 62 projets de film documentaire ont été soutenus (contre 59 l’année précédente) pour un budget de 2,14 M€ (en très léger recul). Mais c’est surtout du côté du long métrage d’animation que l’évolution est la plus marquée : en trois ans, le genre a doublé son nombre d’œuvres aidées (36 en 2015) et sur le plan des investissements, le budget alloué a franchi un nouveau palier : 641 000 € en 2013, 1,25 M€ en 2014 et 3,4 M€ en 2015. Attention cependant à analyser ces chiffres avec prudence dans la mesure où les soutiens accordés aux longs métrages d’animation, principalement des aides à la production, portent sur peu de projets et peuvent fortement fluctuer d’une année à l’autre. 

Audiovisuel : documentaire et animation gardent le cap

Avec un budget de 9,33 M€ (versus 9,37 en 2014), les crédits accordés aux documentaires télévisés sont d’une extrême stabilité entre 2014 et 2015. De son côté, l’animation voit son budget augmenter fortement en 2015 passant de 3,75 à 5,23 M€ (+39,5%). Les séries d’animation étant largement plébiscitée par rapport aux unitaires puisque sur les 90 œuvres aidées en 2015, 83 étaient des séries. Ce genre qui s’exporte très bien à l’international et permet d’ancrer une partie de la fabrication sur un territoire est largement prisé par les collectivités qui sont de plus en plus nombreuses à lui apporter son soutien.

Nouveaux médias : prudence des investissements

Les nouveaux médias, qui intègrent Web fiction, webdoc, œuvres transmédia et/ou multimédia et jeux, voient leurs crédits et le nombre de projets aidés baisser fortement en 2015 : -36% sur le nombre d’aides, -25% sur le volet financier pour atteindre à peine plus de 1 M€ soit 1,65% des crédits globaux.
Les collectivités sont encore très prudentes sur ce genre et finalement peu sollicitées. La grande versatilité des projets, leurs difficultés à pouvoir être financés et leur absence d’ancrage territorial ne permettent guère d’y voir, à ce stade, un intérêt marqué pour les collectivités contributrices. Seuls les fonds les plus importants apportent un soutien aux nouveaux médias actuellement.

Des changements en 2017 ?

Les analyses que nous proposions l’an passé laissaient entrevoir un risque de baisse continue pour des fonds déjà fragiles et la tentation d’une « spécialisation » pour d’autres. Si le recul amorcé par les plus petits fonds se confirme encore cette année, en revanche, les fonds « généralistes » ont poursuivi leur stratégie de renouvellement sans s’orienter vers un genre plutôt qu’un autre. Pour autant, ce basculement des crédits de l’audiovisuel vers le cinéma d’une part, du fort recul des soutiens à la fiction TV au profit de l’animation TV et du long métrage d’autre part, peut proposer quelques perspectives quant à la possible future cartographie des soutiens cinéma et audiovisuel des prochaines années.
Mais avant cela, la réforme territoriale, effective depuis le 1er janvier 2016, va vraisemblablement reformuler la question des interventions des collectivités en faveur du cinéma et de l’audiovisuel. Avec un nombre de Régions qui est réduit de moitié, nul ne sait à ce jour quel sera l’impact de cette réforme sur le devenir de ces financements publics. L’addition exacte des fonds est-elle envisageable entre plusieurs Régions ayant fusionné ? Dans quelle proportion, les fonds des départements viendront-ils compléter cette addition à plusieurs inconnues ? Au-delà de la simple mais épineuse question des crédits investis, ces « super-Régions » vont-elles vouloir profiter de l’occasion pour interroger et redéfinir leurs objectifs d’intervention en matière de soutien à la création et à la production ?
2016 sera certainement une année de statu quo en termes de financement du cinéma et de l’audiovisuel par les collectivités territoriales ; ce sera donc en 2018, en s’appuyant sur les chiffres de 2017, que nos analyses nous permettront de dégager des axes forts d’intervention et d’évolution et de vérifier si les tendances constatées aujourd’hui se voient confirmées ou si de nouveaux marqueurs et schémas d’intervention auront fait leur apparition.